Le 5 juin 2026, des experts de santé au Canada et en Europe alertent sur la hausse alarmante des mélanomes, exacerbée par des tendances numériques comme le « tanmaxxing ». Alors que la prévalence du cancer de la peau grimpe, notamment chez les jeunes, les dermatologues dénoncent le mythe d’un bronzage sain.
Le piège du « tanmaxxing » et l’influence des réseaux sociaux
L’esthétique prime désormais sur la santé. Sur les réseaux sociaux, une nouvelle tendance baptisée « tanmaxxing » pousse les utilisateurs à maximiser leur bronzage pour répondre à des standards de beauté numériques. Ce phénomène crée un décalage dangereux entre la perception visuelle et la réalité médicale.
Selon un sondage réalisé le mois dernier par l’ Association canadienne de dermatologie, près de quatre Canadiens sur dix appartenant à la génération Z déclarent s’être fait bronzer intentionnellement au cours de la dernière année. Les motivations sont purement psychologiques et sociales : 45 % affirment que cela augmente leur confiance en eux et 37 % estiment être plus beaux sur les photos.
L’impact peut être dévastateur. Marie-Ève Richard-Tougas, fondatrice de la marque UV Krabéo, a elle-même lutté contre un cancer de la peau diagnostiqué à seulement 24 ans. Son combat a inclus deux chirurgies, une rémission et des mois d’immunothérapie, le cancer ayant atteint ses poumons.
« Le cancer de la peau, ça peut être défigurant et mortel, et ça peut atteindre d’autres organes.
Ce récit souligne l’urgence d’une sensibilisation accrue, car les influenceurs continuent de promouvoir des méthodes pour optimiser le hâle, occultant totalement les risques cellulaires.
L’explosion des mélanomes en Estrie et au Canada
Les chiffres traduisent une réalité clinique préoccupante. En Estrie, la prévalence du mélanome — la forme la plus grave de cancer cutané — a bondi de 180 % au cours des 20 dernières années, rapporte La Voix de l’Est.
À l’échelle nationale, la Société canadienne du cancer observe une progression constante chez les femmes, avec une augmentation annuelle des cas de mélanome de 2,1 % depuis 1994. Chez les hommes, la situation semble s’être stabilisée depuis 2016, bien que la tendance globale reste alarmante.
La Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la direction de santé publique du CIUSSS de l’Estrie – CHUS, précise que le cancer de la peau est celui qui augmente le plus rapidement. Elle s’inquiète particulièrement du fait que les comportements à risque, alimentés par la mode des réseaux sociaux, ne montrent aucun signe de ralentissement chez les jeunes générations.
La biologie du bronzage : un signal de détresse cellulaire
L’idée d’un « bronzage sain » est une aberration médicale. Le hâle n’est pas un signe de bonne santé, mais une réaction de défense. Lorsque les rayons UVA et UVB agressent l’ADN, la peau produit de la mélanine pour tenter de limiter les dommages. C’est un mécanisme de survie, pas un embellissement.
La dermatologue allemande Yael Adler est catégorique sur ce point :
« Il n’existe pas de bronzage sain, car le bronzage est un acte de désespoir de la peau.
Ce processus endommage les protéines de structure comme le collagène et la kératine. Les rayons UVA pénètrent profondément, provoquant rides et perte d’élasticité, tandis que les UVB causent les coups de soleil. Le danger est invisible : les altérations de l’ADN surviennent même sans brûlure apparente.
Le risque accru des UV artificiels et le bilan français
L’Europe fait face à des statistiques tout aussi lourdes. En France, environ 100 000 cancers cutanés sont diagnostiqués chaque année. Selon les données relayées par Top Santé, l’incidence du mélanome a été multipliée par cinq depuis 1990.

Le recours aux cabines de bronzage ne constitue en aucun cas une alternative sécurisée. Les autorités sanitaires mettent en garde contre l’utilisation précoce de ces appareils :
- Seuil critique : Au-delà de dix séances en cabine, le risque de mélanome augmente d’environ 34 %.
- Impact annuel : Environ 380 nouveaux cas de mélanome par an sont attribués à ces expositions en France.
- Facteur d’âge : Une utilisation avant 35 ans peut majorer le risque jusqu’à 75 %.
L’ Agence internationale de recherche sur le cancer a classé ces rayonnements ultraviolets comme « cancérogènes certains » pour l’être humain. À cela s’ajoutent la lumière infrarouge A et la lumière bleue du soleil, qui accélèrent le photovieillissement cutané.
L’accumulation des dommages, dès l’enfance, pèse lourdement sur le risque à l’âge adulte. Chaque « léger » bronzage entame un capital soleil limité, rendant la vigilance indispensable face à une culture de l’image qui banalise l’exposition aux UV.