Au Mali, l’exploitation artisanale de l’or est suspendue chaque année entre juin et septembre en raison de l’arrivée de la saison des pluies. Cette mesure, appliquée par les autorités minières, vise à prévenir les éboulements de puits et les risques d’inondation sur les sites d’orpaillage, protégeant ainsi la sécurité des mineurs.
Le Mali occupe une place prépondérante sur l’échiquier minier africain, le secteur de l’or constituant un pilier majeur de ses exportations et de son produit intérieur brut. Cependant, une distinction fondamentale existe entre l’exploitation industrielle, régie par des codes miniers stricts et des normes de sécurité internationales, et l’orpaillage artisanal, qui emploie une part importante de la population active rurale de manière souvent informelle.
Sécurité des travailleurs et instabilité des sols
L’arrivée de l’hivernage modifie la structure géologique des sites d’orpaillage. Selon les protocoles du Ministère des Mines du Mali, l’infiltration massive d’eau dans les sols fragiles augmente les risques d’éboulements. Les puits, souvent creusés de manière artisanale sans renforcement structurel adéquat, deviennent instables sous l’effet de la saturation hydrique.
Cette gestion de la sécurité est supervisée par la Direction Nationale de la Géologie et des Mines (DNGM). Contrairement aux sites miniers industriels qui bénéficient de structures de soutènement mécanisées et de plans de gestion des risques élaborés, les sites artisanaux reposent majoritairement sur des méthodes de creusement manuelles. Cette absence d’infrastructures de renforcement rend les travailleurs particulièrement vulnérables aux variations de la pression hydrostatique dans les sols et aux mouvements de terrain imprévisibles.
Les autorités locales signalent que les parois des excavations peuvent s’effondrer brusquement, emprisonnant les mineurs dans des cavités inondées. La gestion des eaux de ruissellement sur les sites de production constitue un défi majeur pour les préfectures chargées de la surveillance des zones minières.
wp:quote La priorité absolue demeure la préservation de la vie humaine face à des conditions géologiques imprévisibles.Un représentant du Ministère des Mines [/wp:quote]Contraintes techniques et gestion des eaux
Les conditions météorologiques perturbent également les processus de traitement de l’or. L’extraction nécessite une gestion précise des sédiments et de l’eau. Les précipitations abondantes de juin à septembre saturent les zones de lavage, rendant la séparation des particules d’or et du sable difficile.
Le processus d’orpaillage repose largement sur la séparation gravimétrique, une technique utilisant la densité de l’or pour le séparer des sédiments plus légers à l’aide de courants d’eau contrôlés. Les fortes pluies perturbent cet équilibre délicat, rendant la récupération de l’or à la fois techniquement complexe et physiquement dangereuse pour les opérateurs.
L’excès d’eau dans les bassins de décantation empêche le contrôle du débit nécessaire au processus de concentration. Les orpailleurs rapportent que la boue et l’humidité excessive réduisent l’efficacité des outils traditionnels, rendant le travail économiquement moins viable pour de nombreuses unités de production.
Risques de contamination environnementale
La suspension saisonnière répond aussi à des impératifs environnementaux. Durant la saison des pluies, le risque de dispersion des produits chimiques utilisés dans l’extraction, notamment le mercure, s’intensifie. Les eaux de ruissellement transportent ces substances vers les cours d’eau environnants et les nappes phréatiques.
L’utilisation du mercure pour la formation d’amalgames reste une pratique répandue dans l’orpaillage artisanal. En période de fortes précipitations, le lessivage des résidus miniers (les stériles) peut entraîner une dispersion de ces métaux lourds vers le bassin du fleuve Niger et ses affluents, menaçant la biodiversité aquatique et la sécurité sanitaire des populations résidant en aval.
Les organismes de surveillance environnementale soulignent que la dilution incontrôlée des résidus miniers peut contaminer les sources d’eau utilisées par les populations locales. En limitant l’activité durant les mois de fortes précipitations, le gouvernement cherche à réduire l’impact chimique de l’orpaillage sur les écosystèmes aquatiques.
Impact sur l’économie des communautés locales
Cette interruption forcée crée une période de vulnérabilité pour les populations dépendantes de l’or. Pour de nombreux ménages dans les régions de Kayes ou de Sikasso, l’arrêt de l’activité signifie une baisse immédiate des revenus durant les mois de soudure.
Dans ces régions, qui constituent des bassins miniers essentiels, la suspension de l’activité coïncide avec le « mois de soudure », cette période de l’année où les stocks de céréales sont épuisés et où les prix alimentaires augmentent avant les récoltes suivantes. Cette conjoncture impose une pression financière extrême sur les familles vivant de l’orpaillage.
Les travailleurs de l’orpaillage doivent compter sur des économies accumulées durant la saison sèche pour subvenir à leurs besoins. Cette période de suspension impose un arbitrage difficile entre les règles de sécurité imposées par l’État et la survie financière des familles travaillant dans le secteur informel.
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