Le Centre de Chirurgie Ambulatoire de Genève (CCAG) a ouvert ses portes le 2 juin, fruit d’un partenariat inédit entre les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et le Groupe Hirslanden. Ce centre, le plus grand de Suisse, vise à accueillir 10 000 patients dès sa première année pour optimiser les coûts et les soins chirurgicaux.
Une infrastructure calibrée pour le flux et la cadence
L’architecture du nouveau centre ne laisse aucune place à l’improvisation. Érigé sur le plateau de Champel, entre les HUG et la Clinique de la Colline, le bâtiment s’étend sur 4 000 mètres carrés. Selon Leman bleu, 2 800 mètres carrés sont spécifiquement dédiés aux dix blocs opératoires, conçus pour un transit rapide : le patient arrive le matin et repart le soir même.
Le modèle repose sur une standardisation quasi industrielle du parcours patient. Une équipe d’une quarantaine de soignants orchestre chaque mouvement pour garantir que le matériel soit prêt la veille et que chaque intervenant connaisse sa position exacte le jour de l’opération. Cette organisation millimétrée est rendue possible par la généralisation des traitements mini-invasifs, qui rendent l’hospitalisation nocturne obsolète pour de nombreuses interventions.
La configuration technique des salles répond à deux types de besoins distincts, comme le précise le communiqué des HUG :
| Type de salle | Nombre | Usage et prise en charge |
|---|---|---|
| Salles de chirurgie standard | 6 | Interventions classiques avec présence d’un médecin anesthésiste. |
| Salles à flux rapide | 4 | Procédures courtes sous anesthésie locale, gérées intégralement par le chirurgien. |
Le pari économique de la masse critique
L’alliance entre le public et le privé n’est pas seulement médicale, elle est financière. En Suisse, la chirurgie ambulatoire souffre historiquement d’une rémunération insuffisante. Pour rendre le modèle viable, la seule solution est le volume. Le CCAG doit atteindre une « masse critique » de patients pour amortir l’infrastructure et optimiser l’utilisation des ressources.
L’idée est donc de concentrer les activités sur un même site pour augmenter les volumes et atteindre à terme un équilibre économique.
Gilles Rufenacht, directeur général d’Hirslanden, via Leman bleu
Le remplissage initial semble valider cette stratégie. Dès l’ouverture, 80 % du calendrier opératoire était déjà réservé. La répartition des flux montre une prédominance du secteur public, avec 60 % des interventions assurées par les HUG et 20 % par Hirslanden.
Ce partenariat public-privé, soutenu par la Caisse de prévoyance de l’État de Genève (CPEG) qui a construit le bâtiment sur mesure, vise une synergie où l’innovation et l’économicité profitent à l’ensemble de la population régionale.
L’ombre des échecs de Lausanne et Neuchâtel
Le projet genevois s’installe dans un contexte marqué par des précédents douloureux. La Suisse romande a déjà tenté de systématiser l’ambulatoire, mais avec des résultats mitigés. Le Temps rappelle notamment le cas du centre MV Santé Beaumont à Lausanne, développé en collaboration avec le CHUV.
Lancé en 2014 avec la promesse de réduire les coûts et les durées d’hospitalisation, le partenariat de Beaumont s’est effondré seulement deux ans plus tard. Genève tente donc de réussir là où Lausanne et Neuchâtel ont échoué, en misant sur une structure encore plus vaste et une intégration plus poussée entre les acteurs.
Pour Pierre Maudet, conseiller d’État en charge de la santé, Genève dispose d’atouts structurels que d’autres n’avaient pas : des volumes de patients plus importants, un vivier de spécialistes de haut niveau et une volonté politique forte de maîtriser les coûts de santé via la standardisation.
Vers une mutation profonde du soin chirurgical
L’ambition à long terme du CCAG dépasse les 10 000 patients de la première année pour viser jusqu’à 16 000 interventions annuelles. Le spectre des spécialités est large : l’orthopédie, l’ORL, la gynécologie, l’ophtalmologie et le traitement des hernies sont les piliers de cette activité.

Avec le Centre de Chirurgie Ambulatoire de Genève, les HUG et le Groupe Hirslanden franchissent ensemble une étape décisive, celle d’une médecine ambulatoire d’excellence, portée par la complémentarité du public et du privé.
Robert Mardini, directeur général des HUG, via HUG
Au-delà des chiffres, c’est le rapport au soin qui change. En rendant le patient autonome le plus rapidement possible, le centre réduit la pression sur les lits d’hospitalisation classiques et diminue les risques liés aux séjours prolongés. Le succès du CCAG dépendra désormais de sa capacité à maintenir cette cadence industrielle sans sacrifier la qualité humaine du soin, tout en prouvant que le modèle économique de l’ambulatoire peut enfin être rentable en Suisse.