Publié le 12 novembre 2025 10h42. Des migrants vénézuéliens transférés au Salvador par les États-Unis ont subi des tortures et d’autres abus graves dans la mégaprison CECOT, selon un rapport accablant d’Human Rights Watch. L’ONG dénonce une politique de répression systématique et des violations des droits humains.
- Des migrants vénézuéliens envoyés par les États-Unis ont été torturés et maltraités dans la prison CECOT au Salvador.
- Le rapport d’HRW révèle des violences sexuelles, des conditions de détention inhumaines et des disparitions forcées.
- Près de la moitié des personnes expulsées n’avaient pas de casier judiciaire aux États-Unis, et certaines étaient en cours de demande d’asile.
Un rapport publié par l’organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) met en lumière des allégations de torture et de mauvais traitements infligés à des migrants vénézuéliens détenus au Salvador. Ces migrants avaient été transférés par les États-Unis vers le Centre de Confinement Terroriste (CECOT), une mégaprison construite pour les membres de gangs, où ils ont été incarcérés pendant quatre mois.
En mars et début avril, l’administration de l’ancien président américain Donald Trump, en accord avec son homologue salvadorien Nayib Bukele, a transféré 252 migrants vénézuéliens au CECOT. Ils étaient accusés d’appartenir au Tren de Aragua, un groupe désigné comme organisation terroriste par les États-Unis, sans preuve tangible à l’appui.
Selon HRW, ces actes ne sont pas isolés.
« Les cas de torture et les mauvais traitements infligés aux Vénézuéliens au Salvador ne sont pas des incidents isolés commis uniquement par certains gardes ou des policiers anti-émeutes abusifs, mais des violations systématiques des droits de l’homme »
Human Rights Watch
Le rapport, intitulé « Ils sont venus en enfer » et réalisé en collaboration avec l’ONG centraméricaine Cristosal, qui a dû fermer ses bureaux au Salvador en juillet suite à une « escalade répressive » contre les défenseurs des droits humains, détaille des conditions de détention épouvantables. Les détenus étaient maintenus dans un « régime d’incommunication », recevaient une nourriture inadéquate et vivaient dans des conditions d’hygiène précaires.
Les témoignages recueillis par HRW et Cristosal, auprès de 40 Vénézuéliens détenus au CECOT, ainsi que de 150 autres personnes (familles, avocats), révèlent des violences physiques et sexuelles. Des gardiens ont quotidiennement fouillé les cellules, forçant les hommes à s’agenouiller, les mains liées, et les battant à coups de matraque et de poing, parfois dans des cellules disciplinaires. Trois Vénézuéliens ont rapporté avoir été victimes de violences sexuelles, l’un d’eux affirmant avoir été contraint à des actes sexuels avec quatre gardiens.
Les détenus étaient entassés à une dizaine par cellule, sans fenêtres, avec une nourriture insuffisante et de l’eau contaminée. Avant les visites de délégations gouvernementales, des matelas, des draps et des articles d’hygiène étaient fournis, mais la plupart étaient ensuite retirés après le départ des visiteurs.
Selon le rapport, l’administration Trump a versé des millions de dollars au Salvador pour détenir arbitrairement ces Vénézuéliens.
« L’administration Trump a versé des millions de dollars au Salvador pour détenir arbitrairement des Vénézuéliens, qui ont ensuite été soumis à des passages à tabac brutaux presque quotidiennement »
Juanita Goebertus, directrice de HRW pour les Amériques
Les Vénézuéliens ont été rapatriés en juillet dans le cadre d’un échange de prisonniers entre Washington et Caracas, qui a permis la libération de dix citoyens américains et résidents au Venezuela, ainsi que d’environ 80 prisonniers politiques.
HRW souligne que les deux gouvernements, en refusant de fournir des informations sur le lieu de détention et le sort des Vénézuéliens, se sont rendus coupables de « disparition forcée » au sens du droit international.
L’enquête révèle également que près de la moitié (48,8 %) des Vénézuéliens envoyés au CECOT n’avaient pas de casier judiciaire aux États-Unis, et seulement 3,1 % avaient été condamnés pour un crime violent. Au moins 62 Vénézuéliens ont été expulsés alors que leur demande d’asile aux États-Unis était en cours d’examen, selon les témoignages recueillis auprès de proches et d’avocats.
HRW et Cristosal ont sollicité des informations auprès des gouvernements salvadorien et américain concernant les détentions, mais n’ont reçu aucune réponse.
