Publié le 29 octobre 2025 17h15. Des chercheurs espagnols ont identifié des signaux précoces de la maladie d’Alzheimer, détectables par une simple analyse sanguine, bien avant l’apparition des premiers troubles de la mémoire. Cette découverte ouvre la voie à de nouvelles stratégies de prévention et de traitement.
- Une augmentation du marqueur GFAP dans le sang pourrait signaler le développement de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce.
- L’étude met en évidence le rôle crucial de l’inflammation cérébrale, impliquant les cellules gliales, dans les phases initiales de la maladie.
- La modulation de la réponse inflammatoire pourrait devenir une cible thérapeutique prometteuse pour ralentir ou prévenir l’Alzheimer.
Une équipe de l’Hôpital Universitaire Marqués de Valdecilla et de l’Institut de Recherche de Valdecilla (Idival) a mené une étude approfondie sur les biomarqueurs de la neuroinflammation, un facteur clé dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Jusqu’à présent, le moment précis du début de cette inflammation et son rôle dans les premiers stades de la maladie restaient flous. Les résultats, publiés dans Rédaction médicale, suggèrent que des changements dans les cellules gliales, composantes essentielles du système immunitaire du cerveau, précèdent les premiers symptômes cliniques.
L’étude a porté sur 211 volontaires participant à la cohorte Valdecilla, des habitants de Cantabrie âgés de 65 ans en moyenne, ne présentant pas de troubles cognitifs. Les participants ont subi des évaluations de la mémoire, des examens d’imagerie cérébrale, ainsi que des prélèvements sanguins et de liquide céphalorachidien (par ponction lombaire). « Cette participation altruiste est fondamentale, car elle nous permet d’étudier les changements biologiques de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce », explique Marta Pascual, chercheuse à Idival.
Pour mieux comprendre les mécanismes de l’inflammation cérébrale, les chercheurs ont analysé simultanément plusieurs biomarqueurs liés à deux types de cellules gliales : les microglies et les astrocytes. « La plupart des études précédentes se sont concentrées sur les biomarqueurs d’un seul type de cellule gliale, offrant une vision partielle de la neuroinflammation », précise Pascual. Or, ces deux types de cellules interagissent et participent ensemble à la réponse immunitaire du cerveau. L’équipe d’Idival a donc choisi d’analyser conjointement les biomarqueurs GFAP, sTREM2, YKL-40 et S100β, afin d’obtenir une vision plus globale de l’activation cellulaire et de son lien avec l’accumulation d’amyloïde, la pathologie tau et la neurodégénérescence.
Les résultats ont révélé une augmentation précoce du GFAP, un marqueur de la réactivité des astrocytes, dans le sang des participants. « Nous avons observé que les concentrations plasmatiques de GFAP augmentaient déjà dans les phases précliniques de la maladie, c’est-à-dire avant les premiers symptômes », détaille Pascual. Ce marqueur présentait également une « corrélation bidirectionnelle avec le dépôt amyloïde, indépendamment de l’âge, du sexe ou du génotype APOE ». Ces données suggèrent que la réponse des astrocytes, mesurée par le GFAP, est étroitement liée à la pathologie amyloïde, considérée comme l’un des premiers événements dans le développement de la maladie.
L’étude a également examiné d’autres biomarqueurs et leurs associations avec les différents stades de la maladie. Le marqueur sTREM2, reflétant l’activation microgliale, était spécifiquement associé à la présence de pathologie tau, mais pas à la pathologie amyloïde. En revanche, YKL-40 et S100β, des marqueurs astrocytes, étaient liés à des biomarqueurs de neurodégénérescence, qui apparaissent à des stades plus avancés. Ces résultats confirment que la réponse microgliale et astrocytaire n’est pas uniforme, mais adopte différents états fonctionnels, potentiellement impliqués à différents moments de la progression de la maladie.
Les chercheurs proposent ainsi un ordre temporel possible des processus impliqués dans la maladie d’Alzheimer : l’accumulation d’amyloïde précéderait l’activation des astrocytes, mesurée par le GFAP, ce qui pourrait à son tour influencer le développement de changements neurodégénératifs.
Ces découvertes ont des implications cliniques et thérapeutiques importantes. « Le plus important est que certains de ces biomarqueurs, comme le GFAP dans le plasma, peuvent être mesurés de manière simple et non invasive grâce à une prise de sang », souligne Pascual. Si ces résultats sont confirmés par d’autres études, ils pourraient être utilisés pour identifier les personnes à risque plusieurs années avant l’apparition des symptômes, pour établir un pronostic ou pour suivre l’évolution de la maladie ou la réponse aux médicaments.
Les résultats suggèrent également de nouvelles pistes thérapeutiques, en renforçant l’idée que l’inflammation cérébrale est une cible pertinente. « Si nous parvenons à moduler la réponse des astrocytes et des microglies à un stade précoce, nous pourrons peut-être influencer la cascade d’événements qui conduit au développement de la maladie d’Alzheimer », explique la chercheuse. Des stratégies anti-inflammatoires, combinées à des thérapies ciblant l’amyloïde ou d’autres mécanismes moléculaires, pourraient jouer un rôle dans la prévention ou le ralentissement de la maladie.
Pascual rappelle que cette étude est observationnelle et ne permet pas d’établir de liens de causalité. De plus, la taille de l’échantillon est relativement limitée et les résultats doivent être validés dans d’autres groupes et populations plus diversifiées. L’équipe prévoit de poursuivre le suivi longitudinal de la cohorte Valdecilla et de répéter les mesures après cinq ans, afin d’étudier l’évolution des biomarqueurs au fil du temps. Elle souhaite également combiner les données sur les fluides biologiques avec des techniques avancées de neuroimagerie, pour mieux comprendre le lien entre la neuroinflammation et les changements structurels et fonctionnels dans le cerveau.
Enfin, Pascual insiste sur la nécessité que d’autres groupes de recherche internationaux reproduisent ces résultats et mènent des études d’intervention pour évaluer si la modulation de la réponse gliale dans les phases précoces de la maladie peut modifier son évolution.
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