L’administration américaine a soumis une cinquantaine de hauts responsables de l’état-major interarmées à des tests polygraphiques au mois d’août. Cette enquête inédite fait suite à des fuites concernant une pénurie de munitions et de missiles Patriot, sur fond de fortes tensions liées au conflit contre l’Iran.
Le gouvernement américain a pris la mesure exceptionnelle de soumettre une cinquantaine de membres de l’état-major interarmées à des tests polygraphiques. Cette vaste enquête, menée tout au long du mois d’août, visait à débusquer les sources de divulgations médiatiques concernant la situation des armements du pays, selon les révélations du New York Times.
Une enquête inédite au sein du Pentagone sur fond de guerre en Iran
L’origine de cette tension interne remonte à la fin du mois de juillet, lorsque des informations de presse ont révélé que les États-Unis rationnaient l’utilisation de leurs missiles, notamment les intercepteurs. Ces mesures de restriction faisaient suite à une forte réduction des réserves stratégiques provoquée par le conflit armé mené contre l’Iran, entraînant de vives inquiétudes au sein de l’administration quant à la direction stratégique du conflit, comme le détaille le New York Times. Des taupes dans les rangs de l’armée américaine ? C’est ce qu’a essayé de débusquer le gouvernement, en soumettant à des tests polygraphiques une cinquantaine de membres de l’état-major – militaires comme personnels civils, après des fuites d’informations dans la presse, rapporte le New York Times.
Face à ces indiscrétions, la réaction de l’exécutif a été immédiate. Cité par le New York Times, le président Donald Trump s’est montré particulièrement véhément, qualifiant ces révélations d’affirmations traîtresses et menaçant les auteurs de fuites de poursuites judiciaires assorties de longues peines de prison. L’administration Trump avait démenti, le président américain affirmant que le pays disposait « de quantités énormes de munitions ». Dénonçant des affirmations « traîtresses », il avait ajouté sur un ton menaçant que les personnes « sont en train d’être traquées » en vue de poursuites. « De longues peines de prison seront requises », avait-il écrit. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, et son homologue du Pentagone, Sean Parnell, avaient aussi dénoncé une « fake news ». D’après trois sources qui se sont exprimées sous couvert d’anonymat auprès de CBS News, le président américain Donald Trump était furieux des fuites. Seules quelques personnes avaient accès aux informations classifiées concernant les munitions, et leur divulgation a fait craindre que certains d’entre eux ne soient des agents de renseignement étrangers.
Des examens menés sans le FBI et avec des résultats négatifs
L’exercice a concerné à la fois des officiers militaires et des employés civils de l’état-major de planification et de conseil du Pentagone. Malgré la portée de la procédure, le chef d’état-major des armées, le général Dan Caine, n’a pas été soumis aux tests, d’après les précisions d’un haut responsable du Pentagone relayées par le New York Times. De plus, le FBI n’a pas été impliqué dans ces vérifications, l’institution militaire disposant de ses propres services d’enquête internes.
Selon les informations obtenues par le New York Times auprès de sources proches du dossier, aucun des fonctionnaires et gradés testés n’a échoué aux questions visant à déterminer s’ils avaient partagé des documents classifiés avec la presse. CBS News relate que personne des officiers militaires aux employés civils de l’état-major testés n’a échoué aux questions visant à déterminer si ces responsables avaient divulgué des informations aux médias.
Un climat de paranoïa et une procédure qualifiée de sans précédent
L’ampleur de cette campagne de vérification polygraphe menée auprès de gradés d’un tel niveau de responsabilité ne trouve aucun équivalent récent dans l’histoire militaire du pays. Un ancien juge avocat général de la Marine en poste entre 2000 et 2002 a ainsi déclaré au New York Times, dans des propos repris par le New York Times : « Je n’ai jamais vu le polygraphe utilisé aussi largement ni à un niveau de responsabilité aussi élevé. D’après mon expérience, c’est sans précédent. » L’ampleur de cette enquête est sans précédent. Jamais auparavant les plus haut gradés de l’armée américaine n’avaient été soumis à des tests polygraphiques de masse, selon les deux journaux américains.

Cette atmosphère pesante a également conduit le secrétaire à la Défense Pete Hegseth à restreindre les contacts avec la presse depuis le mois de mai, tout en mettant en place un groupe de travail conjoint avec le ministère de la Justice pour traquer les sources gouvernementales sensibles. Ces récentes fuites d’information ont intensifié un climat de profonde méfiance et de paranoïa au sein du Pentagone, rapporte le quotidien new yorkais, alors que d’actuels et anciens responsables attribuent cette ambiance pesante à Pete Hegseth. Depuis le 5 mai, le secrétaire à la Défense n’a pas tenu de réunion d’information avec le corps de presse du Pentagone sur la guerre en Iran, et a cherché à limiter l’accès des journalistes au Pentagone. Donald Trump a pourtant apporté son soutien à Pete Hegseth, affirmant qu’il faisait un « travail fantastique », malgré les inquiétudes croissantes concernant les troubles à la tête du département de la Défense. En juillet, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a annoncé que le Pentagone et le ministère de la Justice avaient formé un groupe de travail conjoint chargé d’identifier et de poursuivre les personnes soupçonnées de divulguer des informations gouvernementales sensibles à la presse. Il a conféré au Bureau du conseiller juridique du Pentagone de larges pouvoirs pour obtenir des informations, des documents et une assistance dans le cadre de cette enquête. Interrogé sur le sujet, le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a rappelé la position officielle de l’institution : « La sécurisation des informations classifiées est essentielle pour garantir la sécurité des États-Unis et de nos troupes déployées dans le monde entier », tout en refusant de commenter les investigations internes en cours, ainsi que le rapporte le New York Times. Le département « ne commente pas les questions de personnel interne ni les affaires d’enquête en cours, mais prend très au sérieux toutes les fuites d’informations classifiées relatives à la sécurité nationale et enquête en conséquence ».