Le Kenya perd cinq places au classement du Global Peace Index 2026, s’établissant au 132e rang mondial. Cette détérioration, soulignée lors du lancement du rapport à Nairobi, reflète la pression croissante des conflits régionaux dans la Corne de l’Afrique et des vulnérabilités économiques persistantes.
Le Kenya s’établit désormais au 132e rang sur 163 pays dans l’édition 2026 du Global Peace Index, reculant de cinq positions par rapport à sa 127e place enregistrée en 2025 selon le rapport de l’Institute for Economics and Peace (IEP). Ce recul s’accompagne d’une dégradation du score national, qui passe de 2.392 à 2.447. Sur les 44 pays que compte l’Afrique sub-saharienne, le pays occupe la 33e position dans un contexte régional marqué par un repli général de la paix.
Présent à Nairobi lors de la présentation officielle, l’acting Australian High Commissioner to Kenya, Andrew Barnes, a souligné que les turbulences géopolitiques locales ne s’arrêtent pas aux frontières nationales, ajoutant que dans un monde de plus en plus interconnecté, les événements survenus dans une partie du globe peuvent avoir des répercussions bien au-delà des frontières nationales, une réalité que de nombreux pays d’Afrique de l’Est connaissent bien, comme l’a déclaré Barnes, cité par Capital FM Kenya.
La Corne de l’Afrique et l’interconnexion des conflits
Pour l’IEP, dirigé par son fondateur Steve Killelea, la situation kenyane doit s’analyser à travers le prisme d’une zone frontalière hautement instable. L’organisme note que la région ne subit plus des crises cloisonnées, mais un ensemble de tensions mutuellement alimentées.
Les mécanismes de contagion incluent les flux de réfugiés, la prolifération des armes légères, les réseaux criminels, les sanctuaires pour rebelles et les ingérences étatiques par procuration.
Parmi ces foyers, la Somalie demeure un canal de propagation majeur. Le groupe extrémiste Al-Shabaab maintient des opérations transfrontalières vers le Kenya et l’Éthiopie, financé par une économie illicite générant entre 100 millions et 150 millions de dollars par an grâce au charbon de bois, aux taxes portuaires et aux extorsions.
Le poids de la guerre au Soudan et les pressions régionales
La guerre civile au Soudan, déclenchée en avril 2023, constitue un facteur aggravant de premier plan pour l’ensemble de la région. Le conflit a provoqué le déplacement de plus de 12 millions de personnes et entraîné un bilan humain estimé jusqu’à 400 000 morts au début de l’année 2025.

Le document de l’IEP mentionne également que le Kenya, aux côtés de l’Éthiopie, du Sud-Soudan, de l’Ouganda et de la République centrafricaine, fait partie des États que l’on soupçonne d’avoir soutenu les Forces de soutien rapide à différents moments, illustrant la complexité des alliances diplomatiques locales.
Malgré ces expositions aux risques géopolitiques, Andrew Barnes a tenu à saluer l’action diplomatique de Nairobi, affirmant que le Kenya a toujours fait preuve de leadership en matière de paix et de sécurité régionales à travers la médiation, le soutien humanitaire, les opérations de paix et les organisations régionales, et qu’il demeure un ancrage essentiel de stabilité dans un voisinage difficile.
Tendances mondiales de la conflictualité et militarisation
À l’échelle internationale, le Global Peace Index 2026 indique une détérioration de la paix pour la douzième année consécutive, avec une baisse globale de la paix au cours de l’année écoulée. Le monde a enregistré 61 conflits interétatiques ou internes en 2024, soit le niveau le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale.

| Indicateur mondial | Données de l’indice 2026 |
|---|---|
| Conflits étatiques actifs (2024) | 61 |
| Morts par conflits internes (vs 2008) | Hausse de 29 000 à plus de 181 000 |
| Pays impliqués dans des conflits externes | 103 pays (contre 59 entre 2003 et 2008) |
| Pays ayant accru leur budget militaire | 97 pays |
L’étude met en relief une période qualifiée de « Great Fragmentation », caractérisée par l’augmentation de la militarisation et l’utilisation accrue des nouvelles technologies. Les attaques de drones armés ont connu une multiplication par 115 entre 2018 et 2025, tandis que 97 gouvernements ont augmenté leurs dépenses militaires en pourcentage du produit intérieur brut.