Home SantéIls trouvent une séquelle au Covid qui ajoute de l’incertitude au risque de contagion de la “supergrippe” H3N2

Ils trouvent une séquelle au Covid qui ajoute de l’incertitude au risque de contagion de la “supergrippe” H3N2

by Sophie Martin

Publié le 12 janvier 2024 09:01:00. Une étude de l’Université de Chicago révèle que l’infection au Covid-19 pourrait affaiblir durablement la réponse immunitaire face à d’autres virus courants, expliquant en partie la recrudescence des infections respiratoires observée depuis la pandémie.

  • L’infection au Covid-19 perturbe le fonctionnement des mitochondries, les « centrales énergétiques » des cellules immunitaires.
  • Cette perturbation affecte l’activation des lymphocytes T de la mémoire, rendant les individus plus vulnérables aux infections.
  • Des médicaments courants, comme la metformine et l’ubiquinol, pourraient aider à restaurer la fonction immunitaire affaiblie.

Les taux d’infections bactériennes et virales ont connu une augmentation significative à l’échelle mondiale depuis le début de la pandémie de Covid-19, une tendance qui se confirme actuellement avec la propagation de la « supergrippe » H3N2. Face à ce constat, des chercheurs de l’Université de Chicago ont cherché à comprendre les mécanismes sous-jacents à cette vulnérabilité accrue.

Leur étude, basée sur une analyse comparative de patients avant et après leur infection au Covid-19, a mis en évidence un dysfonctionnement des mitochondries, ces organites cellulaires essentiels à la production d’énergie. Selon les chercheurs, ce dysfonctionnement pourrait altérer la réponse immunitaire, entraînant une « immunosuppression post-Covid ».

Les résultats de cette recherche, publiés sur la plateforme BioRxiv en attendant une évaluation par les pairs, confirment que l’infection au SARS-CoV-2 affecte l’activation et la fonction des lymphocytes T de la mémoire, et ce, bien après la phase aiguë de la maladie. Cette déficience immunitaire pourrait expliquer pourquoi les personnes ayant contracté le Covid-19 sont plus susceptibles de contracter d’autres infections.

Concernant la sous-clade K de la grippe A H3N2 – dont 9 cas ont déjà été confirmés en Argentine et qui continue de mettre à rude épreuve les systèmes de santé dans l’hémisphère Nord – il s’agit d’une mutation du pathogène qui se propage plus rapidement.

Pour leur étude, les chercheurs ont analysé des échantillons de sang de 31 personnes qui n’avaient jamais été infectées par le Covid-19 avant de contracter la maladie. Ils ont observé que l’infection au Covid-19 réduisait l’activation des lymphocytes T face à la grippe A (H1N1) et au virus de la varicelle.

L’étude a également révélé que la modulation de la fonction mitochondriale, grâce à l’utilisation de metformine (un médicament couramment utilisé pour traiter le diabète de type 2, qui réduit l’absorption du glucose) et d’ ubiquinol (un antioxydant essentiel à la production d’énergie cellulaire), permettait de partiellement atténuer le déclin des cellules T post-Covid.

« Pris ensemble, ces résultats suggèrent que l’infection au Covid-19 pourrait avoir des effets à long terme sur l’inhibition des réponses immunitaires des lymphocytes T face aux agents pathogènes courants, et que ces effets pourraient être corrigés avec des médicaments facilement accessibles », soulignent les chercheurs. Ils avertissent que ces découvertes ont des implications importantes pour la prise en charge clinique des populations immunologiquement vulnérables dans l’ère post-pandémique.

Les chercheurs notent que la coexistence d’épidémies, en particulier lorsque les agents pathogènes ciblent la même niche écologique, était auparavant considérée comme rare. Des études épidémiologiques menées entre 2005 et 2013 ont mis en évidence des corrélations négatives entre les taux de grippe, de virus respiratoire syncytial (VRS) et d’autres virus du rhume, témoignant d’une « inhibition compétitive » écologique. En d’autres termes, les virus se disputent l’espace et les hôtes, et l’un tend à supplaner les autres.

Cependant, les auteurs de l’étude soulignent que ce modèle a été modifié par le Covid-19. Ils ont observé une augmentation des épidémies coexistantes de virus respiratoires, ainsi qu’une réactivation accrue du virus de l’herpès pendant et après une infection au Covid-19.

L’Organisation panaméricaine de la santé a récemment mis à jour son alerte épidémiologique concernant la circulation simultanée de la grippe saisonnière et du VRS, ce qui pourrait exercer une pression accrue sur les hôpitaux et les centres de santé pendant le reste de la saison hivernale dans l’hémisphère Nord. La question de savoir si la capacité de mutation du H3N2 pourrait également agir comme un facteur d’immunosuppression, comme cela a été observé avec le H1N1, reste à déterminer.

Les scientifiques américains ajoutent que les explications proposées pour ce nouveau schéma épidémiologique vont de l’augmentation des hospitalisations pendant la pandémie à l’utilisation accrue d’antibiotiques, mais qu’aucune d’entre elles n’explique pourquoi les taux d’infection continuent d’augmenter même lorsque la courbe des cas de Covid-19 est en baisse.

C’est en partant de cette observation que les chercheurs ont démontré que le Covid-19 affecte les réponses immunitaires face à d’autres agents pathogènes par une « reprogrammation du métabolisme mitochondrial ». Le dysfonctionnement mitochondrial est en effet une caractéristique fréquente du Covid-19, tant pendant la phase aiguë qu’après la phase aiguë de la maladie.

Il est important de noter que ce phénomène a été observé uniquement chez les patients atteints de Covid-19 et n’a pas été constaté chez les personnes atteintes d’hépatite C ou hospitalisées pour la grippe. Dans toutes les stimulations avec des antigènes, entre 33 et 79 % des individus ont présenté des déficits post-Covid dans au moins un paramètre de la fonction mitochondriale.

Par ailleurs, 93 % des individus présentaient une fonction mitochondriale altérée dans les cellules T mémoire CD4 spécifiques de l’antigène pour au moins un agent pathogène, et la majorité présentaient des déficits pour plusieurs agents pathogènes.

Enfin, les auteurs avertissent que, compte tenu des preuves de la persistance du SARS-CoV-2 dans plusieurs tissus pendant des mois, voire des années après l’infection, il est possible que cette persistance virale joue un rôle dans le dysfonctionnement des lymphocytes T post-Covid. Ils suggèrent que la suppression immunitaire pourrait être une caractéristique courante, indépendamment des symptômes persistants.

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