La promesse du ministre de l’Immigration, Johan Forssell, d’une simple formalité pour les demandeurs d’asile déboutés souhaitant obtenir un permis de travail en Suède est remise en question. Alors que le gouvernement insiste sur un délai de traitement de 19 jours pour un nouveau permis, les chiffres officiels et les témoignages sur le terrain révèlent une réalité bien plus complexe et potentiellement longue.
Forssell a défendu la suppression, en avril dernier, de la loi dite de « changement de voie » (spårbyte), qui permettait aux demandeurs d’asile rejetés de demander un permis de travail sans quitter le pays. Il a affirmé à plusieurs reprises que les personnes concernées peuvent simplement demander un permis de travail, comme tout autre candidat. « Ils doivent parfois quitter le pays, mais les derniers chiffres que j’ai vus me disent qu’il faut généralement 19 jours pour obtenir un permis de travail. Je comprends, bien sûr, que cela puisse être un problème pour ces personnes, mais 19 jours, ce n’est pas très long », a-t-il déclaré à The Local et dans d’autres médias suédois.
Cependant, les données de l’Office suédois des migrations contredisent cette affirmation. Selon ses propres statistiques, seulement 75 % des demandes de permis de travail, même pour les « travailleurs hautement qualifiés », sont traitées dans un délai d’un mois. Pour les professions les plus touchées par la suppression de la loi sur le changement de voie – aides-soignantes, assistants personnels, assistants préscolaires – le délai d’attente est bien plus long.
L’Office des migrations indique que 75 % des demandes de ces travailleurs, classés dans la catégorie « autres », sont traitées en moyenne en quatre mois, soit 120 jours. Un quart d’entre eux attendent même plus de quatre mois pour obtenir une réponse. Ces emplois, souvent occupés par des immigrés surqualifiés, offrent une opportunité d’intégration rapide en raison de la faible exigence en matière de qualifications formelles.
Fereshteh Javani, une ancienne technicienne iranienne installée en Suède depuis 2019, et le couple Zahra Kazemipour et Afshad Joubeh, également originaires d’Iran, sont parmi ceux qui ont reçu un ordre d’expulsion suite à ce changement de législation. Malgré les protestations de leurs collègues – dont l’un a qualifié Kazemipour de « l’une de nos aides-soignantes les plus compétentes en salle d’opération » – Forssell semble minimiser les difficultés rencontrées.
Le cas de Kazemipour et Joubeh illustre la réalité des délais : leur demande de permis de travail, déposée en décembre 2024, n’a été traitée qu’en mars 2025. Même en cas de traitement rapide, les 19 jours annoncés par le ministre impliquent des contraintes importantes. Les demandeurs doivent trouver un pays où séjourner pendant cette période, ce qui peut être particulièrement difficile pour ceux qui ont fui leur pays d’origine par crainte pour leur sécurité. Ils doivent également financer leur séjour à l’étranger tout en continuant à payer leurs factures en Suède, sans pouvoir travailler.
Des questions se posent également quant à l’impact de cette période d’éloignement sur les futures demandes de résidence permanente ou de citoyenneté. Une interruption de la période de résidence pourrait effectivement remettre à zéro le compteur pour l’éligibilité. De plus, les familles sont touchées : les enfants peuvent manquer plusieurs semaines d’école, perdre leur droit de séjour et voir leurs perspectives d’études supérieures compromises. Les employeurs, quant à eux, sont confrontés à des difficultés de planification et de recrutement.
Pour les personnes concernées, leurs familles et leurs employeurs, toute période d’attente, qu’elle soit de 19 jours ou de quatre mois, est perçue comme trop longue. La suppression de la loi sur le changement de voie a créé une situation précaire et incertaine pour de nombreux travailleurs immigrés en Suède.
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