Publié le 22 octobre 2025 à 20h51. La Cour internationale de Justice (CIJ) a estimé qu’Israël doit permettre l’accès à l’aide humanitaire dans la bande de Gaza, jugeant que le pays ne peut pas entraver l’action de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).
- La CIJ a conclu qu’Israël est tenu d’autoriser l’aide de l’ONU dans les territoires palestiniens.
- Le tribunal a jugé que les accusations d’infiltration de l’UNRWA par le Hamas ne sont pas suffisamment étayées.
- Israël a réagi vivement à cette décision, la qualifiant de tentative politique.
La Cour internationale de Justice a rendu un avis consultatif suite à une demande de l’Assemblée générale des Nations Unies, après qu’Israël a interdit à l’UNRWA de poursuivre ses opérations dans les territoires palestiniens, invoquant l’implication présumée d’employés de l’agence dans l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a fermement réagi à la décision de la CIJ, accusant le tribunal de tenter d’imposer des mesures politiques à Israël sous couvert du droit international. Le ministère affirme que plus de 1 400 membres du Hamas travailleraient pour l’UNRWA.
La Cour ne considère pas cette accusation comme suffisamment prouvée. Elle souligne que l’UNRWA a licencié neuf employés suite à une enquête indépendante concernant leur possible implication dans le Hamas. Selon le tribunal, il n’existe aucune preuve d’une infiltration généralisée de l’UNRWA par le Hamas, ni de l’appartenance d’un nombre significatif de ses employés à cette organisation.
Israël conteste l’impartialité de l’UNRWA et estime que l’organisation n’est donc pas protégée par l’article 59 de la Quatrième Convention de Genève. Ce traité, qui concerne la protection des civils en temps de guerre, oblige une puissance occupante à solliciter l’aide d’organisations ou de pays pour fournir une assistance humanitaire si une partie ou la totalité de la population d’un territoire occupé manque de nourriture et d’autres biens essentiels.
Cependant, la CIJ a statué que la question de l’impartialité d’une organisation humanitaire ne relève pas de la compétence de la puissance occupante ou de l’organisation elle-même.
En mars dernier, Israël avait annoncé le blocage immédiat de toutes les importations d’aide à Gaza, justifiant cette décision par le refus du Hamas d’accepter une proposition de prolongation du cessez-le-feu. La Cour a estimé que cette mesure a eu des « conséquences catastrophiques » pour la population.
Ce n’est qu’en mai qu’Israël a autorisé l’entrée d’une quantité minimale de fournitures de secours, en proposant la Fondation Humanitaire pour Gaza (GHF), un nouveau partenariat américano-israélien, afin d’empêcher que des marchandises ne parviennent au Hamas.
La CIJ a rappelé qu’une puissance occupante ne peut en aucun cas entraver l’acheminement de l’aide humanitaire à la population locale. « Tout détournement d’aide à grande échelle constitue une violation de la Quatrième Convention de Genève », a souligné le tribunal. La seule exception autorisée est une suspension temporaire de l’aide, si cela est dans l’intérêt de la population concernée.
La méthode de travail de la GHF a été vivement critiquée par l’ONU et les organisations humanitaires internationales. Les quatre points de distribution étaient ouverts à des horaires irréguliers et parfois complètement fermés. La CIJ a également noté que, selon l’organisation onusienne OCHA, plus de 2 100 Palestiniens ont été tués à proximité de ces points de distribution.
La Cour a conclu que l’UNRWA est, pour l’instant, irremplaçable. Depuis 1949, l’UNRWA fournit une assistance aux réfugiés palestiniens expulsés lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Le tribunal a souligné qu’Israël n’avait pas de solution de remplacement prête à être mise en œuvre pendant les dix semaines qui ont suivi la suspension de l’aide à l’UNRWA, violant ainsi le droit de l’occupation.
Même avant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, Israël contrôlait toutes les frontières terrestres, maritimes et aériennes de la bande de Gaza. Ce contrôle s’est renforcé après cette date, ce qui, selon la CIJ, impose à Israël une obligation accrue de garantir l’accès de la population palestinienne à l’aide humanitaire.
Israël a déjà déclaré qu’il n’avait pas l’intention de se conformer à ces recommandations. Néanmoins, cette décision, bien que non contraignante, revêt une importance significative pour les organisations humanitaires, et ce, dans le monde entier. Le tribunal a également examiné les recommandations à l’aune des règles contraignantes, notamment les Conventions de Genève, qui s’appliquent également à Israël.
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