Publié le 15 mars 2024 14h30. La Commission européenne a dévoilé ce mercredi un plan ambitieux, baptisé « Bouclier Démocratique », pour renforcer la résilience des démocraties européennes face à la désinformation et aux ingérences étrangères, notamment en provenance de Russie. Ce dispositif prévoit la création d’un centre européen dédié et une collaboration accrue avec les services de renseignement nationaux.
- La Commission européenne propose la création du Centre européen pour la résilience démocratique, un organisme chargé de coordonner la lutte contre la désinformation.
- Ce centre s’appuiera sur une collaboration volontaire des agences de renseignement des États membres, tout en respectant leurs compétences nationales.
- Le « Bouclier Démocratique » s’inscrit dans la continuité de mesures existantes, comme la loi sur les services numériques et la loi sur l’intelligence artificielle.
L’initiative intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, notamment après près de quatre ans de conflit en Ukraine, où la désinformation est devenue une arme de guerre. Selon Bruxelles, les démocraties européennes sont « sous pression et attaquées » par des régimes autoritaires qui utilisent des techniques hybrides pour manipuler l’opinion publique et déstabiliser les processus électoraux.
Le Centre européen pour la résilience démocratique aura pour mission de coordonner les réseaux et structures existants qui travaillent sur la prévention, la détection, l’analyse et la réponse aux menaces dans l’espace de l’information. Il ne s’agira pas de créer une nouvelle agence de renseignement centralisée, mais plutôt de renforcer la coopération entre les services nationaux, qui restent réticents à partager leurs informations sensibles.
L’idée d’un tel centre avait été initialement proposée l’année dernière par l’ancien Premier ministre finlandais Sauli Niinistö, dans un rapport commandé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Cette dernière a souligné l’importance de protéger les valeurs démocratiques fondamentales, telles que la liberté d’expression, les médias indépendants et une société civile dynamique.
« La démocratie est le fondement de notre liberté, de notre prospérité et de notre sécurité. Le Bouclier renforcera les éléments fondamentaux qui permettent aux citoyens de vivre chaque jour nos valeurs démocratiques communes : la liberté d’expression, des médias indépendants, des institutions résilientes et une société civile dynamique. C’est la force de l’Europe et nous devons accroître notre capacité collective à la protéger à tout moment. »
Ursula von der Leyen, Présidente de la Commission européenne
Le vice-président de la Commission européenne pour la souveraineté numérique, Henné Virkkunen, a insisté sur l’urgence de la situation :
« La démocratie est sous pression et attaquée après presque quatre ans de guerre en Ukraine. »
Henné Virkkunen, Vice-président de la Commission européenne pour la souveraineté numérique
Le Commissaire de l’Intérieur, Michael McGrath, a dénoncé les « régimes autoritaires qui utilisent des techniques hybrides » et investissent dans la manipulation de l’information, dans le but de « saper la confiance des citoyens, de profiter de nos divisions, d’influencer les élections et de déstabiliser notre démocratie ». Bruxelles a notamment évoqué l’exemple des élections moldaves de septembre dernier, où un « arsenal complet de menaces hybrides » aurait été déployé, en référence à la Russie.
Le « Bouclier Démocratique » s’appuie également sur des mesures déjà en place, telles que la loi sur les services numériques (DSA), qui impose aux grandes plateformes en ligne de lutter contre la désinformation, et la loi sur l’intelligence artificielle (IA Act), qui exige une plus grande transparence des modèles d’IA générative. De plus, Bruxelles appelle à une plus grande responsabilité des influenceurs lors des campagnes électorales, non pas en contrôlant leur contenu, mais en clarifiant leur rôle et leurs motivations.
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