Le comique belge Noël Godin, mondialement connu pour ses jets de tartes à la crème sur des personnalités politiques, économiques et culturelles qu’il jugeait vaniteuses, est décédé dimanche 23 août 2026 à l’âge de 80 ans. L’annonce a été faite le lendemain par sa compagne à l’Agence France-Presse.
Figure incontournable de la contre-culture et agitateur anarcho-pâtissier, Noël Godin s’était fait une spécialité de cibler les figures de pouvoir et les ego surdimensionnés. Surnommé Georges Le Gloupier, il a traversé près de six décennies de provocations artistiques, transformant la crème fouettée en arme de contestation politique et burlesque. Sa compagne, Sylvie Broodthaers, a confirmé sa mort survenue à Bruxelles, comme le rapportent divers médias belges et internationaux.
Marguerite Duras et la naissance du mythe
Né à Liège le 13 septembre 1945, Noël Godin débute d’abord comme journaliste et critique de cinéma. C’est à la fin des années 1960 qu’il donne vie à son double fictif, Georges Le Gloupier, dans une revue belge de cinéma dirigée par Jean-Pierre Bouyxou. Dans les pages du magazine, il invente de faux canulars littéraires, racontant que Le Gloupier s’en est pris au cinéaste Robert Bresson, avant de faire réagir faussement l’écrivaine Marguerite Duras.
Le canular devient réalité le 11 novembre 1969. Profitant d’une visite de Marguerite Duras en Belgique, le trublion passe du faux au réel
en écrasant une tarte à la crème sur le visage de la romancière. Cet acte fondateur inaugure une longue tradition d’attentats pâtissiers qui marqueront durablement le paysage médiatique francophone, inspirant par la suite des vocations similaires à travers le monde au sein de l’Internationale pâtissière.
De Bill Gates à Bernard-Henri Lévy : un tableau de chasse prestigieux
Au fil des décennies, des dizaines de figures de premier plan ont reçu la fameuse crème au cri de ralliement entartons les pompeux cornichons
. Parmi les cibles les plus marquantes figure le milliardaire américain Bill Gates, entarté en 1998 à Bruxelles — une action que l’humoriste considérait comme l’une de ses plus belles réussites. Le futur président français Nicolas Sarkozy, le cinéaste Jean-Luc Godard, l’animateur Patrick Poivre d’Arvor, ou encore des personnalités comme Doc Gynéco et Benjamin Castaldi ont également croisé la route de l’entarteur.

Mais la cible incontestée de sa croisade fut l’essayiste Bernard-Henri Lévy. L’intellectuel français a été pris pour cible à de multiples reprises entre 1985 et 2015. Il restera toujours pour nous la tête à tarte par excellence. C’est l’incarnation du pouvoir dans toute son horreur et nous avons le poil particulièrement hérissé par son arrogance nombrilesque
, expliquait Noël Godin dans une interview. Cette hostilité de longue date a même inspiré des chansons, des livres et des réactions passionnées dans le monde intellectuel.
À vrai dire quand il ne sera plus là, je serai désemparé.
Bernard-Henri Lévy, essayiste, lors d’un entretien avec l’AFP en 2021
Entre éclats de rire et démêlés judiciaires
Si certaines victimes ont su saluer l’hommage au burlesque — comme Jean-Luc Godard qui a comparé l’attentat à une scène de cinéma muet —, d’autres ont réagi avec une vive colère. En 1985, l’altercation musclée entre Bernard-Henri Lévy et son agresseur, immortalisée par Coluche et Pierre Desproges, avait marqué les esprits. Les tribunaux ont parfois sanctionné ces actions : en 2002, Noël Godin a été condamné à 800 euros d’amende pour violences volontaires avec préméditation après l’entartage de l’ancien ministre Jean-Pierre Chevènement.
Malgré les poursuites, l’homme au béret et à la barbe blanche est resté fidèle à sa ligne de conduite, signant plusieurs ouvrages comme Entartons, entartons les pompeux cornichons ! et recevant divers prix d’humour noir. Sa dernière action répertoriée remontait à 2023, lorsqu’il avait pris pour cible Michael O’Leary, le patron de la compagnie aérienne Ryanair. Avec sa disparition à 80 ans, le monde de la satire perd l’un de ses visages les plus singuliers et persistants.