Publié le 17 janvier 2024 03:55:00. Loin d’être un système intrinsèquement exploiteur, l’industrie musicale, selon l’auteur, reflète simplement les dynamiques de tout secteur économique : recherche de profit et adaptation aux forces du marché. Une analyse nuancée qui remet en question l’image d’une industrie prédatrice.
- L’industrie musicale n’est pas plus exploiteuse que d’autres secteurs, elle poursuit simplement ses propres intérêts.
- Le succès dans la musique exige bien plus que le talent artistique : il implique une transformation en produit commercial et une acceptation des règles du jeu.
- L’industrie musicale peut offrir une structure et un but dans la vie, bien au-delà de la simple expression artistique.
On entend souvent dénoncer l’industrie musicale comme un système d’exploitation, broyant les jeunes talents, négligeant leur bien-être et les abandonnant une fois leur rentabilité épuisée. Des journalistes, des sociologues et même des fans alimentent ce discours. Le livre Corps d’Ian Winwood a notamment offert une critique virulente, accusant les maisons de disques et les managers d’imposer des tournées épuisantes, d’ignorer les problèmes de santé mentale et de fermer les yeux sur les overdoses.
Pourtant, selon l’auteur, cette vision est simpliste. L’industrie musicale ne fait que ce que font toutes les industries : elle veille à ses propres intérêts et recherche le profit. Si cette réalité peut sembler amère, elle n’est pas propre à ce secteur. L’auteur souligne que la plupart des artistes, ceux qui n’ont pas rencontré le succès, sont souvent les premiers à critiquer le système, mais qu’ils en ont également fait partie une fois leur contrat signé.
Pour un artiste, il est essentiel de comprendre qu’en intégrant l’industrie musicale, on vise des objectifs qui dépassent la simple expression artistique : la richesse, la renommée et la gloire. L’industrie transforme la création musicale en un produit commercialisable et cultive un public qui ne se forme pas spontanément. Les 80 000 spectateurs d’un stade ne sont pas la propriété de l’artiste, mais lui sont “prêtés” tant qu’il reste une star. Dès que la popularité décline, l’industrie se tourne vers de nouveaux talents.
Il est fréquent d’entendre des artistes à succès affirmer que « la musique leur a sauvé la vie ». Elton John, David Bowie, Eminem, Lady Gaga, Billie Eilish, Kendrick Lamar et Adele ont tous tenu des propos similaires. L’auteur nuance cette affirmation, suggérant qu’il faudrait plutôt dire que « l’industrie musicale » leur a sauvé la vie, en leur offrant une structure, des échéances, des attentes et des récompenses que la musique seule ne pouvait fournir.
L’auteur se montre globalement positif envers l’industrie musicale, la qualifiant de « force pour le bien ». Bono la décrit même comme « ce qui se rapproche le plus d’une conscience mondiale ». Elle a souvent offert une échappatoire au rejet et aux abus, donné un sens à l’existence et permis aux opprimés de faire entendre leur voix.
Il est important de noter que l’industrie musicale n’est pas une entité monolithique. Son chiffre d’affaires, estimé à 64 milliards de dollars par an (une estimation de Wall Street), ne prend même pas en compte les concerts, qui représentent environ 30 milliards de dollars supplémentaires. De plus, cette estimation exclut des millions de musiciens locaux à travers le monde, des groupes de mariachis à Cancún aux jeunes femmes jouant du guzheng dans les centres commerciaux de Shanghai.
L’industrie musicale est un ensemble disparate d’individus poursuivant des objectifs différents. Seules les quatre grandes maisons de disques – Universal, Warner, Sony et BMG – exercent un véritable pouvoir, fixant les règles et assurant la rentabilité du système. Cependant, même ces géants ne s’accordent pas toujours sur une stratégie unique, sauf sur un point : le profit.
L’argent, neutre et dépourvu de morale, ouvre les portes à tous ceux qui souhaitent tenter leur chance. Artistes, managers, auteurs-compositeurs, producteurs, promoteurs, attachés de presse : si vous trouvez un créneau et le rentabilisez, l’industrie musicale vous accueillera à bras ouverts. L’auteur compare ce système à un jeu de société divertissant, un Monopoly avec des avocats, de la cocaïne et des dés truqués, où le plaisir réside dans la difficulté et l’incertitude.
Rien de tout cela n’est de l’exploitation, c’est simplement le jeu. Et la beauté du système réside dans l’absence de victoire définitive. On joue, on encaisse, on part. Et c’est à chacun de décider s’il a gagné ou perdu. L’auteur, qui a dirigé des groupes connus et co-écrit une chanson interprétée par Elvis Presley, se demande lui-même s’il a fait le bon choix en consacrant sa vie à ce jeu, plutôt qu’à une profession plus conventionnelle.
Mais il conclut que l’industrie musicale lui convenait parfaitement, appréciant sa ruse, sa complexité et la liberté qu’elle lui offrait. Elle a été son tuteur, lui enseignant l’art, le commerce, le capitalisme, le compromis et le coût du rêve.
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