Publié le 18 janvier 2026 à 21h20. Des glissements de terrain sous-marins ou terrestres peuvent générer des tsunamis bien plus dévastateurs que ceux provoqués par des tremblements de terre, et ce, avec un temps d’alerte souvent très limité. Une nouvelle étude mondiale révèle l’importance de cartographier ces risques peu connus.
- Les tsunamis déclenchés par des glissements de terrain peuvent atteindre des hauteurs considérables, dépassant souvent celles des tsunamis sismiques.
- La configuration géographique des côtes (fjords étroits, baies, réservoirs) joue un rôle crucial dans l’amplification de ces vagues.
- Le temps d’alerte est souvent très court, parfois de quelques secondes seulement, rendant l’évacuation difficile.
Une analyse approfondie de 317 tsunamis documentés déclenchés par des glissements de terrain a permis de mettre en évidence un danger sous-estimé : les vagues géantes provoquées par l’effondrement de masses terrestres dans l’eau. Ces événements, souvent plus localisés que les tsunamis sismiques, peuvent néanmoins générer des murs d’eau d’une ampleur exceptionnelle, frappant les côtes sans prévenir.
Dirigée par Katrin Dohmen de l’Université technique de Berlin (TU Berlin), cette étude a comparé les caractéristiques des tsunamis de glissements de terrain – localisation, déclencheurs, hauteur des vagues – afin de mieux comprendre comment la topographie des bassins côtiers influence leur développement. Les résultats montrent que les fjords étroits, les petites baies et les réservoirs sont particulièrement propices à la formation de vagues extrêmes, car l’eau n’a pas d’espace pour se dissiper.
Dans les environnements marins confinés, l’énergie de la vague reste piégée entre les côtes, amplifiant sa hauteur et la rapprochant des zones habitées. Paradoxalement, cette même configuration géographique limite la propagation de la vague sur de longues distances, de sorte que les hauteurs maximales peuvent disparaître rapidement une fois que la vague quitte le bassin confiné.
Les scientifiques évaluent l’ampleur d’un tsunami en mesurant la « run-up », c’est-à-dire la hauteur maximale atteinte par l’eau sur terre. Cette mesure permet de mieux appréhender l’impact réel de la vague, mais le manque de données historiques rend la comparaison entre différents événements difficile.
Le record de tous les records
L’événement le plus spectaculaire jamais enregistré est sans doute celui survenu en 1958 dans la baie de Lituya, en Alaska. Un glissement de terrain a provoqué une vague d’une hauteur d’environ 524 mètres (1 720 pieds), le plus haut jamais mesuré pour un tsunami. La roche en chute a heurté l’étroite crique, déplaçant l’eau avec une force colossale et arrachant les arbres du flanc d’une colline, laissant une ligne de coupe encore visible aujourd’hui. À environ 12 kilomètres (7,5 miles) de là, à l’embouchure de la baie, la vague atteignait encore 9 mètres (30 pieds), témoignant de la rapide dissipation de l’énergie à mesure qu’elle se propageait.

Quand les tremblements de terre déclenchent des tsunamis
Les séismes peuvent également provoquer des glissements de terrain côtiers ou sous-marins, générant ainsi des tsunamis supplémentaires. L’étude révèle que les tremblements de terre et les éruptions volcaniques sont souvent à l’origine des pertes les plus importantes, mais que les vagues les plus hautes sont généralement associées à des glissements de terrain sur des pentes abruptes.
Cette situation pose un défi en matière de prévision, car une alerte sismique peut ne pas détecter une vague de glissement de terrain qui arrive plus tôt que prévu. Les pentes volcaniques instables peuvent s’effondrer sans signe avant-coureur, envoyant des roches et des cendres dans la mer en quelques minutes. Lorsque cette masse en mouvement entre en contact avec l’eau, son élan pousse la surface vers le haut, et la première vague peut atteindre rapidement les côtes voisines.
Fonte des glaces et tsunamis de glissements de terrain
Le réchauffement climatique et la fonte des glaciers fragilisent les parois rocheuses, les rendant plus susceptibles de s’effondrer. En 2023, un glissement de terrain au Groenland a provoqué un tsunami de 199 mètres (656 pieds) et des oscillations de l’eau qui ont persisté pendant neuf jours dans un fjord confiné.
La pluie, un facteur aggravant
Les fortes pluies peuvent saturer le sol et les roches fracturées, augmentant le risque de glissement de terrain. L’augmentation de la pression interstitielle de l’eau réduit la friction et peut permettre à la gravité de vaincre la résistance de la pente, transformant une tempête en une vague soudaine.
L’activité humaine, un déclencheur possible
Les modifications du niveau d’eau dans les réservoirs, par exemple, peuvent exercer une pression sur les pentes voisines et déclencher des glissements de terrain. Le catalogue relie les vagues les plus importantes à de telles interventions humaines, soulignant l’importance d’une gestion prudente des barrages.
La cartographie précise des fonds marins est essentielle pour identifier les zones à risque, mais les cartes existantes, comme la Carte Bathymétrique Générale des Océans (GEBCO), sont souvent trop grossières pour détecter les petits glissements de terrain. Des enquêtes plus détaillées sont nécessaires pour compléter ces données.
Un temps d’avertissement limité
Les vagues de glissements de terrain peuvent atteindre les côtes en quelques minutes seulement, laissant très peu de temps pour émettre un avertissement. La meilleure solution consiste à identifier les pentes instables et à mettre en place des systèmes d’alerte précoce. L’Administration nationale des océans et de l’atmosphère (NOAA) exploite le réseau DART de bouées en haute mer pour détecter les changements de pression, mais ces bouées ne sont pas efficaces pour les vagues générées directement sur le rivage.
En conclusion, l’étude de l’Université technique de Berlin souligne l’importance de mieux comprendre les risques liés aux tsunamis de glissements de terrain, en particulier dans les fjords et les réservoirs. Une meilleure cartographie des fonds marins, une surveillance locale accrue et des plans d’auto-évacuation rapides sont essentiels pour protéger les populations côtières.
L’étude est publiée dans Natural Hazards.
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