Le média canadien Western Standard a publié le 29 août 2026 une enquête mettant en cause le fugitif Hicham Jerando, accusé d’avoir orchestré depuis le Canada un système de pressions financières et de négociations adossé à des réseaux de narcotrafic marocains, selon des communications privées divulguées par le groupe Atlas Hacks.
Les mécanismes d’une pression financière depuis le Canada
L’enquête signée par le chroniqueur Daniel Robson expose en détail les méthodes qu’aurait employées Hicham Jerando pour monnayer ses publications sur les réseaux sociaux. Selon les éléments rapportés par le journal conservateur canadien, le dispositif repose sur une mécanique en trois étapes distinctes. Des intermédiaires d’abord chargés de recueillir des informations sur des personnes liées au milieu de la drogue transmettent ensuite les dossiers à Jerando, qui s’en sert pour alimenter des campagnes publiques sous couvert de dénoncer la corruption.
Une fois la pression exercée sur la cible, une phase de négociation s’ouvre. Des contacts directs ou par tiers interviennent pour négocier l’arrêt de la campagne ou le retrait des contenus en échange d’une contrepartie financière. Le mécanisme fonctionne également dans l’autre sens, des acteurs du trafic de drogue fournissant eux-mêmes des informations sur leurs rivaux pour que des publications ciblées soient menées à leur encontre.
Les transactions financières et les intermédiaires en Turquie
Les fuites exploitées par la publication canadienne révèlent plusieurs cas précis de transactions. Un arrangement portant sur 200.000 dirhams marocains, équivalant à environ 30.000 dollars canadiens ou 20 millions de centimes marocains, a été évoqué pour obtenir le retrait de publications visant un homme placé en détention le 30 juillet dans le cadre d’une enquête marocaine sur le narcotrafic. Les paiements ne transitaient pas directement par le Canada, mais étaient versés à des intermédiaires établis en Turquie.
Parmi les figures citées dans ces échanges figure Reda Al-Amadi, un trafiquant ayant déjà purgé une peine de prison, qui aurait fait l’objet de pressions après l’intervention d’un intermédiaire surnommé Rachid le Sahraoui. Un autre protagoniste, Adel Madhoub, présenté comme impliqué dans le trafic international de stupéfiants et recherché par les autorités à Casablanca, aurait fourni des photographies tout en s’informant sur d’éventuels contacts que Jerando prétendait posséder au sein du renseignement marocain. L’auteur de l’enquête qualifie ces prétendues relations d’argument commercial mensonger.
Le parcours judiciaire au Québec et les interpellations au Maroc
Au-delà de ces révélations médiatiques, le parcours de Hicham Jerando au Canada est marqué par des décisions de justice publiques. Un jugement de la Cour supérieure du Québec a établi qu’il relayait des informations sans vérification indépendante, ce qui lui a valu d’être condamné à verser plus de 164.000 dollars canadiens de dommages-intérêts. Ses refus répétés de respecter des ordonnances judiciaires ont également entraîné des peines d’emprisonnement, des amendes et des travaux communautaires pour outrage au tribunal.
Du côté des autorités marocaines, plusieurs interpellations d’intermédiaires présumés ont eu lieu, dont une personne qui faisait l’objet de trente avis de recherche distincts émanant de la police et de la gendarmerie. L’article questionne par ailleurs l’absence d’enquête fédérale visible de la part de la Gendarmerie royale du Canada.
La coopération bilatérale et la lutte contre les réseaux criminels
En réponse aux interpellations concernant l’action des forces de l’ordre, la police fédérale canadienne a rappelé dans des déclarations écrites qu’elle accorde une grande importance à sa relation avec la Direction générale de la sûreté nationale et de la surveillance du territoire, tout en confirmant la présence d’un officier de liaison à Rabat. Ottawa consacre par ailleurs 1,7 milliard de dollars canadiens aux moyens de la Gendarmerie royale du Canada pour lutter contre la criminalité organisée transnationale et le blanchiment d’argent.
Les enquêtes internationales soulignent régulièrement les liens étroits entre les réseaux de passeurs et d’autres formes de criminalité organisée, les services d’Interpol rappelant que les passeurs exploitent les personnes vulnérables désireuses de quitter leur pays d’origine, les exposant ainsi à des risques majeurs tout au long de leur parcours vers l’Europe.