L’Espagne a demandé l’appui de Frontex, d’Europol et de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile pour faire face à la situation critique de Ceuta, qualifiée d’au bord de l’effondrement
un mois après l’afflux massif d’au moins 72 000 migrants en provenance du Maroc.
Face à une pression migratoire jugée extrême dans l’enclave nord-africaine, l’exécutif espagnol cherche un soutien institutionnel européen pour mener les opérations de tri. Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a sollicité la Commission européenne afin que Frontex, Europol et l’Agence de l’Union européenne pour l’asile viennent renforcer le dispositif de gestion et de traitement des dossiers des personnes restées en situation irrégulière, selon des médias espagnols relayés par la presse européenne.
Renforcement des frontières et assistance européenne à Ceuta
Pour décongestionner le territoire et accélérer les procédures, Madrid mise sur des solutions numériques. L’assistance de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile a été demandée pour mener les entretiens et fournir les interprètes nécessaires, un travail qui devrait être réalisé par voie électronique en raison du manque d’espace physique dans l’enclave de 18,5 kilomètres carrés.
Simultanément, le ministère de l’Intérieur a exigé la prolongation de l’opération Minerva, une initiative conjointe de la police espagnole et de l’agence européenne de protection des frontières, jusqu’au 2 septembre ou jusqu’à ce que la situation trouve une issue favorable. Le dispositif frontalier sera par ailleurs complété par des mesures exceptionnelles comprenant l’extension des jetées de Tarajal et de Benzú, l’installation de bouées de confinement maritime permanent, le recours à des drones de surveillance aérienne, ainsi que le déploiement d’embarcations légères et de véhicules sous-marins téléopérés.
L’Assemblée de Ceuta réclame des mesures urgentes
Dans le même temps, les autorités locales réagissent face à une population locale de 80 000 habitants secouée par les événements de juillet. La Conférence des porte-parole et les députés non inscrits de l’Assemblée de Ceuta ont adopté à l’unanimité une déclaration institutionnelle exigeant une intervention immédiate du gouvernement central.

« Ceuta a perdu son mode de vie et sa sérénité. Il ne nous reste que peu de temps pour éviter la catastrophe. »
Juan Vivas, président de Ceuta, via Euronews
Le texte voté par les élus locaux demande le renvoi dans leur pays, conformément à la loi
, des individus ayant participé à l’entrée massive et qui demeurent sur place. La déclaration soutient également le droit des citoyens à manifester de manière pacifique et ordonnée tout en condamnant fermement les violences enregistrées récemment. Sur ce point, le président Juan Vivas a insisté : Personne ne peut ni ne doit se faire justice soi-même. La défense de Ceuta et des intérêts de sa population ne peut s’inscrire que dans le respect de la légalité
.
Tensions sur le terrain et appel au calme du gouvernement
La situation humanitaire et sécuritaire reste précaire. Bien que le gouvernement indique que la majorité des 72 000 personnes arrivées en juillet ont quitté l’enclave, des milliers d’entre elles continuent d’errer dans les rues ou de dormir sur les plages, attisant les tensions avec les riverains.

Des heurts ont éclaté au cours de manifestations, notamment sur une plage où des résidents s’en sont pris à la police et où des effets personnels de migrants ont été incendiés. Un soldat a par ailleurs été blessé par des jets de pierres, tandis que 12 ressortissants marocains ont été interpellés. Deux autres arrestations ont suivi une agression contre un policier.
« Violence is not the answer. I call for calm and an end to any form of violence, because…violence is not the way to resolve any problem with the complexity that of that facing Ceuta. »
Fernando Grande-Marlaska, ministre espagnol de l’Intérieur, via euronews.com
Face aux exigences des partis de droite et d’extrême droite réclamant un renvoi massif et immédiat de l’ensemble des migrants, le ministre a rejeté toute surenchère, accusant ces formations d’attiser la haine. Le gouvernement central maintient que chaque dossier doit faire l’objet d’une identification individuelle pour statuer sur une éventuelle demande d’asile ou procéder à une expulsion, tout en rappelant que les mineurs non accompagnés bénéficient d’une protection juridique spécifique.