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Le Pentagone veut une décision « rapide » du Canada concernant le F-35 – Radio-Canada

by Nicolas Lefèvre
Le blocage des 72 chasseurs F-35

Le Pentagone a exigé, ce vendredi 22 mai 2026, que le gouvernement de Mark Carney prenne une décision rapide sur l’achat complet des chasseurs F-35. Cette pression intervient après la suspension, annoncée le 19 mai, de la Commission permanente mixte de défense Canada-États-Unis, illustrant des tensions croissantes sur les budgets militaires et les engagements de l’OTAN.

L’impatience de Washington ne se limite pas à une simple transaction commerciale. Pour les hauts responsables américains, l’absence de stratégie claire d’Ottawa pour atteindre les nouveaux objectifs de dépenses de l’OTAN — convenus l’été dernier à La Haye — est devenue un point de friction majeur. Le Pentagone attend un plan concret pour consacrer 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) aux forces armées et 1,5 % supplémentaires aux infrastructures de défense d’ici 2035. L’enjeu est autant financier que stratégique. Comme l’a rapporté Radio-Canada, le gouvernement canadien semble avoir privilégié la prudence politique au détriment de la responsabilité commune de la défense nord-américaine.

Le blocage des 72 chasseurs F-35

Le cœur du litige repose sur une hésitation canadienne concernant sa flotte aérienne. En 2023, Ottawa avait commandé 88 appareils F-35. Cependant, face à l’effritement de l’alliance avec Washington, le gouvernement actuel a décidé de réévaluer ses choix. La situation actuelle se résume ainsi :
  • Engagements fermes : Le Canada est lié par un contrat pour l’achat de 16 appareils de Lockheed Martin.
  • Litige en cours : Ottawa refuse pour l’instant de s’engager pour les 72 autres appareils prévus.
  • Alternative explorée : Le gouvernement étudie la possibilité d’une flotte mixte, intégrant potentiellement des chasseurs suédois Gripen.
Pour Washington, ce manque de transparence et ces délais sont inacceptables. Les responsables américains voient dans cette hésitation un signal de désengagement. Ils exigent une conclusion rapide de l’examen canadien pour sécuriser la chaîne de défense aérospatiale.

La suspension brutale de la Commission mixte de défense

La suspension brutale de la Commission mixte de défense
Le Pentagone
Le 19 mai, Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la politique de défense, a utilisé le réseau social X pour annoncer la suspension de la Commission permanente mixte de défense Canada-États-Unis. Cette institution, créée en 1940 pour coordonner la coopération bilatérale, n’avait pourtant pas tenu de réunion depuis 2024. L’attaque de Colby a été frontale. Selon La Presse, le sous-secrétaire a accusé le Canada de privilégier la rhétorique plutôt que l’investissement dans le pouvoir brut, affirmant que les États-Unis ne peuvent plus ignorer le fossé entre le discours et la réalité. Colby a même appuyé ses critiques en partageant un discours de Mark Carney prononcé en janvier au Forum économique mondial de Davos, où le Premier ministre canadien appelait les puissances moyennes à s’unir face aux pressions des grandes puissances. Pour Washington, cet appel à la diversification est perçu comme un recul vis-à-vis de l’axe privilégié avec les États-Unis.

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Face à ces accusations, Ottawa tente de minimiser l’impact symbolique de la suspension. Mark Carney a déclaré lors d’une conférence de presse à Saint-Michel-des-Saints qu’il ne surestimerait pas l’importance de cette institution, tout en assurant que la coopération reste étroite. Le Canada avance un argumentaire basé sur des investissements massifs, bien que Washington les juge insuffisants ou mal planifiés. Selon La Voix de l’Est, le gouvernement a annoncé des investissements de 500 milliards de dollars en défense d’ici 2035 et a accepté l’objectif de dépenser 5 % de son PIB dans la défense et les domaines connexes. Le ministre de la Défense nationale, David McGuinty, a énuméré plusieurs projets prioritaires pour justifier l’effort canadien :
  • L’acquisition d’une nouvelle flotte de destroyers de la classe Fleuves et rivières pour la Marine.
  • L’investissement de dizaines de milliards de dollars dans la modernisation des équipements du NORAD.
  • Le projet d’achat prochain d’une nouvelle flotte de sous-marins.
Malgré ces annonces, le décalage persiste. Tandis qu’Ottawa met en avant une vision globale et diversifiée, le Pentagone exige des résultats immédiats et spécifiques, notamment sur le dossier des F-35.

L’ombre de la Chine et le basculement idéologique

L'ombre de la Chine et le basculement idéologique
cluster (priority): La Voix de l'Est
Pour comprendre la brutalité de la décision américaine, il faut regarder au-delà du Canada. Elbridge Colby incarne un virage stratégique au sein du Parti républicain. Sa vision, alignée sur celle de Donald Trump, consiste à préserver les ressources américaines pour les menaces directes affectant le territoire des États-Unis, avec la Chine en priorité absolue. Dans cette logique, d’autres priorités sont sacrifiées. Ce pragmatisme froid a déjà créé des tensions internes aux États-Unis. Le sénateur Mitch McConnell a ouvertement critiqué Colby dans une lettre publiée par le Washington Post, l’accusant de bloquer 400 millions de dollars destinés à la fabrication de matériel militaire pour l’Ukraine, pénalisant ainsi les entreprises américaines. Le Canada se retrouve pris dans cet étau. Mark Carney a affirmé que le pays intensifierait son soutien à l’Ukraine, estimant que c’est une question de valeurs, même si cela ne relève pas directement de la responsabilité de l’OTAN. Mais en cherchant à diversifier sa coopération et en soutenant Kiev, Ottawa s’éloigne de la vision restrictive et sino-centrée prônée par les actuels décideurs du Pentagone. Si la suspension du comité n’affecte pas, pour l’instant, les opérations du commandement binational de défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD), elle fragilise la planification stratégique. L’incertitude plane notamment sur le déploiement du système de défense aérienne et antimissile Dôme d’or. Le Canada joue un jeu risqué : tenter de maintenir un lien vital avec Washington tout en refusant de se plier totalement à une vision américaine unidirectionnelle. La réponse d’Ottawa sur les 72 F-35 restants sera le véritable test de cette stratégie.

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