La publication d’une nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, critiquant ouvertement plusieurs aspects de l’Europe, n’a pas pour autant ébranlé l’alliance transatlantique, selon Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’Union européenne. La responsable a réaffirmé samedi que les États-Unis restaient le principal allié de l’Europe, tout en reconnaissant la pertinence de certaines critiques formulées par Washington.
Intervenant au Forum de Doha, une conférence diplomatique annuelle au Qatar, Kaja Kallas a répondu à une question concernant la stratégie américaine en soulignant : « Bien sûr, il y a beaucoup de critiques, mais je pense que certaines d’entre elles sont également vraies. » Elle a ajouté : « Les États-Unis restent notre plus grand allié. Je pense que nous n’avons pas toujours été d’accord sur différents sujets, mais je pense que le principe général est toujours là. Nous sommes les plus grands alliés et nous devons rester ensemble. »
La stratégie de sécurité nationale américaine, dévoilée vendredi, pointe du doigt plusieurs faiblesses européennes, notamment un excès de réglementation, un manque de confiance en soi et un risque d’« effacement civilisationnel » lié à l’immigration. Ce document marque une rupture avec les politiques américaines antérieures et reprend les critiques lancées il y a plusieurs mois par l’administration de Donald Trump, accusant l’Europe de profiter de la générosité américaine.
Kaja Kallas a également estimé que l’Europe devait renforcer sa confiance en elle, notamment face à la Russie : « L’Europe a sous-estimé sa propre puissance. Vis-à-vis de la Russie, par exemple… nous devrions avoir plus confiance en nous. »
Ces déclarations interviennent après que le vice-président américain JD Vance ait suscité la consternation en Allemagne et dans d’autres pays européens en affirmant, lors d’un discours à Munich, que la liberté d’expression était en recul sur le continent et que certains partis politiques s’alignaient sur l’extrême droite, comme l’AfD en Allemagne. La nouvelle stratégie américaine, qui met l’accent sur la restauration de la primauté des États-nations, s’inscrit dans cette même logique.
Selon Kristine Berzina, chercheuse au German Marshall Fund, l’administration Trump « laisse entendre à travers cette stratégie de sécurité nationale qu’elle veut voir une Europe complètement différente ». Elle a ajouté que la remise en question de la légitimité des gouvernements européens équivaut à des « attaques politiques significatives » contre les alliés de Washington, alors même que l’administration américaine affirme vouloir renforcer la sécurité européenne dans le contexte de la guerre en Ukraine.
Depuis son retour au pouvoir en janvier, Donald Trump a ordonné un durcissement radical de la politique d’immigration, s’appuyant sur un discours politique axé sur la crainte d’une perte de statut de la majorité blanche américaine. La stratégie de sécurité nationale américaine aborde également la question de l’influence américaine en Amérique latine, où l’administration Trump a mené des opérations contre des trafiquants de drogue présumés et cherché à influencer les régimes en place, notamment au Venezuela, dans le but de contrôler des ressources stratégiques comme le canal de Panama. Ce document est présenté comme une modernisation de la doctrine Monroe, datant du XIXe siècle, qui interdisait aux puissances rivales d’intervenir en Amérique latine.