La FIFA a interdit l’introduction de bouteilles d’eau réutilisables dans les stades de la Coupe du monde 2026 ce 4 juin 2026. Cette décision, justifiée par des impératifs de sécurité, provoque l’indignation d’experts en santé et de groupes de supporters qui dénoncent un risque majeur de déshydratation face aux chaleurs extrêmes attendues.
L’interdiction des bouteilles : un revirement soudain de la FIFA
Le changement de cap est brutal. Alors que l’instance dirigeante du football mondial avait initialement indiqué que les bouteilles en plastique transparentes et vides seraient autorisées, The Guardian rapporte que la FIFA est revenue sur cette position.

Cette décision s’appuie sur le fait que plusieurs stades hôtes interdisent déjà les bouteilles extérieures pour des raisons de sécurité. La FIFA a donc choisi d’uniformiser cette règle sur l’ensemble des sites du tournoi. Cependant, cet argument peine à convaincre les observateurs, puisque les bouteilles étaient autorisées lors de la Coupe du monde des clubs aux États-Unis l’été dernier, et étaient initialement prévues pour cette édition 2026.
Le risque sanitaire : des spectateurs plus vulnérables que les joueurs
Si la FIFA a instauré une pause hydratation de trois minutes par mi-temps pour les joueurs, cette mesure ne protège pas les millions de supporters. Selon Ollie Jay, professeur de chaleur et de santé à l’Université de Sydney, cité par la BBC, il existe un fossé immense entre la condition physique des athlètes et celle du public.

« Si vous regardez la population des athlètes, ils sont tous très en forme, alors que si vous pensez aux spectateurs, vous avez un large éventail de personnes différentes qui assisteront, des jeunes enfants aux personnes âgées, des personnes souffrant de maladies chroniques, des personnes prenant différents types de médicaments — tout cela se traduit par différents niveaux de sensibilité à la chaleur. »Ollie Jay, professeur à l’Université de Sydney, via la BBC
L’expert souligne que le stress thermique ne commence pas au coup d’envoi. La fatigue s’accumule progressivement durant le trajet vers le stade, augmentant le risque que les fans arrivent déjà déshydratés. Une fois en place, les conditions s’aggravent : exposition directe au soleil, humidité élevée et faible circulation de l’air dans des zones confinées et bondées.
Profit financier ou sécurité publique ?
Pour les représentants des supporters, l’argument de la sécurité est un écran de fumée visant à maximiser les revenus liés à la vente d’eau à l’intérieur des enceintes. Ronan Evain, directeur exécutif de Football Supporters Europe, qualifie la situation de « véritable risque pour la santé ».
« C’est un problème de mathématiques très simple : plus on complique l’accès à l’eau, plus le risque que des gens souffrent d’un coup de chaleur grave et de déshydratation est élevé. »Ronan Evain, Football Supporters Europe, via The Guardian
L’absence de transparence sur les prix des bouteilles d’eau vendues dans les stades renforce ce sentiment d’exploitation. Le groupe de supporters anglais Free Lions a d’ailleurs exprimé son scepticisme sur les réseaux sociaux, s’interrogeant avec ironie si la crème solaire serait la prochaine victime de ces interdictions pour forcer les fans à l’acheter sur place.
Une gestion climatique jugée « téméraire » par les experts
Au-delà de la logistique immédiate, cette interdiction s’inscrit dans un contexte de critiques acerbes sur la responsabilité environnementale de la FIFA. Le Dr Theodore Keeping, de l’Imperial College London, a insisté sur le fait qu’un accès équitable à l’hydratation constitue la première ligne de défense contre les risques climatiques extrêmes liés au réchauffement global.

L’indignation atteint son paroxysme avec Andrew Simms, du New Weather Institute, qui accuse l’organisation de mener une politique de communication trompeuse sur le climat.
« Elle organise déjà la Coupe du monde la plus polluante de l’histoire, sponsorisée par l’une des compagnies pétrolières les plus polluantes au monde, et dispose de protocoles de sécurité thermique fortement critiqués par des experts en santé de renommée mondiale. »Andrew Simms, New Weather Institute, via la BBC
Pour Simms, rendre l’accès à l’eau plus difficile dans une compétition vulnérable au réchauffement climatique est un « rejet téméraire » du devoir de protection de la FIFA. En mai dernier, Ollie Jay et 19 autres experts avaient déjà signé une lettre ouverte avertissant que les directives de la FIFA laissaient les joueurs exposés à des risques graves, jugeant les systèmes de brumisation et les zones d’ombre « inadéquats ».
L’enjeu est désormais clair : alors que le tournoi approche, la tension monte entre une administration qui prône la sécurité et des experts qui voient dans l’interdiction des gourdes une menace directe pour la santé des spectateurs les plus fragiles.