Publié le 24 décembre 2025 03:33:00. L’Université de Tokyo, fleuron de l’enseignement supérieur japonais, attire un nombre croissant d’étudiants chinois, une tendance qui soulève des questions sur les objectifs réels de cette affluence et son impact sur le système éducatif et l’immigration au Japon.
- Près de 60 % des étudiants étrangers de l’Université de Tokyo sont désormais d’origine chinoise.
- Le processus d’admission pour les étudiants internationaux, basé sur l’examen EJU, est perçu comme moins rigoureux que celui pour les étudiants japonais.
- Ce système facilite l’obtention de visas de travail et, à terme, de la résidence permanente pour les diplômés chinois.
L’Université de Tokyo, considérée comme l’une des meilleures universités du Japon et régulièrement bien classée au niveau international, enregistre une augmentation constante du nombre d’étudiants étrangers, atteignant aujourd’hui 336 000 sur l’ensemble du territoire japonais. Une analyse récente des médias japonais met en lumière une proportion particulièrement élevée d’étudiants chinois au sein de l’institution, avec 60 % des étudiants internationaux originaires de Chine. Cette concentration ne serait pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat d’une stratégie délibérée.
Le système d’admission japonais distingue les étudiants internationaux des étudiants japonais, offrant aux premiers la possibilité de postuler via l’EJU (Examen d’admission à l’université japonaise pour étudiants internationaux) et un entretien. L’EJU est souvent critiqué pour son niveau de difficulté relativement faible, les questions portant généralement sur des notions de lycée, voire de première ou deuxième année de lycée en mathématiques.
Cet avantage est particulièrement bénéfique aux étudiants chinois, issus d’une culture éducative similaire et représentant environ les deux tiers des candidats à l’EJU. La Faculté des Arts et des Sciences de l’Université de Tokyo autorise même l’utilisation de matières mathématiques moins exigeantes, ce qui, selon des sources internes, rend l’accès à l’université « relativement facile » pour les étudiants étrangers, même si des scores élevés restent requis.
« Le système actuel permet aux étudiants internationaux d’obtenir un statut de résident en col blanc, tel que ‘Technologie, connaissances humaines et affaires internationales’, facilitant ainsi leur séjour à long terme au Japon. »
Masanobu Kunoyama, écrivain spécialisé dans les questions internationales
Selon Masanobu Kunoyama, 53 % des étudiants internationaux trouvent un emploi au Japon et 82 % d’entre eux obtiennent des qualifications professionnelles ouvrant la voie à un titre de séjour spécifique pour les professionnels hautement qualifiés. L’obtention de ce titre, initialement conçu pour attirer des talents contribuant à l’économie nationale, est devenue une voie d’accès privilégiée à la résidence permanente, voire à la naturalisation.
Les critères d’éligibilité à la résidence permanente se sont assouplis ces dernières années, permettant à certains étudiants internationaux d’obtenir un statut de « professionnel hautement spécialisé » en seulement un an. Le système de points, basé sur l’âge, le niveau d’éducation et l’ancienneté professionnelle, facilite l’obtention de ce statut, même en l’absence de compétences exceptionnelles.
Au cours des dix dernières années, le nombre d’étudiants internationaux à l’Université de Tokyo a augmenté de 70 %, atteignant environ 5 000. Cette augmentation coïncide avec une baisse de l’intérêt des étudiants japonais pour les études supérieures, ce qui exerce une pression accrue sur les universités pour maintenir leurs taux d’inscription. Certains observateurs soulignent également que l’université espère bénéficier des dons et des réseaux d’anciens élèves chinois fortunés.
Cette affluence d’étudiants chinois a conduit à la formation de réseaux influents, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Les médias japonais s’interrogent sur l’avenir des retombées de la recherche japonaise, financée par des fonds publics, et sur la possibilité qu’elles profitent davantage à l’étranger qu’à la société japonaise.
Selon les analyses, cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un ensemble d’incitations institutionnelles qui lient étroitement les études, l’emploi et la résidence permanente. Cette structure, bénéficiant à l’université, aux entreprises et aux intermédiaires, transforme progressivement l’éducation à l’étranger en une voie d’immigration institutionnalisée et à faible risque, modifiant en profondeur la structure sociale du Japon.
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