Les marchés financiers en 2025 sont tiraillés entre une reprise des tensions commerciales sino-américaines et un optimisme débordant autour de l’intelligence artificielle (IA). Cette situation paradoxale soulève des questions sur la pérennité du rallye actuel et la capacité de l’IA à compenser les vents contraires économiques et géopolitiques.
L’administration Biden a annoncé de nouveaux tarifs douaniers sur 18 milliards de dollars de produits chinois, notamment les véhicules électriques, les semi-conducteurs et les minéraux critiques. Ces mesures, justifiées par la volonté de protéger les industries nationales et de réduire les risques pour la sécurité nationale, rappellent la guerre commerciale de 2018-2019 et ont ravivé les craintes d’inflation et de perturbations des chaînes d’approvisionnement. Les économistes avertissent que ces tarifs agissent comme une « taxe cachée », augmentant les coûts pour les fabricants et, in fine, pour les consommateurs. En avril 2025, Global Indices a ainsi perdu plus de 3 000 milliards de dollars de capitalisation boursière suite à cette annonce.
Cependant, cette correction a été de courte durée. Le secteur technologique, porté par l’IA, a rapidement rebondi, suggérant que le sentiment des investisseurs est davantage influencé par les perspectives offertes par l’IA que par les données économiques. L’IA est devenue un pilier de l’optimisme sur les marchés mondiaux, avec des géants comme Nvidia (NASDAQ : NVDA), Microsoft (NASDAQ : MSFT) et Alphabet (NASDAQ : GOOGL) dépassant régulièrement les attentes en matière de bénéfices, grâce à la demande croissante d’infrastructures d’IA, de services de cloud computing et d’intégrations de modèles de langage (LLM) dans tous les secteurs.
Selon une étude de McKinsey, l’adoption de l’IA pourrait augmenter le produit intérieur brut (PIB) mondial de 7 000 milliards de dollars d’ici 2030, avec des gains déjà visibles dans l’automatisation, la fintech, la logistique et l’énergie. Les fonds négociés en bourse (ETF) axés sur l’IA ont attiré des milliards d’euros de nouveaux investissements au premier semestre 2025, surpassant tous les autres secteurs.
Mais cet engouement pour l’IA soulève des interrogations. S’agit-il d’un véritable catalyseur de croissance ou simplement d’un rempart psychologique face à l’incertitude ? La finance comportementale apporte quelques éléments de réponse. Le phénomène de l’« économie narrative », théorisé par le prix Nobel Robert Shiller, explique comment les récits dominants façonnent la pensée des investisseurs. L’IA est aujourd’hui le récit dominant, relayé en permanence par les médias, les analystes financiers et les conférences téléphoniques sur les résultats des entreprises.
Le « biais de disponibilité », qui pousse les investisseurs à accorder plus d’importance aux informations facilement accessibles, renforce également cet effet. L’IA étant constamment présente dans l’actualité, elle bénéficie d’une prime psychologique par rapport à des secteurs moins médiatisés, même lorsque les fondamentaux ne la justifient pas. Enfin, le « comportement de troupeau » pousse les investisseurs particuliers à suivre les mouvements des investisseurs institutionnels, de peur de manquer une opportunité.
Les données confirment cette tendance. Les investissements dans le secteur technologique ont augmenté de manière significative ces dernières années, tandis que les investissements dans les secteurs non technologiques ont stagné ou diminué. En 2024, les flux d’investissement vers le secteur technologique ont atteint 170 milliards de dollars, contre seulement 88 milliards de dollars pour les secteurs non technologiques. Les industries sensibles aux tarifs, telles que l’industrie manufacturière, l’automobile et l’énergie, subissent quant à elles une pression croissante sur leurs coûts et leurs marges.
Malgré ces pressions, la volatilité globale des marchés reste contenue, car le récit de l’IA continue de dominer la perception des investisseurs. Cependant, cette surexposition à un seul narratif rend les marchés vulnérables à une correction brutale. Plusieurs scénarios sont possibles : si l’IA continue de surperformer, le secteur technologique continuera de dominer. Si la croissance de l’IA ralentit et que les tarifs augmentent, une correction boursière plus large pourrait se produire. Si les échanges commerciaux se normalisent, une croissance équilibrée pourrait être possible. Enfin, un éclatement de la bulle de l’IA pourrait entraîner une correction dirigée par le secteur technologique et une rotation vers les valeurs refuges.
À ce stade, les investisseurs doivent adopter une approche prudente et diversifiée, en évitant de surpondérer l’IA et en surveillant attentivement les rendements obligataires et les indicateurs de volatilité. Il est également essentiel de rester conscient de ses propres biais psychologiques et de ne pas se laisser emporter par l’enthousiasme ambiant.
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