Afrique centrale : pourquoi les PME restent à la porte des banques
Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a révélé le 18 juin 2026 que 80 % des entreprises de la zone CEMAC opèrent sans comptabilité certifiée. Cette absence de bilans auditables…
Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a révélé le 18 juin 2026 que 80 % des entreprises de la zone CEMAC opèrent sans comptabilité certifiée. Cette absence de bilans auditables bloque l’accès au crédit bancaire pour quatre PME sur cinq dans la région.
L’exclusion bancaire liée à l’informalité des entreprises
Photo: 237online.com
Le constat dressé lors du Salon Promote à Yaoundé est sans appel. Selon Financial Afrik, la vaste majorité des petites et moyennes entreprises (PME) de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) évoluent hors des registres officiels. Cette situation crée un fossé structurel entre les entrepreneurs et les institutions financières.
Pour les banques, l’absence de bilans auditables représente un risque trop élevé. Sans états financiers certifiés, les établissements de crédit ne peuvent évaluer la solvabilité des demandeurs ni garantir le remboursement des prêts. L’informalité n’est donc pas seulement un enjeu fiscal, mais un frein direct à l’investissement et à la croissance industrielle.
Cette opacité comptable condamne les entrepreneurs à s’autofinancer ou à recourir à des circuits de financement non institutionnels, limitant ainsi leur capacité d’expansion.
Les leviers techniques et financiers de l’État camerounais
Photo: Alwihda Info
Face à ce blocage, le gouvernement camerounais mise sur une approche hybride mêlant assistance technique et soutien financier. Le ministre des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat, Achille Bassileken III, a précisé lors d’échanges avec la diaspora le 19 juin 2026 que l’accompagnement des PME doit débuter par un renforcement des capacités entrepreneuriales.
Comme le rapporte Alwihda Info, la stratégie repose sur deux piliers institutionnels :
L’Agence de Promotion des PME, qui agit comme le bras technique pour l’élaboration de plans d’affaires solides et l’assistance de proximité.
La Banque Camerounaise des PME, conçue comme le levier financier pour soutenir la croissance des entreprises.
L’objectif est de transformer les importateurs en producteurs via une politique d’import-substitution. Cette transition nécessite des financements à long terme, un besoin souligné par des cabinets de conseil comme SMB, basé à Paris, qui propose des solutions de mobilité internationale pour les opérateurs économiques.
L’accélération du digital bancaire et des services instantanés
PME en Afrique : pourquoi ça coince ?
La technologie numérique apparaît comme un moyen de contourner certaines lourdeurs administratives. Lors de la visite du ministre du Commerce, Luc-Magloire Mbarga Atangana, au Palais des Congrès, Afriland First Bank a illustré cette mutation.
Selon 237online.com, la banque a produit instantanément une carte prépayée devant les caméras, démontrant que le digital bancaire est désormais une réalité opérationnelle au Cameroun. Cette capacité à générer des outils de paiement en quelques minutes signale un passage vers une économie plus fluide, où les transactions sécurisées et la disponibilité du cash sont prioritaires.
Cette dynamique s’inscrit dans une volonté plus large de bâtir des services publics efficaces dans un environnement sans papier et sans espèces. L’évolution technique est marquée, par exemple, par le passage de la SOPECAM de la dactylographie de 1974 aux technologies KBA actuelles.
L’apport de la diaspora et des partenariats britanniques
Photo: Digital Business Africa
L’ouverture internationale joue un rôle clé dans la montée en compétences des acteurs locaux. Le Haut Commissaire de Grande-Bretagne au Cameroun, Matt Woods, a proposé la création d’une plateforme collaborative pour connecter les jeunes Camerounais aux entreprises technologiques britanniques.
D’après Digital Business Africa, cette initiative cible des domaines stratégiques comme l’intelligence artificielle, la fintech et l’innovation. L’idée est de créer des ponts pour favoriser le réseautage et le transfert de compétences avant les Jeux du Commonwealth prévus à Glasgow entre juillet et août 2026.
D’autres accords concrets ont émergé durant le salon :
Partenaires
Objectif du protocole d’accord
AECO LIMITED & Institut Universitaire Biaka de Buea (BUIB)
Promotion de l’innovation éducative et accès à l’éducation au Cameroun.
Cabinet SMB & Opérateurs économiques
Financements à long terme pour passer de l’importation à la production.
L’implication de la diaspora et la présence de 40 nationalités lors de l’événement indiquent que le salon Promote n’est plus une simple rencontre régionale, mais une vitrine pour attirer des capitaux étrangers et des expertises techniques.
Le défi reste cependant la formalisation. Tant que 80 % des entreprises resteront invisibles pour les systèmes comptables, les outils digitaux et les partenariats internationaux ne seront que des solutions partielles. La capacité des PME à adopter des standards d’audit internationaux déterminera leur aptitude à capter les financements nécessaires pour passer du stade de startup à celui d’industrie viable.
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.