Publié le 17 décembre 2025 à 21h14. La nouvelle production hors-les-murs « All Out : Comédie sur l’ambition », avec des célébrités et le groupe Lawrence, divise la critique new-yorkaise, entre accusations de stratégie commerciale agressive et appréciation d’un divertissement décalé, surtout à prix réduit.
- « All Out » est une lecture mise en scène de nouvelles de Simon Rich, entrecoupée de chansons du groupe Lawrence.
- Le prix des billets, pouvant atteindre 320 $ (environ 295 €), suscite l’indignation, certains qualifiant le spectacle de « ponction cynique d’argent ».
- L’expérience peut être agréable si l’on est conscient de sa nature et si le prix est abordable, notamment grâce à la performance énergique du groupe Lawrence.
La scène théâtrale new-yorkaise est en ébullition autour de « All Out : Comédie sur l’ambition », la nouvelle production présentée au Nederlander Theater. Sur la même veine que « All In : Comédie sur l’amour » l’année dernière, le spectacle a rapidement fait l’objet de critiques acerbes, certains dénonçant une stratégie commerciale trop agressive. Des affiches improvisées dans les salons de discussion théâtrale dénoncent une « ponction cynique d’argent », pointant du doigt des billets atteignant jusqu’à 320 $ (environ 295 €) pour une représentation de seulement 80 minutes.
La nature même du spectacle a surpris certains spectateurs, attirés par la promotion sur les réseaux sociaux qui ne mettait pas suffisamment en avant le format de lecture mise en scène. « Certains jeunes spectateurs que j’ai rencontrés au Nederlander et qui avaient obtenu leurs billets après avoir vu les promos de « All Out » sur Instagram se sont dits surpris qu’il s’agisse en fait d’une lecture mise en scène », explique un observateur.
Au cours des douze prochaines semaines, un groupe rotatif de quatre célébrités donnera vie aux histoires de Simon Rich, lues à haute voix à partir de classeurs portatifs. La question qui se pose est de savoir si l’indignation est principalement liée au prix des billets : le spectacle serait-il apprécié s’il était plus accessible financièrement ?
Pour tester cette hypothèse, l’auteur de l’article a participé à une loterie et a eu la chance de décrocher un billet à 45 $ (environ 41 €). Son verdict est nuancé : « Si vous savez à quoi vous attendre, le spectacle est suffisamment divertissant pour que le temps (80 minutes) et la dépense (45 $) en valent la peine, notamment parce qu’il s’agit presque autant d’un concert de chansons originales de Lawrence, un groupe animé de huit membres dirigé par les frères et sœurs Clyde Lawrence et Gracie Lawrence ». Gracie Lawrence, en particulier, a déjà fait ses preuves dans la comédie musicale de Broadway « Just in Time », où elle incarnait Connie Francis.
L’ensemble scénique, conçu par David Korins, est étonnamment élaboré pour une lecture. Il évoque un bureau lambrissé au centre de Manhattan, avec une vue sur le Chrysler Building et l’Empire State Building. Un grand panneau indique « All Out. Rich Enterprises », flanqué de bibliothèques remplies de livres reliés en cuir et d’une étagère débordant de bouteilles d’alcool. Cependant, cet ensemble est souvent masqué par les projections psychédéliques lors des performances de Lawrence et ignoré pendant les lectures, accompagnées de simples illustrations d’Emily Flake, une caricaturiste du New Yorker.
Les histoires de Simon Rich, publiées dans sept recueils au cours des 18 dernières années, sont intelligentes, même si elles ne provoquent pas toujours un éclat de rire. Elles sont également disponibles en livres audio et sur YouTube, permettant au public de se familiariser avec son humour absurde avant de se rendre au théâtre.
