Côte d’Ivoire : Le Gouvernement Impose des Licences Coûteuses aux Arts Vivants
Le gouvernement ivoirien a instauré une licence obligatoire pour les entrepreneurs de spectacle vivant, assortie de frais pouvant atteindre 10 millions de francs CFA.
Le gouvernement ivoirien a instauré une licence obligatoire pour les entrepreneurs de spectacle vivant, assortie de frais pouvant atteindre 10 millions de francs CFA. Annoncée par les autorités ivoiriennes le 6 septembre 2026, cette réforme suscite de vives contestations au sein du milieu artistique.
Un dispositif réglementaire qui soulève des levées de boucliers en Côte d’Ivoire
La nouvelle réglementation encadrant le secteur des arts vivants impose de lourdes obligations aux professionnels de la chaîne artistique. Cette mesure administrative vise à structurer un secteur jugé trop informel dans la sous-région, tout en modifiant profondément les conditions d’exercice des producteurs, des organisateurs d’événements et des structures culturelles.
Pourtant, la question des coûts cristallise rapidement les tensions. Face à cette situation, un collectif regroupant divers acteurs du milieu est monté au créneau pour réclamer un assouplissement de ces barrières financières.
Les craintes des professionnels et la menace sur les disciplines artistiques
Les acteurs culturels craignent que l’application stricte de ce texte ne fragilise irrémédiablement le tissu artistique local. Les structures indépendantes et les artistes itinérants, qui font vivre la culture au plus près des populations à travers les villages et les villes secondaires, se retrouvent en première ligne face à ces exigences administratives et financières.
Photo: RFI
« Si l’arrêté est appliqué en tant que tel, il y a beaucoup de disciplines qui vont disparaitre. Nous militons pour que même le chansonnier qui va de villages en villages pour faire des spectacles vivants, puisse être immatriculé, avoir sa carte professionnelle, avoir une licence. On sait qu’il existe quelque part [qu’il est reconnu par le ministère] »
Photo: Pressafrik
Adama Adepodju, président de la Fédération nationale de théâtre
Malgré ces inquiétudes légitimes, certains acteurs reconnaissent l’utilité d’une telle démarche pour donner enfin de la visibilité au secteur. Le manque de données chiffrées précises sur le poids économique des arts vivants en Côte d’Ivoire pénalise traditionnellement les demandes de soutien formulées auprès de l’État.
« La première chose que [la réforme] peut apporter, c’est de la visibilité, qu’on puisse dire : « Le spectacle vivant en Côte d’Ivoire, c’est tant de personnes. 2 000, 3 000, 10 000 personnes qui travaillent au quotidien. Le spectacle vivant en Côte d’Ivoire, c’est tant de chiffre d’affaires dans l’année » »
Chantal Djédjé, membre du collectif et directrice de la Fabrique culturelle
Les engagements du ministère de la Culture pour apaiser le dialogue
Initialement, les entrepreneurs de spectacle vivant disposaient d’un délai serré fixé à mi-octobre pour se mettre en conformité. Devant l’ampleur des contestations et la fronde menée par le collectif, le gouvernement a opté pour la voie de l’ouverture et de l’apaisement.
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« Il y a probablement des précisions à mettre dans l’arrêté. Donc l’arrêté va être reprécisé, pour que ce soit inclusif, mais on ne reviendra pas sur l’arrêté parce que là, il y a urgence. Je comprends que les professionnels aient été inquiets, mais il faut aussi qu’ils comprennent que nous avons une obligation de protéger ce public »
Françoise Remarck, ministre de la Culture
Des séances de travail doivent s’ouvrir dans les prochains jours entre le ministère de la Culture et les membres du collectif professionnel afin d’examiner les modalités d’application de cette licence et d’ajuster les tarifs contestés. Les discussions des prochaines semaines détermineront si les autorités parviennent à concilier la volonté d’assainissement de l’économie culturelle et la survie financière des artistes.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.