Publié le 14 janvier 2024 09:21:00. Une étude conjointe d’universités irlandaises et nord-irlandaises préconise la création d’un nouveau service public de radiodiffusion en cas d’unification de l’Irlande, estimant qu’une simple adaptation des structures existantes de la RTÉ et de la BBC Northern Ireland serait problématique.
- Les chercheurs suggèrent un modèle décentralisé avec dix centres journalistiques régionaux répartis sur l’île.
- Ils recommandent un financement inspiré du modèle finlandais, basé sur un pourcentage des revenus du travail et du capital.
- L’étude souligne la nécessité de lancer une réflexion approfondie sur l’avenir des médias en Irlande, même si une unification n’est pas pour l’heure à l’ordre du jour.
La question de l’avenir des médias publics en Irlande se pose avec acuité, alors que les discussions sur une éventuelle unification de l’île se font plus fréquentes. Une nouvelle étude, menée par des chercheurs de l’Université d’Ulster et de la Dublin City University, propose une voie à suivre : la création d’un organisme de radiodiffusion entièrement nouveau, baptisé provisoirement « Public Media Ireland ». Selon les auteurs, reproduire les modèles de financement actuels de la RTÉ (Radió Teilifís Éireann) et de la BBC Northern Ireland se heurterait à des difficultés majeures.
L’étude examine les différentes options possibles : le maintien de la BBC Northern Ireland, la prise en charge par la RTÉ, ou la création d’une entité indépendante. Les chercheurs estiment qu’une approche « table rase » serait préférable, notamment pour faciliter l’adhésion des deux communautés en Irlande du Nord.
« Il nous semble plus facile d’obtenir l’adhésion et le soutien des deux principales communautés en Irlande du Nord si les institutions sont créées à nouveau, plutôt que de simplement greffer les régions du nord sur leurs homologues du sud. »
Dr Phil Ramsey, Université d’Ulster
Les problèmes de gouvernance rencontrés par la RTÉ ces dernières années plaident également en faveur d’un nouveau départ, selon le rapport. Le maintien du statu quo est jugé improbable, car l’Irlande du Nord se retrouverait en dehors du cadre des licences de télévision britanniques dans une Irlande unifiée. Bien que l’accès aux programmes de la BBC ne soit pas remis en question, les chercheurs soulignent que les licences de télévision britanniques ne sont perçues qu’au Royaume-Uni.
Le projet « Public Media Ireland » prévoit un réseau de dix centres journalistiques régionaux, répartis stratégiquement sur l’île : Belfast, Derry, Enniskillen, Newry, Athlone, Galway, Limerick, Dublin, Waterford et Cork. Ces centres auraient pour mission de couvrir l’actualité locale et les événements culturels, garantissant ainsi une représentation équilibrée de l’ensemble du territoire.
En matière de financement, l’étude recommande un modèle inspiré de celui de la Finlande, où les citoyens contribuent à hauteur de 2,5 % de leurs revenus du travail et du capital (au-delà de 14 000 €), avec un plafond annuel de 163 € (valeur de 2024). Les auteurs mettent en garde contre les risques d’évasion des redevances et d’ingérence politique liés à un financement direct.
« Il est impossible de dire avec certitude ce qui pourrait arriver aux médias publics en cas de réunification de l’Irlande. Mais dans ce rapport, nous suggérons que les radiodiffuseurs publics jouent un rôle vital au sein des démocraties et qu’ils ne devraient donc pas être négligés dans des débats plus larges. »
Dr Dawn Wheatley, Dublin City University
Le Dr Roddy Flynn, professeur à l’École de communication de la DCU, a souligné sur RTÉ Morning Ireland la nécessité de créer ce nouveau diffuseur rapidement, afin de permettre aux deux communautés de travailler ensemble dès l’unification.
L’étude reconnaît que l’unification irlandaise n’est pas imminente et que les médias ne seront probablement pas une priorité immédiate, après des questions telles que la santé, la fiscalité et l’identité. Néanmoins, les auteurs espèrent que leur travail lancera un débat constructif sur l’avenir des médias en Irlande.
« C’est le début d’une conversation et nous voulons que les parties intéressées aient leur mot à dire sur les recommandations. »
Dr Phil Ramsey, Université d’Ulster