Pour obtenir le feu vert de la Commission européenne concernant son rachat de Warner Bros. Discovery, Paramount a accepté de quitter United International Pictures (UIP), sa coentreprise de distribution avec Universal Pictures. Ce retrait forcé, conditionné par le régulateur antitrust de l’UE, marque la fin d’un partenariat historique de 44 ans.
Le montage financier de cette opération est colossal.
Le démantèlement forcé de United International Pictures
L’exigence de la Commission européenne est claire : Paramount doit défaire ses liens avec UIP dans les 13 mois suivant la conclusion de la fusion avec Warner. Cette décision vise à limiter la concentration du marché de la distribution cinématographique en Europe.
UIP, dont le siège est situé à Chiswick, dans la banlieue ouest de Londres, opère dans 100 territoires. L’entreprise ne possède pas de PDG, mais est dirigée par Rhiannon Harries, ancienne cadre de STX Entertainment, en tant que directrice des opérations. Les avocats de Paramount et d’Universal font office de directeurs pour les opérations britanniques de la société.
L’impact financier immédiat est visible dans les comptes déposés à la Companies House au Royaume-Uni. Si la société a connu une époque glorieuse avec 2,5 milliards de dollars de recettes au box-office, elle a été largement réduite en 2007 lorsque Paramount et Universal ont repris le contrôle direct de la distribution dans des marchés clés comme la France, le Brésil et l’Italie.
C’est la fin d’une époque pour une société qui combinait le meilleur de Hollywood avec des décideurs locaux. Stewart Till, ancien dirigeant de UIP jusqu’en 2006
Le départ de Paramount force le studio à chercher de nouveaux partenaires de distribution. S’il peut s’appuyer sur les opérations de Warner Bros. Pictures, il ne pourra le faire que si le partenaire choisi n’a aucun accord avec Universal ou Disney. Par exemple, Warner collabore avec SF Studios dans les pays nordiques ; Paramount ne pourra basculer ses films vers ce contrat que si SF Studios ne distribue aucun titre des deux autres majors.
Réactions des exploitants et risques de monopole
Pour certains observateurs, le sacrifice d’UIP est une concession mineure face à l’ampleur de la fusion. Un cadre de l’industrie a toutefois alerté sur le fait que les parts de marché risquent de se concentrer entre encore moins de mains, réduisant ainsi la concurrence.

L’Union internationale des cinémas (UNIC), qui représente les exploitants dans 39 territoires européens, partage cette inquiétude. Laura Houlgatte, directrice générale de l’UNIC, estime que si le remède structurel est important, il ne règle pas tout.
Bien que le remède réponde à un problème structurel important, il ne traite pas les risques similaires qui découlent des accords de distribution cinématographique en dehors des territoires de l’UIP, et la décision de la Commission ne répond pas à un certain nombre de préoccupations plus larges que l’UNIC a soulevées tout au long de l’examen. Laura Houlgatte, directrice générale de l’UNIC
L’UNIC a notamment plaidé pour des garde-fous concernant l’exclusivité théâtrale et les fenêtres de sortie, afin de maintenir un flux diversifié de films pour le public.
L’accord des 45 jours : un sursis pour les salles
Parallèlement à ces tensions réglementaires, un signal positif émerge pour les exploitants, particulièrement aux États-Unis. Disney, Paramount et Universal se sont accordés sur une fenêtre d’exclusivité en salle de 45 jours.

C’est un retour en arrière significatif. Avant la pandémie, le délai minimum avant le passage au streaming était de 90 jours. Après la crise sanitaire, cette moyenne était tombée à 30 jours. Ce nouvel accord vise à dissiper la confusion des spectateurs sur la disponibilité des films.
Josh Greenstein, coprésident de Paramount Pictures, a justifié cet effort collectif en expliquant qu’il s’agit de clarifier le fait que, pour voir un film lors de sa sortie, le public doit désormais se rendre exclusivement au cinéma pendant 45 jours. Ce changement, déjà adopté par Universal et Disney plus tôt dans l’année, reconnaît que des sorties plus longues en salle augmentent la valeur perçue du film grâce au bouche-à-oreille, optimisant ainsi les chiffres de visionnage ultérieurs sur les plateformes de SVoD.
Calendrier et obstacles juridiques persistants
Si le Département de la Justice des États-Unis a donné son aval en juin, le chemin vers la finalisation reste semé d’embûches. Outre l’UE, la Competition and Markets Authority (CMA) au Royaume-Uni a lancé son enquête avec une échéance fixée au 7 août.
Aux États-Unis, la situation est plus conflictuelle. Plusieurs États, dont la Californie, s’apprêtent à déposer une plainte pour bloquer l’acquisition, invoquant des risques de pertes d’emplois et une réduction de la concurrence.
L’avenir de certains services de streaming reste également flou. Paramount gère notamment SkyShowtime en Europe via un partenariat avec NBCUniversal, et le sort de ce service n’a pas été précisé dans les rapports actuels. Le rachat fusionnera toutefois Paramount+ et HBO Max sur le sol européen.
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