Des chercheurs de l’UCLA ont déterminé pour la première fois la température corporelle exacte d’un Tyrannosaurus rex, l’estimant à environ 36 degrés Celsius (97 degrés Fahrenheit). Cette découverte, publiée dans Science Advances grâce à des dents fossilisées de spécimens du Musée d’histoire naturelle du comté de Los Angeles, confirme que ce grand carnivore était endotherme.
L’étude modifie notre compréhension de la physiologie des grands théropodes. Jusqu’à présent, la nature thermique des dinosaures reposait sur des estimations indirectes tirées des os et de la biomécanique, laissant la place à de vifs débats scientifiques. En mesurant directement l’agencement des isotopes de carbone et d’oxygène à l’intérieur de l’émail dentaire, l’équipe menée par les chercheurs américains a pu lever une partie du voile sur le métabolisme de cet animal emblématique.
Une méthode innovante sur les dents de Thomas le T. rex
Pour percer le secret thermique de l’animal découvert en 2003 dans le Montana, les scientifiques ont dû perfectionner une technique de thermométrie isotopique qu’ils avaient développée une décennie auparavant. Les os s’avèrent impropres à ce type d’analyse car ils se remodellent constamment au fil du temps, altérant les signaux originaux. En revanche, l’émail des dents possède de grandes structures cristallines extrêmement durables qui résistent aux altérations chimiques souterraines pendant des millions d’années.
L’obstacle majeur résidait dans la quantité de matière requise, un prélèvement important étant destructeur pour les fossiles de musée. En affinant leur protocole pour réduire de manière significative le volume d’échantillon nécessaire, les chercheurs ont convaincu le Musée d’histoire naturelle du comté de Los Angeles de leur confier des fragments de dents de « Thomas », l’un des spécimens de T. rex les plus complets au monde.
Personne ne vous confie une dent de T. rex à moins que vous ne puissiez lui prouver que vous n’avez besoin que de quelques milligrammes. Aradhna Tripati, climatologue, co-auteur de l’étude et directrice du Center for Diverse Leadership in Science, via CNET
Un métabolisme comparable à celui des mammifères modernes
Les analyses de laboratoire ont établi que la température interne du T. rex atteignait environ 36 degrés Celsius, soit 36,3 °C selon certaines mesures précises rapportées par d’autres sources du projet. Ce chiffre rapproche le prédateur des animaux à sang chaud actuels comme les humains, les éléphants d’Afrique et d’Asie, ou encore de grands oiseaux terrestres à l’instar des autruches et des émeus.

Ce niveau thermique se situe nettement au-dessus des reptiles à sang froid modernes, dont la température interne oscille généralement entre 28 et 30 degrés Celsius. Il se place également en deçà des oiseaux actuels — descendants directs des dinosaures —, qui affichent des métabolismes plus élevés compris entre 40 et 43 degrés Celsius.
Nous avons découvert que le T. rex affichait 36 degrés Celsius (97 Fahrenheit), soit à peu près la même chose que les humains. La température est à peu près celle que j’aurais devinée : plus élevée que celle d’un reptile ou d’un mammifère lent comme un paresseux, mais inférieure à celle d’un aviaire. Robert Eagle, géobiologiste et co-auteur de l’étude, via Newsroom | UCLA
Conséquences sur l’habitat et le comportement du prédateur
Connaître la température interne d’un organisme permet de modéliser son mode de vie avec une précision accrue. Un T. rex endotherme ne se comportait pas en simple reptile léthargique profitant de la chaleur solaire pour s’activer. Doté de cette régulation thermique, le « roi des lézards tyrans » disposait de l’énergie nécessaire pour se muer en un chasseur ou un charognard redoutable, capable de soutenir un mode de vie actif.

Cette physiologie explique en outre comment l’espèce a pu prospérer dans des régions aux climats rigoureux, allant du Texas jusqu’aux zones septentrionales d’Alberta et de Saskatchewan, et potentiellement jusqu’en Arctique. Un tel rayon d’action géographique aurait été hors de portée d’un animal strictement ectotherme, incapable de tolérer de telles variations environnementales sans source de chaleur extérieure constante.