Publié le 15 janvier 2026 à 06h38. L’idole de jeunesse de John Lennon, Bob Dylan, a connu une trajectoire similaire d’admiration puis de rejet de la part du chanteur des Beatles, révélant les relations complexes et souvent tumultueuses entretenues par l’artiste.
- John Lennon a entretenu de nombreuses relations conflictuelles au cours de sa vie, et celle avec Bob Dylan n’a pas fait exception.
- L’influence de Dylan sur les Beatles, notamment sur Lennon, a été immense au début des années 1960, mais cette relation s’est progressivement détériorée.
- La conversion de Dylan à la foi chrétienne a été un point de rupture pour Lennon, qui y voyait un abandon de ses idéaux et une forme de prosélytisme qu’il désapprouvait.
John Lennon était un homme de passions, capable d’une adoration intense suivie d’un rejet tout aussi radical. Qu’il s’agisse de sa mère, de sa tante Mimi, de Paul McCartney, de Cynthia, ou de Yoko Ono, les relations de Lennon étaient rarement stables. Il se jetait corps et âme dans l’expérience humaine, mais avait tendance à l’oublier rapidement, trouvant toujours de nouvelles excuses pour passer à autre chose.
Bob Dylan fut l’un de ceux qui connut ce cycle d’admiration, d’inspiration, puis de désillusion. Il était bien plus qu’un simple pair pour Lennon ; il fut un phare créatif, une voie vers de nouveaux horizons artistiques. Pourtant, comme tant d’autres, Dylan finit par ne plus satisfaire l’insatiable quête de Lennon.
Leur première rencontre, en 1964, fut une révélation. Tous deux étaient considérés comme les porte-parole de la jeunesse en pleine effervescence, mais avec des approches différentes. Lennon, un populiste charismatique, savait enflammer les foules et libérer les corps. Dylan, plus cérébral et introspectif, touchait les âmes perdues avec la puissance de ses mots. Ils furent, dans les années 1960, deux catalyseurs de changement.
L’échange d’un joint savamment roulé marqua le début d’une influence mutuelle profonde. Dylan apprit à Lennon comment toucher un public de masse, tandis que ce dernier découvrit, grâce à Dylan, comment trouver le message à transmettre. Comme l’a déclaré Paul McCartney :
« Il était notre idole. »
Paul McCartney
John Lennon se souvient :
« C’est à Paris, en 1964, que j’ai entendu Dylan pour la première fois. Paul a obtenu le disque [The Freewheelin’ Bob Dylan] d’un DJ français. Pendant trois semaines à Paris, nous n’avons pas arrêté de le jouer. Nous sommes tous allés au petit pot à propos de Dylan. »
John Lennon, The Beatles Anthology
Les Beatles s’approprièrent l’écriture folk de Dylan et l’intégrèrent à leur propre musique pop.

Des chansons comme « Help » et « You’ve Got To Hide Your Love Away » témoignent de cette influence. Lennon lui-même reconnaissait :
« C’est encore moi dans ma période Dylan. Je suis comme un caméléon, influencé par tout ce qui se passe. Si Elvis peut le faire, je peux le faire. Si les Everly Brothers peuvent le faire, moi et Paul pouvons le faire. Même chose avec Dylan. »
John Lennon
Cependant, cette admiration ne dura pas. Yoko Ono, selon Lennon, n’était pas sensible au charme de Dylan. Lennon confia :
« Pendant un certain temps, j’ai été très impressionné par lui… Mais j’ai arrêté d’écouter Dylan des deux oreilles après [Highway 61 Revisited] et Blonde sur Blonde, et même alors, c’était parce que George [Harrison] je m’asseyais et me faisais écouter. »
John Lennon
George Harrison, quant à lui, était tombé sous le charme de Dylan et collabora même avec lui.
La conversion de Dylan au christianisme fut le point de rupture. Lennon critiqua ouvertement sa chanson « Gotta Serve Somebody », la qualifiant de « pathétique » et de « embarrassante ». Il composa en réponse « Serve Yourself », une chanson satirique moquant l’engagement religieux de Dylan.
Lennon exprima son désaccord avec le prosélytisme religieux, préférant une approche spirituelle plus personnelle et moins dogmatique. Il voyait dans la foi de Dylan une forme d’abandon de soi, une trahison de ceux qui restaient sur terre. Il ajouta :
« Quiconque veut entendre Dylan simplement à cause de qui il est ne comprendra pas ce que Dylan dit de temps en temps. Ils suivent simplement une sorte d’image. De toute façon, toute l’histoire de la religion souffre du côté des “soldats chrétiens en avant”. »
John Lennon
L’abandon, qu’il ait vécu dans son enfance avec ses parents ou plus tard avec Dylan, était une blessure récurrente dans la vie de Lennon. Il semblait incapable de maintenir des relations durables, toujours à la recherche de quelque chose de nouveau, de plus excitant. La trajectoire de Dylan, de héros folk à artiste rock engagé dans la foi chrétienne, lui apparut comme une forme d’abandon, une perte de l’authenticité qu’il avait tant admirée.
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