Publié le 16 novembre 2025 à 10h46. Une jeune entreprise suisse propose une solution innovante pour lutter contre les effets du changement climatique sur les plantations de café : le biochar, un charbon végétal produit à partir des déchets agricoles, qui améliore la santé des sols et la résilience des cultures.
- Le biochar permet d’améliorer la rétention d’eau et les apports nutritifs pour les caféiers, réduisant ainsi le besoin d’engrais.
- Cotierra, la start-up à l’origine de ce projet, fournit aux agriculteurs des réacteurs pour produire localement du biochar à partir des déchets de café.
- Le modèle économique repose sur un financement par les entreprises agroalimentaires, qui cherchent à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement face au changement climatique.
Le changement climatique représente une menace croissante pour les plantations de café en Afrique et en Amérique latine. L’augmentation des températures et les pluies intenses au mauvais moment favorisent les maladies et réduisent les rendements, mettant en péril les moyens de subsistance de millions d’agriculteurs, alors que la demande mondiale de café continue de croître.
Face à ce défi, l’économiste financier Thomas Käslin a cherché à quantifier les pertes économiques liées au changement climatique dans le secteur agricole. « Les chaînes d’approvisionnement alimentaire perdent en moyenne 15 % de leur valeur. Si le marché alimentaire mondial vaut au total entre 7 et 10 000 milliards de dollars, cela équivaut à 1 100 milliards de dollars anéantis par le changement climatique », explique-t-il. C’est dans ce contexte qu’il a fondé Cotierra, une entreprise suisse de technologie climatique, avec deux associés, Lorenz Buser et Marcel Rohner.
L’entrepreneur Thomas Käslin et ses cofondateurs Lorenz Buser et Marcel Rohner (de gauche à droite) examinent le biochar fraîchement produit dans une plantation.
pd
Cotierra propose aux agriculteurs un petit réacteur qu’ils peuvent utiliser pour transformer les déchets des plantations de café en biochar. Ce procédé, similaire à la production de charbon de bois pour le barbecue, est réalisé de manière contrôlée afin d’éviter toute émission de gaz à effet de serre, selon Thomas Käslin. Le biochar, véritable éponge, absorbe l’humidité et retient les nutriments, permettant ainsi aux caféiers de mieux résister à la sécheresse et de réduire leur besoin d’engrais.
Le biochar est destiné à améliorer les rendements des plantations de café colombiennes.
Reuters/Luisa González
Actuellement, quatre réacteurs sont en phase de test en Colombie. Leur utilisation est gratuite pour les familles d’agriculteurs. Les commerçants de café locaux peuvent louer l’équipement à Cotierra pour un montant annuel compris entre 2 000 et 6 000 dollars et le mettre à disposition des producteurs. L’entreprise mise sur un financement par les grandes entreprises agroalimentaires, telles que Nestlé ou Starbucks, qui souhaitent investir dans des chaînes d’approvisionnement plus résilientes. Les réacteurs sont équipés de capteurs qui collectent des données sur la quantité de CO₂ stockée dans le sol grâce au biochar et sur l’augmentation des rendements, des informations précieuses pour le marché des certificats climatiques.
C’est ainsi que fonctionne le modèle de Cotierra : la matière issue de la taille des plants de café est transformée en biochar dans le réacteur, qui est distribué dans toute la plantation. Le stockage du CO₂ et les augmentations de rendement sont suivis en ligne.
pd
« Le projet est bien accueilli par les agriculteurs et les commerçants », affirme Thomas Käslin, soulignant l’augmentation des rendements observée. L’entrepreneur de 31 ans envisage une production en série de ses réacteurs et ambitionne, dans cinq ans, d’être présent dans toutes les chaînes d’approvisionnement pertinentes des pays du Sud, non seulement pour le café, mais aussi pour le cacao, d’autres fruits, voire le coton, grâce aux financements liés aux engagements climatiques des entreprises agroalimentaires mondiales. La faisabilité de ce projet ambitieux reste à confirmer, la concurrence pour les certificats climatiques étant intense.
