Home MondeDe l’URSS à aujourd’hui : l’intérêt de longue date de Moscou pour le Mexique

De l’URSS à aujourd’hui : l’intérêt de longue date de Moscou pour le Mexique

by Clara Dubois

Publié le 25 novembre 2025 à 02h03. Une opération d’influence russe ciblée sur le Mexique, révélée par le ministère américain de la Justice, visait à exacerber les tensions anti-américaines et à potentiellement influencer l’élection présidentielle américaine de 2024. Cette enquête s’inscrit dans un schéma de tentatives d’ingérence de Moscou dans la région depuis la Guerre froide.

  • Le ministère américain de la Justice a démantelé 32 domaines internet liés à une campagne de désinformation orchestrée par la Russie.
  • Un plan russe, baptisé « Le Mexique ne pardonne pas », cherchait à attiser le sentiment anti-américain parmi les populations défavorisées mexicaines.
  • Des documents de l’ex-Union soviétique montrent un intérêt de Moscou pour le Mexique remontant à plusieurs décennies, en raison de sa proximité avec les États-Unis.

L’influence russe au Mexique ne date pas d’hier. Des documents déclassifiés de l’Académie des sciences de l’URSS, obtenus par le Wilson Center, révèlent que Moscou s’intéressait déjà à influencer le Mexique dans les années 1960, considérant le pays comme le plus grand pays hispanophone et partageant une frontière stratégique avec son rival géopolitique. En juin 1985, le New York Times rapportait que les services de renseignement américains considéraient le Mexique comme un centre d’espionnage soviétique, avec au moins 150 agents du KGB opérant sous couvert diplomatique.

Plus récemment, en mars 2022, le général Glenn VanHerck, commandant du Commandement nord des États-Unis, a souligné devant une commission sénatoriale que la majorité des agents de renseignement russes à l’étranger se trouvaient au Mexique, et qu’ils surveillaient attentivement les opportunités d’influencer les États-Unis.

L’opération la plus récente, révélée en septembre 2024 par le ministère américain de la Justice (DOJ), a mis au jour un réseau de propagande visant à influencer l’élection présidentielle américaine. Le DOJ a publié des documents internes de la Social Design Agency (SDA), une société russe impliquée dans cette campagne. Ces documents décrivent un projet intitulé « Le Mexique ne pardonne pas », dont l’objectif était de stimuler le « sentiment anti-américain » au sein des « classes pauvres » mexicaines, perçues comme un soutien de base au parti Morena au pouvoir.

Le plan prévoyait notamment la diffusion d’une carte des États-Unis – l’Arizona, la Californie, le Colorado, le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Texas et l’Utah – qui avaient autrefois appartenu au Mexique avant le traité de Guadalupe Hidalgo en 1848. La SDA proposait de représenter ces États comme du « verre brisé », avec une inscription à la frontière indiquant « Le Mexique ne pardonne pas », dans le but d’exploiter le ressentiment historique et de créer un message potentiellement utilisable par des groupes politiques marginaux.

Selon Thomas Rid, spécialiste de la sécurité de l’information et auteur de Mesures actives : l’histoire secrète de la désinformation et de la guerre politique, cette technique de manipulation est bien connue des services de renseignement. Il explique que, dès 1962, le KGB considérait qu’une opération de désinformation était efficace si elle « résonnait avec des émotions, avec des opinions collectives au sein de la communauté ciblée, et s’il parvenait à exacerber les tensions existantes ».

Source : Ministère de la Justice. La carte apparaît dans le cadre du « projet d’engagement par des intermédiaires pour la campagne de novembre 2024 ».

La SDA affirmait que ce type de projet permettrait de « montrer au monde qu’un immense pays de 130 millions d’habitants, avec la plus longue frontière avec les États-Unis, s’est enfin réveillé. Le moment est venu de montrer aux États-Unis qu’ils sont menacés. Et nous pouvons le faire ».

*Cet article fait partie de notre enquête La laverie automatique de Poutine.

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