Gilbert Bigio, largement considéré comme le premier milliardaire d’Haïti et sanctionné par le Canada pour des liens présumés avec des gangs criminels, est décédé le 29 septembre 2026 en Floride à l’âge de 91 ans, selon des informations confirmées par sa famille et les médias.
Un empire industriel au cœur de l’économie haïtienne
Né à Port-au-Prince le 10 juin 1935 au sein d’une famille d’immigrants séfarades venus de Syrie à la fin du XIXe siècle, Gilbert Bigio a bâti un conglomérat tentaculaire qui a touché presque tous les secteurs de l’île. Ses activités comprenaient l’acier, l’énergie, la logistique, la construction, l’immobilier et la banque, structurées d’abord sous le nom de GB Group.
Avec d’autres investisseurs, il avait fondé Aciérie d’Haïti en 1972, la première aciéderie du pays, dont la famille avait bâti la richesse initiale grâce aux exportations de coton, de cacao et de bois. Le groupe a également développé Port Lafito, le premier terminal à conteneurs en eau profonde d’Haïti, inauguré en 2015. À son apogée, l’entreprise employait plus de 2 000 personnes et fournissait des produits de base essentiels tels que l’huile de cuisson et le savon, tout en étendant ses activités dans la région des Caraïbes.
L’homme d’affaires possédait une résidence de 9 200 pieds carrés sur une île artificielle de la baie de Biscayne appelée Billionaire Bunker
, un secteur également connu sous le nom d’île des milliardaires en Floride. Ses immenses avoirs incluaient par ailleurs une voiture de luxe Mercedes Maybach acquise auprès de la succession du financier déchu Jeffrey Epstein pour environ 132 000 dollars, un achat rapporté par le Miami Herald qui contrastait avec la pauvreté de son pays natal.
Les sanctions canadiennes et la controverse sur les élites économiques
La trajectoire de cet influent homme d’affaires a également été marquée par de lourdes controverses internationales. En décembre 2022, le gouvernement canadien a pris des sanctions à l’encontre de Gilbert Bigio, de Reynold Deeb et de Sherif Abdallah, gelant leurs avoirs potentiels et interdisant toute transaction. Ottawa affirmait alors avoir des raisons de croire que ces personnalités utilisaient leur statut pour protéger et permettre les activités illégales de gangs armés.
Le Canada a des raisons de croire que ces individus utilisent leur statut de membres en vue de l’élite économique en Haïti pour protéger et faciliter les activités illégales de gangs criminels armés, notamment par le blanchiment d’argent et d’autres actes de corruption.
Gouvernement du Canada, via Haïtian Tribune et Alternance Média
Ottawa a souligné que ces mesures visaient à faire pression sur ceux jugés responsables de l’instabilité chronique du pays. Les sanctions administratives ne constituaient toutefois pas une condamnation pénale. Son nom était également apparu lors du coup d’État militaire de 1991 qui avait renversé le président Jean-Bertrand Aristide, le département du Trésor américain ayant gelé les avoirs de Gilbert Bigio et d’autres personnalités accusées d’avoir soutenu le coup d’État, avant que ces restrictions ne soient levées après le retour au pouvoir d’Aristide en 1994 à la suite d’une intervention américaine.
Son nom est aussi apparu dans l’enquête des Pandora Papers en 2021, une vaste base de données du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) recensant des douzaines de personnes fortunées ayant établi des structures offshore et des sociétés écrans, notamment aux Bahamas et dans les Îles Vierges britanniques, le plaçant au centre d’un vaste réseau d’entreprises.

Des réactions contrastées sur un héritage complexe
La disparition de cette figure centrale soulève des questions durables sur les relations entre les grandes fortunes et la crise institutionnelle haïtienne. Ancien gouverneur de la banque centrale et ancien Premier ministre, Fritz Alphonse Jean a estimé que la croissance de ces entreprises s’est produite dans un contexte d’institutions fragiles incapables d’assurer une concurrence équitable.
Ce sont ces élites qui ont profité pendant des décennies d’un statu quo qui, de toute évidence, ne convient pas à la majorité des Haïtiens.
Fritz Alphonse Jean, ancien Premier ministre, via The New York Times
D’autres observateurs, comme le Fonds monétaire international dans son analyse de 2025, ont souligné que si la communauté des élites économiques en Haïti demeure relativement restreinte, elle exerce une influence considérable sur les politiciens et emploie parfois des gangs pour sa protection rapprochée. Gilbert Bigio avait également servi pendant vingt-cinq ans comme consul honoraire d’Israël en Haïti. Il laisse dans le deuil son épouse Monique, son fils Reuven — qui avait repris la tête du conglomérat en 2018 — et ses filles Yael et Laurence.
Gilbert Bigio, fondateur de GB Group, meurt à 91 ans en Floride L’homme d’affaires, souvent présenté comme le premier milliardaire d’Haïti, s’est éteint ce mardi. Ses funérailles auront lieu jeudi à Hollywood, en Floride.https://t.co/EHC4P6Bjd4
En savoir plus sur Gilbert Bigio
L’homme d’affaires haïtien Gilbert Bigio est décédé ce 29 septembre 2026 en Floride, à l’âge de 91 ans. Fondateur du GB Group, il a marqué durablement le paysage économique haïtien et dominicain. Issu d’une famille juive séfarade originaire d’Alep, Bigio a également dirigé la… pic.twitter.com/Cbt4ltcnHE
L’homme d’affaires haïtien Gilbert Bigio, ancien président du GB Group, est décédé ce mardi 29 septembre 2026 en Floride, à l’âge de 91 ans, selon ses proches. Ses funérailles sont prévues le 1er octobre à Hollywood, en Floride.#haiti pic.twitter.com/OXptNFVIrH