Le cargo Ever Lovely a été frappé par un projectile près des côtes d’Oman le jeudi 25 juin 2026. Cet incident a poussé l’Organisation maritime internationale (OMI) à suspendre l’évacuation de 11 000 marins, exacerbant les tensions entre l’Iran et les États-Unis sur le contrôle du trafic dans le détroit d’Ormuz.
Le navire battant pavillon singapourien et appartenant au géant taïwanais Evergreen Marine a été touché sur son côté tribord par un « objet inconnu » alors qu’il naviguait à environ 7,5 milles nautiques (14 km) au sud-est de Dahit, Oman. Selon les rapports de Al Jazeera, l’attaque a entraîné l’arrêt immédiat d’un plan d’évacuation volontaire orchestré par les Nations Unies pour les marins bloqués dans la région depuis le début du conflit américano-israélien contre l’Iran le 28 février dernier.
L’attaque de l’Ever Lovely et le blocage des évacuations
L’impact a brisé les vitres du pont de commande, mais aucune victime n’a été signalée et la cargaison est restée intacte. Evergreen Marine a précisé que la navigabilité du navire n’a pas été compromise lors de sa sortie du détroit.

« Le moteur principal et tous les équipements de navigation ont continué de fonctionner » Evergreen Marine, via NBC News
L’incident a toutefois provoqué une onde de choc au sein de l’OMI. Le secrétaire général Arsenio Dominguez a confirmé que le navire touché « n’a pas transité dans le cadre du dispositif d’évacuation de l’OMI ». Cette distinction est cruciale : l’agence a suspendu ses opérations pour les 11 000 marins restants jusqu’à l’obtention de « garanties de sécurité nécessaires ».
Pour Evergreen Marine, l’annulation de ce plan d’évacuation introduit une « nouvelle incertitude » quant à la viabilité de l’accord de cessez-le-feu signé la semaine dernière entre Washington et Téhéran.
La guerre des routes : Téhéran face aux corridors de l’OMI
Le cœur du conflit réside dans le tracé des routes maritimes. L’OMI et Oman ont proposé un nouveau corridor contournant partiellement les eaux sous contrôle direct de l’Iran, en longeant la côte d’Oman et la péninsule de Musandam. Comme le souligne NBC News, l’Iran rejette catégoriquement ce tracé, affirmant qu’il a été annoncé sans consultation et qu’il compromet la sécurité alors que des opérations de déminage sont toujours en cours.

Téhéran a instauré une pression directe via sa nouvelle Autorité du détroit du golfe Persique. Cette instance a averti que les navires ne suivant pas la route approuvée par l’Iran ne bénéficieront d’aucune garantie de passage sécurisé, laissant les propriétaires de navires seuls responsables des « conséquences » éventuelles.
L’efficacité de ces menaces est déjà visible. L’agence de presse semi-officielle Mehr News a rapporté vendredi que trois pétroliers ont modifié leur trajectoire pour retourner vers le golfe Persique après avoir reçu des avertissements des forces navales iraniennes.
Réactions diplomatiques et impasses juridiques
La réaction internationale est marquée par une condamnation ferme de l’attaque, bien que l’Iran n’ait pas publiquement revendiqué le tir. L’Autorité maritime et portuaire de Singapour s’est dite « profondément préoccupée par l’incident, qui était non provoqué, injustifiable et constitue une violation du droit international ».
Aux États-Unis, la Maison Blanche a indiqué examiner les rapports. Un responsable américain a rappelé la position de l’administration : « Le président Trump a été clair sur le fait que l’Iran ne peut subvertir le libre flux du trafic dans le détroit ».
Le mémorandum d’entente signé la semaine dernière stipulait que l’Iran déploierait ses meilleurs efforts pour assurer le passage sécurisé des navires commerciaux. Cependant, Téhéran maintient que toute sécurité réelle « ne peut être garantie par des arrangements vagues, des routes parallèles ou des prises de décision menées en dehors des considérations de l’Iran en tant qu’État côtier », insistant sur le fait que tout cadre valide doit reposer sur une coordination avec l’Iran.
Marchés pétroliers et reprise du trafic maritime
Malgré l’attaque, les marchés pétroliers ont réagi avec un optimisme prudent, portés par la sortie de nombreux pétroliers auparavant bloqués. Selon Dawn, les prix du brut ont chuté de 2 % vendredi.

Les chiffres enregistrés à 06h49 GMT illustrent ce repli :
- Brent : baisse de 1,50 $ (-1,99 %) pour s’établir à 73,76 $ le baril.
- West Texas Intermediate (WTI) : baisse de 1,49 $ (-2,07 %) pour atteindre 70,43 $.
Cette baisse s’explique par une augmentation des flux sortant du détroit, culminant à leur niveau le plus élevé depuis le début des hostilités en février. Le géant Saudi Aramco a notamment repris le chargement de pétrole vendredi au terminal de Ras Tanura après un arrêt de près de quatre mois. Deux Very Large Crude Carriers (VLCC), capables de charger chacun deux millions de barils, ont été signalés au terminal.
Toutefois, les analystes d’ING avertissent que cette hausse du trafic est principalement due au départ des navires immobilisés. Le flux de navires entrant dans le golfe reste modeste, suggérant un risque de reflux dès que les navires bloqués auront tous quitté la zone. À titre de comparaison, le trafic actuel ne représente qu’une fraction de la moyenne quotidienne de 125 navires observée avant le déclenchement du conflit le 28 février.
L’avenir de la navigation dans le détroit d’Ormuz dépend désormais de la capacité des États-Unis et de l’Iran à transformer un mémorandum d’entente fragile en un protocole technique accepté par tous. Tant que le litige sur le tracé des routes et les éventuelles taxes de passage persistera, chaque transit restera une opération à haut risque.
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