Publié le 30 décembre 2025 16h36. Un rapprochement stratégique inédit entre la Chine, le Pakistan et le Bangladesh redessine les équilibres géopolitiques en Asie du Sud, au détriment de l’influence traditionnelle de l’Inde dans la région.
- Le Bangladesh s’éloigne de son allié traditionnel, l’Inde, et renforce sa coopération avec le Pakistan et la Chine dans les domaines de la défense, du commerce et de la sécurité.
- Cette évolution est motivée par un sentiment croissant d’indépendance au sein de l’opinion publique bangladaise et par une déception face à la politique indienne jugée trop directive.
- La formation d’un nouveau sous-bloc Chine-Pakistan-Bangladesh pourrait constituer une alternative à l’Association sud-asiatique de coopération régionale (ASACR), actuellement paralysée par les tensions avec l’Inde.
L’Asie du Sud assiste à un réalignement stratégique majeur. Le Bangladesh, autrefois considéré comme un allié proche de l’Inde, semble désormais privilégier une coopération renforcée avec le Pakistan et la Chine. Cette transformation, qui surprend les analystes, est le reflet d’un changement profond dans les priorités de Dhaka et d’une volonté affirmée d’autonomie.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. L’opinion publique bangladaise exprime de plus en plus son désir d’indépendance et son mécontentement face à ce qu’elle perçoit comme une ingérence excessive de l’Inde dans ses affaires intérieures. Ce sentiment est exacerbé par la politique du gouvernement indien du BJP, jugée arrogante et peu conciliante. Selon des sources proches du gouvernement bangladais, le pays cherche activement à ouvrir de nouvelles voies de coopération avec le Pakistan, notamment dans les domaines de la défense et de l’économie.
Le conseiller aux affaires étrangères du Bangladesh, Tauhid Hossain, a confirmé cette orientation, indiquant que son pays explore activement la possibilité de former un groupe régional avec le Pakistan, sans la participation de l’Inde.
« Nous cherchons à ouvrir la voie avec le Pakistan en termes de stratégie et participons activement à la coopération en matière de défense et d’économie. »
Tauhid Hossain, conseiller aux affaires étrangères du Bangladesh
Cette initiative pourrait servir de substitut à l’ASACR, une organisation régionale affaiblie par les blocages et les tensions entre les États membres, notamment en raison de la position passive de l’Inde.
Le 5 décembre 2025, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Pakistan a déclaré que cette coopération trilatérale ouvrirait de nouvelles perspectives de collaboration et créerait un nouveau pôle d’influence en Asie du Sud. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre plus large de la stratégie chinoise dite du « Collier de perles », visant à étendre son influence dans l’océan Indien et à contrer l’influence de l’Inde. La stratégie du « Collier de perles » se traduit par des investissements massifs dans des infrastructures portuaires stratégiques, comme Gwadar au Pakistan, Hambantota au Sri Lanka et Djibouti.
La Chine a également obtenu un accès privilégié aux ports bangladais de Chattogram et de Mongla, renforçant ainsi sa présence économique et stratégique dans le pays. Cette coopération s’inscrit dans le cadre de l’Initiative « la Ceinture et la Route » (BRI), qui vise à développer des liens économiques et infrastructurels avec les pays du Sud. En parallèle, l’Inde tente de contrer l’influence chinoise en développant sa propre stratégie, le « Collier de diamants », qui vise à établir des partenariats stratégiques avec des pays riverains de l’océan Indien, tels que l’Iran, l’Indonésie, l’Oman et Singapour.
La formalisation de cette coopération trilatérale s’est concrétisée lors d’une réunion à Kunming en juin 2025, où les vice-ministres des Affaires étrangères et les secrétaires des Affaires étrangères du Pakistan, de la Chine et du Bangladesh ont convenu de collaborer dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la sécurité maritime, de la santé et de l’éducation. Compte rendu de la réunion de Kunming. Le Bangladesh espère ainsi renforcer son économie et affirmer son identité régionale, en s’appuyant sur ses liens historiques et culturels avec le Pakistan et la Chine.
Cependant, la situation politique au Bangladesh reste fragile. Les élections de 2026, qui s’annoncent tendues, et le climat social exacerbé par la mort du jeune leader Sharif Osman Hadi, pourraient déstabiliser le pays et le rendre plus vulnérable aux pressions extérieures. Article sur les élections de 2026 au Bangladesh. L’avenir du Bangladesh est donc incertain, et sa capacité à naviguer dans un environnement géopolitique complexe dépendra de sa capacité à maintenir un équilibre délicat entre ses différents partenaires.
La première réunion de la 9e Commission économique mixte après plus de deux décennies est un signe encourageant. Lors de cette réunion, un accord a été conclu sur différents secteurs, notamment un document sur le commerce Halal entre le Pakistan et le Bangladesh, ce qui pourrait être mutuellement bénéfique. Néanmoins, chaque pays reste guidé par sa propre politique étrangère et la situation géopolitique est en constante évolution.