Home MondeComprendre la vague de manifestations qui a lieu en Iran et son impact sur le régime

Comprendre la vague de manifestations qui a lieu en Iran et son impact sur le régime

by Clara Dubois

Publié le 10 novembre 2023 à 14h30. L’Iran est le théâtre de manifestations antigouvernementales de plus en plus importantes depuis deux semaines, représentant le défi le plus sérieux auquel le régime iranien est confronté depuis des années, tandis que les autorités coupent l’accès à Internet et répriment brutalement les protestations.

  • Plus de 500 personnes auraient été tuées et environ 10 600 arrêtées depuis le début des troubles.
  • Les autorités ont coupé l’accès à Internet et aux lignes téléphoniques, isolant le pays du monde extérieur.
  • Donald Trump a menacé de réagir en cas de violence contre les manifestants, tandis que l’ayatollah Ali Khamenei l’a appelé à se concentrer sur les problèmes de son propre pays.

Les manifestations actuelles, déclenchées par la colère face à l’inflation galopante et à la détérioration des conditions économiques, se sont rapidement transformées en un mouvement de contestation plus large contre le régime iranien. Les prix de produits de première nécessité, comme l’huile de cuisson et le poulet, ont flambé, certains produits disparaissant même des rayons des magasins. La décision de la banque centrale de mettre fin à un programme de subventions pour les importateurs a exacerbé la situation, entraînant une hausse des prix et la fermeture de commerces, ce qui a alimenté la colère populaire.

Ces protestations sont les plus importantes depuis 2022, lorsque la mort de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée par la police des mœurs, avait déclenché un mouvement de contestation national, sous le slogan « Femme, Vie, Liberté ». Les manifestations actuelles se sont propagées à plus de 100 villes à travers le pays, touchant notamment les provinces iraniennes d’Ilam et du Lorestan, où les tensions ethniques et la pauvreté sont particulièrement fortes. Les manifestants ont scandé des slogans tels que « Mort à Khamenei », défiant directement le guide suprême, qui détient l’autorité ultime en matière religieuse et politique.

Selon l’agence de presse affiliée à l’État iranien Fars, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait plus de 950 policiers et 60 soldats blessés. L’ONG iranienne de défense des droits de l’homme (IHRNGO), basée en Norvège, a quant à elle fait état d’au moins 45 manifestants tués, dont huit enfants, depuis le début des protestations, ainsi que de centaines de blessés et de plus de 2 000 arrestations. L’ONU a exprimé sa préoccupation face à la violence.

Un aspect notable de ces manifestations est la participation des bazars, traditionnellement considérés comme un pilier du régime. Leur implication témoigne d’un mécontentement profond au sein de la population et d’une perte de confiance dans les autorités. Comme l’explique Charbon Keshavarzian, professeur d’études sur le Moyen-Orient à l’Université de New York, les bazars ont toujours joué un rôle clé dans les mouvements politiques iraniens et leur soutien a été crucial pour la réussite de la Révolution islamique de 1979.

Les autorités iraniennes tentent de distinguer les manifestants motivés par des préoccupations économiques de ceux qui appellent à un changement de régime, qualifiant ces derniers de « provocateurs » et de « mercenaires » soutenus par des puissances étrangères. Cependant, des experts estiment que ces manifestations pourraient entraîner des changements significatifs. Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House, estime que ces troubles saperont davantage la légitimité d’un État déjà fragilisé. Dina Esfandiary, analyste chez Bloomberg Economics, souligne quant à elle un sentiment de frustration et d’épuisement profond au sein de la population iranienne.

L’Iran est une théocratie depuis 1979, dirigée par un guide suprême, actuellement l’ayatollah Ali Khamenei, qui détient le pouvoir ultime. Massoud Pezeshkian a été élu président en 2024, promettant une politique étrangère plus pragmatique, mais ses pouvoirs sont limités. Pezeshkian a reconnu que le gouvernement ne pouvait pas résoudre seul la crise et a promis de prendre des mesures pour soulager la situation économique. Cependant, la corruption, la mauvaise gestion et les sanctions internationales continuent de peser sur l’économie iranienne.

Donald Trump a averti Téhéran de conséquences graves en cas de violence contre les manifestants, menaçant même de recourir à la force. L’ayatollah Khamenei a répondu en appelant Trump à se concentrer sur les problèmes de son propre pays.

« Certains agitateurs veulent plaire au président américain en détruisant les biens publics. Un peuple iranien uni vaincra tous ses ennemis. La République islamique ne reculera pas devant ceux qui cherchent à nous détruire. »

Ali Khamenei, guide suprême de l’Iran

Reza Pahlavi, le fils en exil du dernier Shah d’Iran, s’est positionné comme une alternative au régime actuel, appelant à une action coordonnée à travers le pays. Des slogans en faveur de la restauration de la monarchie ont été entendus lors des manifestations, mais l’étendue du soutien à cette option reste incertaine. Comme le souligne Keshavarzian, aucun des dirigeants politiques iraniens ne dispose d’un plan clair pour sortir le pays de la crise, et la coercition et la force semblent être les seuls outils dont dispose encore le régime.

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