À l’occasion de la visite de travail d’Abdirahman Mohamed Abdullahi « Irro » à Washington, un influent analyste exhorte l’administration Trump à reconnaître le Somaliland. Cette démarche stratégique dans le golfe d’Aden pourrait renforcer la sécurité maritime de l’Occident, malgré les vives protestations de la Somalie et de ses alliés régionaux.
Un plaidoyer stratégique pour la reconnaissance du Somaliland
Alors que le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi « Irro », effectue sa première visite de travail aux États-Unis depuis son accession au pouvoir intervenue en décembre 2024, la question de la reconnaissance officielle de ce territoire s’invite avec insistance dans le débat de politique étrangère à Washington. Comme le rapporte un article publié par Foreign Policy, cette visite coïncide avec un appel appuyé en faveur de liens diplomatiques et sécuritaires renforcés avec Hargeisa.
L’éditorial, signé par Steven A. Cook — chercheur principal pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique au Conseil des relations étrangères —, soutient que Washington a tout à gagner d’un partenariat officiel avec les autorités somalilandaises. Le texte souligne que la position géographique du territoire sur la côte africaine du golfe d’Aden, combinée au port en eau profonde de Berbera et à un aérodrome voisin, offre un emplacement de choix pour surveiller les menaces régionales et protéger la navigation internationale.
Steven A. Cook, chercheur et éditorialiste, via Allafrica, a déclaré que les responsables somalilandais souhaitent avoir Washington comme partenaire et que, fait important, ils ont quelque chose à offrir.
Le verrou maritime du golfe d’Aden et l’instabilité régionale
L’intérêt géostratégique pour le Somaliland s’inscrit dans un contexte d’inquiétudes accrues concernant le trafic maritime en mer Rouge, la menace des Houthis alignés sur l’Iran au Yémen et l’influence des Gardiens de la révolution islamique.
Face à ces tensions, le Somaliland met en avant sa stabilité interne et son choix constant d’institutions démocratiques. Contrairement à sa voisine la Somalie, engluée dans des cycles d’autorité fragmentée et la menace persistante d’Al-Shabaab, le territoire a organisé plusieurs transferts pacifiques du pouvoir, notamment lors de l’élection présidentielle du 13 novembre 2024 remportée par Abdirahman Mohamed Abdullahi face au président sortant Muse Bihi Abdi.
L’isolement diplomatique face aux alliances régionales
Malgré ces acquis institutionnels, le Somaliland demeure largement non reconnu sur la scène internationale, les diplomates restant attachés au principe de l’intégrité territoriale de la Somalie. Cependant, un tournant notable est intervenu en décembre 2025 lorsque Israël est officiellement devenu le premier État membre de l’ONU à reconnaître le Somaliland, à la suite de la signature d’une déclaration conjointe entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Irro.

Cette décision a immédiatement suscité le rejet de la Somalie, de l’Union africaine, de la Ligue arabe, de l’Union européenne et de plusieurs gouvernements du Moyen-Orient.
Le bilan diplomatique plus large de l’administration américaine
Ce débat sur le statut du Somaliland intervient dans un climat politique délicat pour Washington. À l’approche des élections de mi-mandat prévues en novembre, Reuters relève que l’agenda international du président Donald Trump fait face à de sérieux obstacles, marqués par l’enlisement du conflit avec l’Iran et la persistance des crises en Ukraine et à Gaza.
Alors que la cote de popularité présidentielle subit la pression conjuguée de l’inflation et des répercussions économiques de la confrontation iranienne, l’administration cherche à capitaliser sur ses actions passées tout en évaluant de nouveaux leviers diplomatiques et sécuritaires dans des régions clés de la Corne de l’Afrique.