Publié le 18 octobre 2024 14h00. Un projet de programme de mathématiques pour 2025, proposé par la Commission des subventions universitaires (UGC) en Inde, suscite une vive polémique. Des centaines d’universitaires dénoncent un déséquilibre en faveur des connaissances mathématiques anciennes au détriment des fondamentaux essentiels pour l’employabilité et la recherche.
- Le projet de programme met fortement l’accent sur les systèmes de connaissances indiens traditionnels, incluant des cours sur l’astronomie ancienne, l’algèbre indienne et la géométrie védique.
- Près de 1 000 universitaires et experts craignent que cet accent excessif ne compromette la préparation des étudiants aux exigences du marché du travail et des études supérieures.
- Les défenseurs du programme affirment qu’il ne néglige pas les matières de base et vise à former des étudiants capables de raisonnement comparatif.
Le projet de programme de mathématiques, dévoilé en août par l’UGC, vise à aligner l’enseignement supérieur sur la Politique nationale d’éducation de 2020. Selon le document officiel, il s’agit d’une approche « avant-gardiste » qui doit fournir aux étudiants une « base solide en concepts et compétences mathématiques ». Cependant, cette ambition se heurte à de vives critiques de la part d’une large communauté académique.
Les opposants au projet s’inquiètent de l’importance disproportionnée accordée aux systèmes de connaissances anciens, notamment au détriment des matières fondamentales telles que le calcul, l’algèbre, l’analyse et les probabilités. Ils estiment que cette orientation pourrait nuire à la capacité des étudiants à réussir dans des domaines compétitifs tels que l’intelligence artificielle, la science des données et l’ingénierie.
Le programme propose notamment des cours sur le Kala Ganana (chronométrage traditionnel indien), le Bharatiya Bijganit (algèbre indienne), la géométrie du Shulba Sutra (aphorismes de mesure avec une corde), la philosophie des mathématiques indiennes, des textes sanskrits anciens et les cycles du temps cosmique. Si les partisans du projet soulignent l’intérêt culturel de ces sujets, les critiques les jugent souvent redondants avec les connaissances acquises au lycée, voire plus adaptés à des disciplines telles que l’astronomie ou les études religieuses.
Par exemple, un cours sur l’horlogerie traditionnelle indienne pourrait être pertinent dans le cadre d’une étude de l’histoire culturelle, mais ne contribue pas directement aux compétences mathématiques modernes. De même, l’étude de l’algèbre indienne, bien qu’historiquement importante avec les contributions de figures comme Brahmagupta et Bhaskara, est perçue par certains comme une régression par rapport aux structures algébriques avancées enseignées au niveau universitaire.
Les critiques soulignent également que de nombreux textes anciens, tels que le Surya Siddhanta et l’Aryabhatiyam, sont principalement des traités d’astronomie et de cosmologie, souvent rédigés en sanskrit et difficiles d’accès pour les étudiants et les professeurs.
Les auteurs d’une analyse récente, professeurs de mathématiques à la BML Munjal University, Haryana, insistent sur la nécessité de trouver un équilibre entre la valorisation du patrimoine intellectuel indien et la préparation des étudiants aux défis du monde moderne. Ils rappellent que les mathématiques indiennes ont toujours été à la pointe de l’innovation, avec des contributions majeures au système décimal et des avancées significatives en algèbre et en calcul. Ils citent notamment des recherches démontrant le rôle pionnier de Brahmagupta et Bhaskara dans le développement du concept de zéro et de la division par zéro, des idées qui ont ensuite influencé des mathématiciens européens tels que Leonhard Euler et John Craig.
Cependant, ils avertissent que l’intégration des mathématiques anciennes ne doit pas se faire au détriment des compétences fondamentales nécessaires dans des domaines tels que l’algèbre linéaire, les probabilités, les équations différentielles, l’optimisation, la théorie des jeux, la théorie de l’information et la programmation informatique. Ces disciplines sont essentielles pour l’innovation et la compétitivité de l’Inde dans l’économie mondiale, en particulier dans le contexte de l’essor de l’intelligence artificielle et de l’apprentissage automatique. Selon une étude du Fonds monétaire international, l’IA est un moteur essentiel de la croissance économique mondiale.
Les auteurs proposent de valoriser les contributions mathématiques de l’Inde en proposant des cours facultatifs sur l’histoire des mathématiques indiennes ou les mathématiques anciennes, qui pourraient également être intégrés aux programmes des départements de sanskrit ou d’études culturelles. Ils insistent sur l’importance de maintenir la rigueur et l’universalité des mathématiques, en veillant à ce que le programme de base reste axé sur la preuve, l’abstraction, l’analyse et les méthodes informatiques.