La sécheresse persistante qui frappe l’Europe cet été a réduit de plus de moitié la capacité des transports fluviaux sur le Rhin, artère centrale du commerce chimique continental. Selon les données communiquées par l’autorité allemande des voies navigables, le niveau au point de contrôle stratégique de Kaub est tombé à 11 cm le 23 septembre, avant de glisser à 5 cm le 25 septembre au petit matin, menaçant de s’abaisser à seulement 1 cm. Les prévisions indiquent que cette situation critique se prolongera pendant au moins trois jours, plaçant les conditions de navigation à leur plus bas niveau de l’année et bouleversant les chaînes d’approvisionnement en oléfines, en aromatiques, en méthanol et en additifs.
L’impact direct sur la capacité des barges et l’envolée des tarifs de fret
En temps normal, les barges standard naviguant sur le Rhin transportent entre 2 000 et 5 000 tonnes de fret.
Cette contraction drastique des volumes transportés a provoqué une flambée spectaculaire des tarifs. De manière plus générale, les tarifs de fret régionaux ont atteint entre 2,5 et 3 fois leur niveau habituel, pesant lourdement sur la compétitivité de l’industrie et des secteurs énergétiques.
Nothing like this has happened before. The impact is massive and it’s just starting now. I think it’s going to get worse and I don’t think any of us are ready for it. The impact this is going to have on trucking in Europe is monumental in terms of price, access to capacity, delays. And this can affect all modes — air and ocean.
Les perturbations industrielles et les déclarations de force majeure
Face à l’impossibilité de s’appuyer sur le trafic fluvial, les entreprises chimiques européennes se tournent massivement vers le transport routier et ferroviaire pour acheminer leurs matières premières. Cependant, cette transition vers la terre ferme se heurte à des goulets d’étranglement majeurs. Le principal corridor ferroviaire de fret situé sur la rive droite du Rhin en Allemagne fait l’objet d’une maintenance annuelle dont la période de fermeture s’étale du 10 juillet au 12 décembre, limitant considérablement la capacité d’absorption des volumes déroutés.
Les difficultés logistiques se doublent de contraintes opérationnelles directes sur les sites de production. Le débit insuffisant de l’eau et ses températures élevées empêchent le fonctionnement optimal des systèmes de refroidissement en circuit fermé, obligeant les usines riveraines à réduire leurs charges de fabrication. Dès le mois de juillet, ces tensions ont entraîné plusieurs déclarations de force majeure :
- LyondellBasell a suspendu ses engagements sur son unité d’extraction de butadiène de 170 000 tonnes par an à Wesseling le 16 juillet en raison de l’interruption des livraisons de matières premières.
- Covestro a activé des clauses similaires pour ses polyétherpolyols à l’usine de Dormagen en août.
- BASF a également enclenché des procédures de force majeure pour certains surfactants en raison de l’impossibilité de s’approvisionner normalement.
Le rôle de l’économie et du transport multimodal dans l’atténuation du choc
Malgré l’ampleur des perturbations qui affectent notamment une capacité d’environ 3,1 millions de tonnes par an d’éthylène et l’approvisionnement de la raffinerie Miro — l’un des plus grands sites de raffinage intérieur d’Europe, traitant 320 000 barils par jour —, le secteur évite pour l’instant un effondrement systémique total grâce à la faiblesse conjoncturelle de la demande.

Les observateurs rappellent toutefois que cette protection par défaut est fragile. Néanmoins, une reprise de la demande industrielle ou une augmentation des cadences de raffinage menacerait rapidement de transformer cette crise des transports contenue en une pénurie généralisée de produits chimiques et énergétiques à travers l’Europe.