Home Technologie et sciencePFAS, Cadmium… A Paris, un laboratoire national à l’avant-garde des mesures sur les polluants

PFAS, Cadmium… A Paris, un laboratoire national à l’avant-garde des mesures sur les polluants

by Thomas Caron
La quête de la précision absolue au LNE
Le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) à Paris développe des outils de mesure ultra-précis pour quantifier les polluants comme les PFAS et le cadmium. En produisant des étalons certifiés, l’établissement permet aux autorités sanitaires et aux hôpitaux de baser leurs interventions sur des données exactes et comparables mondialement.

La quête de la précision absolue au LNE

La quête de la précision absolue au LNE
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Dans un bâtiment néoclassique du XVe arrondissement de Paris, loin des analyses de routine, le Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) s’attaque à un problème invisible mais omniprésent : la fiabilité de la mesure. Cet établissement public, qui emploie environ mille personnes avec ses filiales, ne se contente pas de mesurer ; il crée les matériaux de référence certifiés qui servent d’étalons pour tous les laboratoires de terrain en France.

L’enjeu est critique. Que ce soit pour les hôpitaux, l’institut de recherche médicale Inserm ou l’agence de sécurité sanitaire Anses, l’exactitude des résultats dépend de ces étalons. Sans une base de comparaison rigoureuse, un résultat d’analyse pourrait varier d’un laboratoire à l’autre, rendant toute décision de santé publique aléatoire.

“Le but de la métrologie est de permettre de mesurer de façon toujours plus précise et de façon que les mesures soient comparables dans l’espace et le temps”
Thomas Grenon, directeur général du LNE

Le défi des PFAS : quantifier l’invisible

Le défi des PFAS : quantifier l'invisible
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L’un des fronts les plus urgents concerne les substances per- et polyfluoroalkylées, ou PFAS. Ces produits chimiques synthétiques, souvent qualifiés de polluants éternels, sont omniprésents dans l’air, l’eau, le sol et même le sang humain. Selon l’ Environmental Protection Agency (EPA), il existe des milliers de PFAS utilisés dans des produits de consommation, des mousses anti-incendie et divers processus industriels, rendant leur évaluation sanitaire complexe.

Au LNE, l’ingénieure de recherche Véronique Le Diouron utilise la chromatographie couplée à un spectromètre de masse pour traquer le PFOA, l’un de ces polluants. Sa capacité de détection est telle qu’elle peut quantifier une trace infime de substance dans “une piscine olympique”. Cette précision n’est pas un simple exercice académique ; elle est le préalable indispensable à l’action réglementaire.

“Si on trouve une quantité astronomique de PFAS dans l’eau du robinet, les pouvoirs publics, les ARS (Agences régionales de santé), les donneurs d’ordre etc. doivent prendre des mesures. C’est important d’avoir une mesure juste et exacte pour qu’ils puissent agir”
Véronique Le Diouron, ingénieure de recherche au LNE

L’importance de ces seuils est illustrée par des initiatives internationales. En Pennsylvanie, par exemple, les autorités ont publié en janvier 2023 une règle fixant des niveaux maximaux de contaminants (MCL) pour le PFOA et le PFOS dans l’eau potable, après avoir pris conscience de la présence de ces composés dès 2013.

Le cadmium : du sang humain aux produits alimentaires

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Outre les polluants organiques, le LNE s’attaque aux métaux toxiques. Romy Brémard, ingénieure de recherche, travaille spécifiquement sur le cadmium. Pour ce métal, la problématique est identique : un patient analysé dans un laboratoire de biologie médicale doit obtenir le même résultat, quel que soit l’établissement.

L’équipe de Romy Brémard certifie la concentration de cadmium dans divers supports, allant du sang humain aux denrées alimentaires. Comme le rapporte France 24, le dépistage de l’exposition au cadmium sera prochainement remboursé pour certaines catégories de la population française, renforçant la nécessité d’étalons fiables.

Le spectre des analyses couvre des produits variés :

  • Le sang et l’urine humains.
  • Le chocolat.
  • La viande de bœuf et de porc.
  • Le poisson.

L’héritage de la Convention du mètre face aux crises sanitaires

L'héritage de la Convention du mètre face aux crises sanitaires
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L’existence du LNE remonte à 125 ans, faisant suite à la “Convention du mètre” signée en 1875 par 17 pays. Si le laboratoire reste le gardien des unités fondamentales comme le kilogramme, le mètre et la seconde, sa mission s’est adaptée aux menaces contemporaines.

Thomas Grenon souligne que la définition d’un kilo doit être identique à Paris et à New York, aujourd’hui comme demain, car le kilo est une projection humaine et n’existe pas naturellement. Cette rigueur mathématique est désormais appliquée à la santé environnementale. L’objectif est de transformer une donnée brute en une preuve légale et sanitaire.

L’analyse des polluants comme les PFAS et le cadmium montre que la métrologie est le pont entre la recherche scientifique et la décision politique. Sans la capacité de quantifier précisément l’invisible, les normes de sécurité sanitaire resteraient théoriques. La capacité du LNE à fournir des matériaux de référence certifiés garantit que, lorsque les autorités déclarent une pollution, elles disposent d’une “Mesure juste et exacte” pour justifier les mesures de dépollution ou les restrictions d’usage.

Alors que les recherches se poursuivent pour comprendre comment éliminer les PFAS de l’eau potable et gérer leur élimination, la précision des mesures reste le premier rempart contre l’incertitude sanitaire.

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