Alors que Washington multiplie les investissements pour sécuriser ses approvisionnements miniers, la Chine conserve une domination mondiale sur le raffinage des matières critiques. Les données de l’Agence internationale de l’énergie montrent que cette domination pèse lourdement sur l’industrie automobile et l’énergie propre, menaçant les chaînes d’approvisionnement en Europe, aux États-Unis et au Japon.
La domination persistante de la Chine sur les minéraux critiques
Malgré les initiatives de l’administration américaine, la Chine maintient son emprise sur les chaînes d’approvisionnement des minéraux indispensables à la transition énergétique.
Les vulnérabilités mondiales se concentrent particulièrement sur le graphite, les terres rares pour aimants, l’yttrium et le cobalt. D’après l’AIE, ces aimants sont indispensables à la fabrication des éoliennes, l’yttrium s’applique dans les convertisseurs solaires et les condensateurs, tandis que le graphite, le cobalt, le manganèse et le nickel alimentent les systèmes de stockage d’énergie par batteries. La demande mondiale pour ces matériaux devrait au moins doubler d’ici 2040.
L’impact direct des restrictions chinoises sur les importations du Japon
Les exportations chinoises de matériaux clés à destination du Japon ont poursuivi leur tendance à la baisse au mois d’août, selon les données douanières publiées.
D’autres produits stratégiques subissent des reculs similaires.
Ce recul prolongé s’inscrit dans un contexte de détérioration constante des relations diplomatiques entre Pékin et Tokyo, envenimées depuis la fin de l’année précédente par des déclarations de la première ministre japonaise Sanae Takaichi concernant Taïwan.
La stratégie américaine face aux vulnérabilités d’approvisionnement
Pour contrer cette dépendance, Washington déploie une stratégie multifacette combinant des aides financières directes pour stimuler la production locale, des prises de participation dans des sociétés minières et de raffinage, ainsi que des accords-cadres internationaux. L’administration américaine affirme ainsi avoir signé ou approuvé 160 accords relatifs aux minéraux critiques pour un montant total supérieur à 40 milliards de dollars depuis janvier 2025.
Des investissements en fonds propres ont notamment ciblé des entreprises telles que MP Materials, Lithium Americas et USA Rare Earth. Parallèlement, l’initiative Project Vault associe un prêt de 10 milliards de dollars de l’Export-Import Bank (EXIM) à près de 2 milliards de dollars de capitaux privés afin de constituer un stock stratégique de minéraux critiques.

L’EXIM accorde également des prêts directs pour soutenir les infrastructures nationales, à l’instar d’une enveloppe de 25 millions de dollars octroyée à Westwater Resources pour développer son site de production de graphite naturel de qualité batterie à Kellyton, en Alabama. Les dirigeants de l’entreprise estiment que la première phase de ce site, adossé au gisement de Coosa, affichera une capacité de production d’environ 12 500 tonnes métriques par an, avec un démarrage commercial prévu dès l’année prochaine si de nouveaux financements sont bouclés.
L’Europe cherche des alternatives face au déficit commercial
De l’autre côté de l’Atlantique, l’Union européenne tente de parer à l’urgence. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, doit se rendre à Pékin pour s’entretenir avec le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, le 8 octobre, dans le but d’éviter une guerre commerciale ouverte. L’exécutif européen s’alarme particulièrement d’un déficit commercial avec la Chine qualifié d’« insustainable » et s’élevant à un milliard d’euros par jour, alimenté par des flux massifs de véhicules électriques et de composants industriels.
C’est dans ce contexte de recherche effrénée d’alternatives que de nouveaux acteurs industriels tentent de se positionner sur le marché européen. Rafael Moreno, directeur général de l’entreprise australienne Viridis Mining and Minerals — possédant des actifs au Brésil, en Australie et au Canada —, insiste sur la nécessité absolue de briser le monopole de Pékin.

L’entreprise a ouvert un site de démonstration au Brésil pour extraire une poudre minérale destinée à être raffinée et séparée, potentiellement en France. Pour y parvenir, Viridis collabore avec le groupe chimique français Solvay afin de livrer directement les constructeurs automobiles et les fabricants d’éoliennes comme Siemens Gamesa.
Néanmoins, les acheteurs de composants et les équipementiers subissent une pression quotidienne pour se tourner vers les produits chinois, parfois moins chers que les alternatives locales, en raison notamment des taux de change. Pour les analystes et observateurs du secteur, la mise en place d’une chaîne d’approvisionnement indépendante exigera une constance politique à long terme de la part des gouvernements occidentaux, bien au-delà de simples annonces de subventions ponctuelles.