Le président kenyan William Ruto a annoncé le lancement de MasterKey, une initiative de portefeuille numérique conçue pour permettre aux individus d’obtenir, de détenir et de partager des preuves fiables de leurs qualifications et de leur expérience professionnelle. Ce système, qui fait office de passeport numérique des compétences, vise à rendre les certifications africaines vérifiables au-delà des frontières nationales afin d’élargir les opportunités d’emploi pour la jeunesse.
Un pilote entre trois nations africaines
L’initiative MasterKey est actuellement en phase pilote et implique trois pays : le Kenya, le Ghana et le Rwanda. Selon William Ruto, l’objectif est qu’un dossier professionnel ou une qualification délivrée à Nairobi puisse être vérifiée à Accra et Kigali, et à terme, partout où des opportunités existent. Le président a précisé que le Kenya dirige la première mise en œuvre nationale, avec un portefeuille de compétences et de travail prévu pour être accessible via sa plateforme eCitizen.
Cette première phase cible 150 000 placements répartis entre le Ghana, le Rwanda et le Kenya. À plus long terme, le système est destiné à soutenir la mobilité professionnelle et le travail transfrontalier. Cette initiative s’inscrit dans le cadre plus large des travaux de l’Accra Reset sur les opportunités économiques, la mobilité et les compétences, aux côtés d’autres domaines de coopération tels que la capacité de négociation et la réforme de la santé.
Fonctionnement et gouvernance des données
Le système repose sur un portefeuille numérique où les employeurs et les institutions participantes délivrent des dossiers vérifiables. Une caractéristique centrale de MasterKey est que les individus conservent le contrôle total sur les informations qu’ils choisissent de partager. Le président Ruto a souligné que le test majeur de ce projet sera de déterminer si des dossiers fiables émis dans un pays africain peuvent être reconnus et utilisés dans un autre.
Toutefois, MasterKey a des limites structurelles précises. Le système ne délivre pas lui-même de visas, de reconnaissances professionnelles ou d’emplois. Ces décisions restent sous la responsabilité exclusive des autorités compétentes et des employeurs ; MasterKey intervient uniquement en fournissant les dossiers vérifiables nécessaires pour appuyer ces décisions.
Contexte de la mobilité des compétences
L’annonce a été faite par le président Ruto lors de l’événement Accra Reset Full Circle, organisé en marge de la 81e Assemblée générale des Nations Unies à New York. Le Kenya s’est déclaré prêt à faire progresser cette initiative avec le Ghana, le Rwanda et d’autres partenaires africains pour faciliter la circulation des talents sur le continent.
Ce projet de portefeuille de compétences s’inscrit dans une tendance globale de numérisation des certifications. À titre de comparaison, l’Union européenne développe également des portefeuilles d’identité numérique (EUDI Wallets). Ce système européen permet à des organisations publiques ou privées d’émettre des documents sécurisés, comme des diplômes d’éducation, qui peuvent être stockés et vérifiés à travers l’UE. Dans le modèle européen, les émetteurs doivent s’enregistrer dans leur État membre et respecter des normes de sécurité et de confidentialité strictes établies par la Commission européenne.