À titre d’exemple, une vidéo de « Math Problems », tirée de son premier recueil, Ant Farm: And Other Desperate Situations, est disponible en ligne :
Parmi les histoires lues lors de la représentation assistée par l’auteur, « Kerosene », issue de son dernier recueil, Glory Days, se démarque par son potentiel théâtral. Elle met en scène un dialogue entre Rufus, un homme devenu riche grâce à la fabrication de kérosène, et l’ancien capitaine d’un baleinier disparu en mer depuis une décennie. L’échange est ponctué de répliques saisissantes :
« Comment avez-vous survécu ? »
Rufus
« Juste du cannibalisme pur et simple. Manger mes frères bien-aimés un par un. »
Le capitaine du baleinier
La pièce explore les thèmes de l’ambition et de la désillusion, avec une touche d’ironie typique de Rich. D’autres histoires, comme « L’empereur n’a pas de vêtements », bénéficient de l’interprétation expressive de Jon Stewart dans le rôle de l’empereur.
« Oatsy », lue par Eric André, est quant à elle l’une des pièces les plus drôles de la soirée. Publiée dans Success and Failure (2018), elle prend la forme d’un monologue du cheval de Paul Revere, mécontent de ne pas être reconnu pour son rôle dans la célèbre chevauchée nocturne. « Une personne du journal saute et dit : Paul, Paul, comment as-tu roulé si longtemps toute la nuit. Et je renifle, parce que bien sûr, Paul n’a pas roulé. J’ai roulé. Il s’est juste accroché à mon dos, les yeux fermés… »
La pièce la plus réussie est sans doute « The City », lue par Abbi Jacobson. Elle prend la forme d’un monologue de la ville de New York, exaspérée par l’arrivée constante de nouveaux habitants. La ville se plaint : « Ils me pissent dessus. Chaque. seule. nuit. » Elle met donc tout en œuvre pour les faire partir : cafards, rats, radiateurs bruyants, pigeons… Mais elle finit par reconnaître la valeur des « vieux New-Yorkais » qui persistent et encouragent les nouveaux arrivants.
« All Out : Comédie sur l’ambition » s’inscrit dans la continuité de « All In : Comédie sur l’amour », qui avait réussi à rentabiliser son investissement malgré les critiques. La question est de savoir si cette tendance se confirmera et si le public continuera à soutenir ces spectacles, malgré les prix élevés et le format inhabituel.
All Out : Comédie sur l’ambition
Théâtre Nederlander jusqu’au 8 mars 2026
Durée : Quatre-vingts minutes, sans entracte.
Billets : 67 $ – 320 $ (la fourchette varie selon la date de représentation). Loterie et rush : 45$
Écrit par Simon Rich
Réalisé par Alex Timbers
Conception scénique de David Korins, conception des costumes de Jennifer Moeller, conception d’éclairage de Jason DeGroot, conception sonore de Peter Hylenski, conception vidéo de Lucy Mackinnon, illustratrice Emily Flake, consultants en coiffure et maquillage Robert Pickens et Katie Gell, superviseur musical Kris Kukul
Groupe : Gracie Lawrence (chant/percussions), Clyde Lawrence (chef d’orchestre/chant/clavier/uitar/accordéon/basse ukulélé), Jonny Koh, Michael Karsh, Sam Askin, Jordan Cohen, Sumner Becker, Marc Langer
Premier casting (que j’ai vu) : Eric Andre, Ike Barinholtz, Abbi Jacobson, Jon Stewart
Distribution complète :
Eric Andre (12 décembre – 28 décembre)
Ike Barinholtz (12 décembre – 20 décembre)
Abbi Jacobson (12 décembre – 28 décembre)
Jon Stewart (12 décembre – 20 décembre)
Jim Gaffigan (22 décembre – 11 janvier)
Ben Schwartz (22 décembre – 4 janvier)
Wayne Brady (29 décembre – 18 janvier)
Cecily Strong (29 décembre – 18 janvier)
Beck Bennett (6 janvier – 18 janvier)
Mike Birbiglia (13 janvier – 18 janvier)
Heidi Gardner (20 janvier – 15 février)
Jason Mantzoukas (20 janvier – 15 février)
Craig Robinson (20 janvier – 15 février)
Sarah Silverman (20 janvier – 15 février)
Nicholas Braun (17 février – 8 mars)
Ashley Park (17 février – 8 mars)
Ray Romano (17 février – 8 mars)
Jenny Slate (17 février – 8 mars)
Photographies de Matthew Murphy
