Confronté à une longue sécheresse dans le sud-ouest des États-Unis, l’Utah mise sur des ioniseurs de nuages pour augmenter ses précipitations. L’entreprise Rain Enhancement Technologies loue deux de ces appareils à la Ville de Moab pour 100 000 dollars chacun par an, malgré les doutes de certains administrateurs locaux.
Des ioniseurs géants installés près de Moab
Une machine qui ressemble aux poteaux de buts d’un terrain de football se dresse au pied des montagnes La Sal, près de Moab, en Utah. D’une hauteur de 8 mètres, cet appareil est un ioniseur de nuages conçu par l’entreprise Rain Enhancement Technologies, basée en Floride. Selon ses concepteurs, il émet des impulsions électriques dans l’atmosphère pour générer des ions qui accélèrent la formation des gouttelettes de pluie.
L’entreprise affirme que ces impulsions ont permis d’accroître de 15 % le couvert de neige dans les montagnes l’hiver dernier. Une telle affirmation reste audacieuse, mais l’Ouest américain, frappé par une sécheresse prolongée, cherche des solutions. Des fermes, des services d’aqueduc et des stations de ski s’intéressent de près à ces technologies destinées à extraire davantage d’eau des nuages d’orage.
Un projet de location à 100 000 dollars par an évalué par les autorités
La Grand Water and Sewer Service Agency doit participer au financement : l’agence débourserait 50 000 dollars, tandis que l’État de l’Utah s’engage à verser le reste.
Tout le monde n’est pas convaincu de l’efficacité de ce procédé au sein de l’agence d’aqueduc, fait remarquer Kevin Clyde, membre du conseil d’administration. C’est beaucoup d’argent à dépenser sans certitude que ça marche
, concède-t-il, tout en estimant qu’on doit prendre des risques
face à la crise de l’eau. Il évoque notamment la ferme maraîchère de sa femme, qui n’a reçu que la moitié de son allocation d’eau cette année.
L’ensemencement des nuages face aux défis de la science
L’ensemencement des nuages n’est pas nouveau. Depuis des décennies, cette technique consiste à injecter des particules d’iodure d’argent dans les nuages à partir d’avions ou du sol pour provoquer des précipitations. La vapeur d’eau s’y condense et la gravité fait ensuite tomber l’eau ou la neige. Toutefois, le changement climatique et la sécheresse actuelle stimulent un regain d’intérêt pour le secteur, porté par de nouvelles technologies.
D’autres entreprises développent des substances moins onéreuses et moins toxiques que l’iodure d’argent, ou utilisent des drones pour cibler les nuages avec plus de précision selon les conditions météorologiques. Malgré ces innovations, la communauté scientifique a longtemps cherché à déterminer si le procédé augmentait le volume global des précipitations ou se contentait d’en accélérer la chute à un endroit précis.
Des investissements publics en hausse dans l’Ouest américain
Des analyses récentes, reposant sur des techniques d’observation interne des nuages et des modèles informatiques comparant un orage avec et sans ensemencement, apportent des réponses jugées encourageantes. Ces observations partielles ont stimulé les investissements institutionnels.
L’État de l’Idaho consacre un programme de 5 millions de dollars américains à l’ensemencement des nuages, tandis que le budget de l’Utah approche les 16 millions de dollars, soutenant ces initiatives face au manque d’eau chronique de la région.