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France Travail déploie un algorithme pour automatiser le contrôle des chômeurs

by Thomas Caron
Le fonctionnement technique des 26 variables de suspicion

France Travail déploie un algorithme d’intelligence artificielle nommé Ciblage du contrôle de la recherche d’emploi pour identifier les demandeurs d’emploi jugés suspects. Ce système, présenté le 10 décembre 2025 au comité d’éthique consacré à l’intelligence artificielle de France Travail, analyse 26 critères pour automatiser la surveillance de masse de millions de profils, selon un document révélé par La Quadrature du Net dans un article publié le 20 juillet 2026, en collaboration avec la cellule investigation de Radio France.

L’administration s’appuie sur un outil capable de « prédire » quels chômeurs pourraient manquer à leurs obligations. Ce projet, dont le nom explicite a été dévoilé par Lesnumeriques, vise à « recourir à l’IA » afin d’« identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi » et d’« alimenter automatiquement l’outil de contrôle de la recherche d’emploi », selon le document. L’objectif est de transmettre chaque mois des listes de contrôle ciblées.

Le fonctionnement technique des 26 variables de suspicion

Pour construire son modèle, France Travail a utilisé une base de données comprenant 60 000 contrôles passés. L’algorithme croise les conclusions de ces anciens contrôles avec 26 informations extraites des dossiers administratifs pour classer les individus en deux catégories : « suspects » ou « non suspects ».

  • L’ancienneté de l’inscription et le niveau de formation.
  • L’activité déclarée et le métier recherché.
  • La visibilité du CV et le nombre d’entretiens récents.
  • L’historique des manquements, les absences ou les activités non salariées.

Un faible nombre d’entretiens ou l’absence de CV en ligne peuvent traduire des difficultés numériques, un éloignement des services publics ou un accompagnement défaillant plutôt qu’une volonté de frauder. Le modèle ne constate donc pas un manquement, mais transforme des données statistiques en indices de suspicion.

Un profilage potentiel de 6 millions de personnes

L’enjeu numérique de cet outil est massif. Depuis le 1er janvier 2026, l’inscription à France Travail est devenue obligatoire pour les allocataires du RSA. Cette mesure élargit considérablement la base de données exploitable par l’IA.

D’après les analyses de L’Humanité, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient être profilées chaque mois par l’algorithme. Actuellement, le modèle est testé sur les profils de personnes en situation de rupture conventionnelle, mais l’administration souhaite étendre son usage à d’autres publics pour générer mensuellement des listes de contrôle ciblées.

Opacité et risques de répression sociale

Si France Travail vante un recours à ces technologies permettant une « suppression des a priori » sur la base de critères prétendument objectifs, La Quadrature du Net dénonce un système opaque. L’association souligne que l’institution refuse systématiquement de communiquer le code source de ses intelligences artificielles.

Opacité et risques de répression sociale
Photo: Clubic

L’association compare ce déploiement aux dérives observées précédemment à la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) ou à l’Assurance maladie (CNAM). Elle affirme que l’absence de publication des paramètres de ces algorithmes a permis, pendant des années, d’organiser le sur-contrôle de populations vulnérables, comme les personnes en situation de handicap, les femmes isolées ou les personnes au RSA, sans jamais avoir à rendre de comptes.

Opacité et risques de répression sociale
Photo: Humanite

« Ces algorithmes sont dangereux en eux-mêmes, car ils sont des outils particulièrement efficaces pour organiser, en toute impunité, la répression de populations entières, et en particulier des plus vulnérables »

La Quadrature du Net, via L’Humanité

L’inquiétude porte également sur l’évolution vers une IA générative. Lesnumeriques rapporte que l’intégration de telles technologies pourrait permettre à l’IA de suggérer directement des décisions aux contrôleurs, ce qui ouvrirait la porte à une automatisation inhumaine du suivi social de A à Z.

Une stratégie de solutionnisme technologique

Ce nouvel algorithme s’inscrit dans une multiplication d’outils d’IA au sein de l’organisme, dont ChatFT, NeoFT et MatchFT, destinés à faciliter les tâches en interne et à la présélection des candidats. La Quadrature du Net fustige le fait que les dirigeant·es de France Travail « préfèrent s’enfermer dans la douce mélodie du solutionnisme technologique » plutôt que de voir la réalité sociale de leur politique de contrôle.

🔴 France travail : algorithmes et injustice

Face à ce que Leïla Chaibi, eurodéputée insoumise, qualifie de volonté de « fliquer et traquer les chômeurs », l’élue appelle à une législation urgente sur la question, rapporte L’Humanité.

La question reste désormais de savoir si la mobilisation associative parviendra à contraindre l’administration à plus de transparence, quitte à faire évoluer ou abandonner ce modèle de ciblage automatisé.

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