Home AffairesGrève dans l’Éducation nationale : “Un acompte ce n’est pas un salaire !”

Grève dans l’Éducation nationale : “Un acompte ce n’est pas un salaire !”

by Amélie Bernard

Publié le 2025-10-03 02:16:00. Des enseignants, CPE, AED et agents de l’Éducation nationale ont manifesté ce jeudi devant le rectorat de Mayotte pour dénoncer des retards et des anomalies de paiement qui mettent en péril leur situation financière.

Plus d’une centaine de personnels de l’Éducation nationale ont exprimé leur colère ce jeudi matin devant le rectorat de Mayotte. Rassemblés dès huit heures, ils ont brandi des pancartes portant des messages tels que « Marre de travailler bénévolement », « Pas de paye, tout s’enraye » ou encore « Service fait = salaire dû », et scandé des slogans réclamant le versement de leurs salaires.

La situation est alarmante : depuis plusieurs mois, des anomalies de paiement se multiplient. Certains enseignants ne perçoivent qu’une fraction de leur rémunération, voire rien du tout. Des témoignages font état de virements dérisoires, allant de cinquante euros à un euro, en passant par quatre-vingt-quinze centimes. Une enseignante du lycée Younoussa Bamana confie :

« Ce mois-ci, je suis à moins 1 500 euros dans mon compte. Si je n’avais pas mon conjoint, je serais à la rue avec mon fils. »

Enseignante du lycée Younoussa Bamana

Elle ajoute, amère :

« Nous sommes cadres de l’Éducation nationale, et pourtant nous vivons dans une précarité affligeante. »

Enseignante du lycée Younoussa Bamana

Andile Said, professeur de technologie à Dzoumogné, se dit désespéré : il n’a pas reçu de salaire depuis deux mois.

« J’ai la banque derrière moi, le bailleur derrière moi, et aucune solution concrète. »

Andile Said, professeur de technologie à Dzoumogné

Il explique également que l’attestation fournie pour justifier la situation auprès des banques ne suffit pas à les convaincre.

Koulthoumie Hamidouni, enseignante contractuelle depuis six ans, témoigne d’une situation similaire :

« Ce mois-ci je n’ai rien touché. L’an dernier déjà, je n’étais pas rémunérée pleinement. On nous dit toujours de faire des réclamations, mais rien n’est régularisé. »

Koulthoumie Hamidouni, enseignante contractuelle

Un problème récurrent selon les syndicats

Les syndicats pointent du doigt un problème structurel. Zaidou Ousseni, secrétaire du FSU-SNUipp et enseignant remplaçant, décrit la situation :

« Certains se sont vu retirer jusqu’à 3 000 euros de leur salaire. Au bout de trois mois sans paie, comment payer un loyer ? Mais aussi comment reprendre le travail correctement après cela ? »

Zaidou Ousseni, secrétaire du FSU-SNUipp

Rivo Rakontondravelo, co-secrétaire départemental du FSU-SNUipp, rappelle que ce n’est pas un cas isolé : « C’est un problème récurrent. » Selon lui, les difficultés ont commencé en janvier 2023, lors du transfert de la gestion des rémunérations à la Direction régionale des finances publiques de La Réunion (DRFIP). « Pendant que Mayotte et La Réunion se renvoient la balle, les personnels de l’éducation n’ont plus de quoi vivre », insiste-t-il.

Jean-François Pollozec, secrétaire régional de l’Unsa Éducation, dénonce un manque d’anticipation :

« Nous savions que des contrats poseraient problème. J’avais alerté dès le mois d’août. Un dispositif d’urgence pouvait être préparé, mais rien n’a été fait. Résultat : certains jeunes enseignants se retrouvent expulsés de leur logement. »

Jean-François Pollozec, secrétaire régional de l’Unsa Éducation

Une mobilisation qui s’étend

Après plusieurs heures de manifestation devant le rectorat, les personnels ont défilé dans les rues de Mamoudzou, en scandant leurs slogans. Ils sont passés devant le Conseil départemental avant de se diriger vers le rond-point Zakia Madi, puis sont retournés devant le rectorat. Des représentants syndicaux ont finalement été reçus à huis clos par Valérie Debuchy.

Selon Jean-François Pollozec, la rectrice a annoncé que les personnels non payés devraient se faire connaître auprès de leurs chefs d’établissement. Un fichier de paie d’urgence, prévoyant le versement d’acomptes de 800 euros, devrait être envoyé en urgence à la paierie de La Réunion. Pour l’heure, seule la promesse d’acomptes a été faite, une solution jugée insuffisante et inégalitaire par les syndicats. La régularisation complète des salaires pourrait intervenir en décembre, mais aucun calendrier précis n’a été communiqué.

Si la situation ne s’améliore pas, les syndicats préviennent : un préavis de grève est déjà déposé pour mardi prochain.

Shanyce Mathias

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