Des inondations catastrophiques provoquées par l’effondrement d’un glacier ont frappé la frontière entre le Népal et le Tibet, tuant des centaines de personnes et en laissant des centaines d’autres portées disparues. Des images satellites et des caméras de surveillance révèlent une destruction massive, tandis que la gestion de l’information en Chine contraste fortement avec la visibilité mondiale de la tragédie.
Des géomorphologues et des scientifiques ont examiné des images satellites pour comprendre l’origine de cette coulée de boue et d’eau glaciaire dévastatrice qui a soudainement gonflé les rivières de la région.
L’effondrement du glacier de Langtang Lirung et la rupture du flanc de la montagne
Au lendemain du drame survenu un mercredi, des scientifiques de la Terre, parmi lesquels les géomorphologues Kristen Cook et Dan Shugar, ont analysé des données visuelles pour identifier les causes de la catastrophe. Alors que les premières images étaient voilées par les nuages et la poussière, les clichés de jeudi ont offert une vue dégagée sur le site.
Un pan entier du glacier s’est détaché près du pic Langtang Lirung, entraînant dans sa chute une portion considérable du socle rocheux de la montagne. Il montre toute la zone sans rien de caché, et nous pouvions voir que, oui, il semblait qu’il n’y avait pas seulement ce glacier qui avait cédé, mais un morceau beaucoup plus grand du socle rocheux de la montagne elle-même qui avait cédé, a expliqué Dan Shugar, professeur associé à l’Université de Calgary, tel que le rapporte l’Associated Press.
La masse de débris, composée de rochers et de glace, a dévalé la vallée étroite en fusionnant avec l’eau de fonte. Selon Alton Byers, géographe de montagne à l’Université du Colorado à Boulder, il s’agit de la plus grande inondation glaciaire qu’il ait observée. L’expert attribue le phénomène aux tendances de réchauffement climatique qui fragilisent le permafrost autrefois responsable du maintien de la stabilité en haute altitude. Toutefois, Kristen Cook, chercheuse à l’Université Grenoble Alpes en France, nuance en précisant qu’un lien direct avec le changement climatique ne peut pas encore être affirmé avec certitude, même si ce type d’événement est prévisible dans un climat en réchauffement.
Les images avant et après révèlent des villages et des infrastructures effacés au Népal et au Tibet
Des clichés haute résolution fournis par le fournisseur de satellites commerciaux Vantor illustrent l’ampleur des dégâts matériels. Le point de passage frontalier de Rasuwagadhi, situé entre le Népal et le Tibet, a été complètement rasé.
Plus bas dans la vallée, le niveau de la rivière Trishuli a grimpé de neuf mètres en seulement trente minutes, surprenant les habitants. Le village touristique de Syapru Besi, point de départ de treks renommés, a subi des destructions majeures. Des ponts traversant la rivière, clairement identifiables sur les photographies d’octobre 2023, ont totalement disparu aux côtés de la végétation environnante.
Simon Gascoin, chercheur au Centre d’études spatiales de la biosphère, a indiqué sur Internet que l’analyse des images Sentinel-2 montre la violence de la crue, l’eau s’étant engouffrée en remontant les pentes sur une distance d’au moins 2,5 kilomètres.
Le contraste médiatique et le black-out informationnel autour de la zone tibétaine
Tandis que les scènes de torrents déchaînant leur fureur au port de Gyirong ont circulé sur les réseaux sociaux mondiaux, la couverture médiatique à l’intérieur de la Chine continentale est restée extrêmement restreinte.
Le président Xi Jinping a présidé une réunion d’urgence pour coordonner les secours, et des centaines d’intervenants d’urgence ont été mobilisés par Pékin pour mener des opérations de sauvetage. Néanmoins, les autorités mantiennent un contrôle strict sur l’information relative à la région tibétaine, une zone marquée par une histoire politique sensible. Aucun témoignage de survivant ni aucune image amateur locale n’ont été relayés par les circuits officiels de l’État, rendant difficile l’évaluation précise de la situation humaine de l’autre côté de la frontière.
Inquiétudes internationales et défis persistants pour les équipes de secours
Face à l’ampleur des destructions d’infrastructures, les opérations de recherche de survivants et d’assistance aux populations s’annoncent extrêmement complexes. Les autorités locales et les gouvernements étrangers surveillent l’évolution de la situation, d’autant que le risque d’une nouvelle crue reste présent. Avec une obstruction toujours bloquée en amont sur la rivière frontalière entre le Népal et la Chine, les autorités préviennent qu’une seconde inondation pourrait se produire, soulignent les rapports de terrain, tandis que les efforts de coordination internationale se poursuivent pour venir en aide aux milliers de sinistrés de cette catastrophe himalayenne.
