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La « COP sur les biocarburants » suscite le débat sur la manière de nettoyer les voitures là où les véhicules électriques sont délicats

Publié le 19 novembre 2025 à 17h12. La COP30 de Belém, au Brésil, se profile comme un sommet où les biocarburants pourraient prendre une place plus importante que prévu, malgré les inquiétudes croissantes concernant leur impact sur la…

La « COP sur les biocarburants » suscite le débat sur la manière de nettoyer les voitures là où les véhicules électriques sont délicats

Publié le 19 novembre 2025 à 17h12. La COP30 de Belém, au Brésil, se profile comme un sommet où les biocarburants pourraient prendre une place plus importante que prévu, malgré les inquiétudes croissantes concernant leur impact sur la déforestation et la sécurité alimentaire.

  • Le Brésil a obtenu le soutien de 23 gouvernements pour quadrupler la production de carburants durables d’ici 2030.
  • Les biocarburants sont présentés comme une alternative moins coûteuse à l’hydrogène vert pour décarboner les secteurs des transports aérien, maritime et routier.
  • Des organisations environnementales mettent en garde contre le risque d’une augmentation de la déforestation liée à la nécessité de terres supplémentaires pour les cultures destinées à la production de biocarburants.

Alors que la COP30 s’ouvre au Brésil, l’attention se porte de plus en plus sur le rôle potentiel des biocarburants dans la lutte contre le changement climatique. Le pays hôte, l’un des principaux producteurs mondiaux d’éthanol à base de sucre et de biodiesel à base de soja, a réussi à mobiliser un soutien international significatif pour une augmentation massive de la production de carburants durables. L’objectif affiché est de quadrupler cette production d’ici 2030, et le Brésil entend faire des biocarburants un axe central des négociations.

Cette initiative s’explique par le potentiel des biocarburants à offrir une solution de décarbonation plus abordable pour les secteurs des transports, en particulier l’aviation et le transport maritime, où les alternatives basées sur l’hydrogène vert apparaissent pour l’instant trop coûteuses. L’attrait des biocarburants réside dans leur capacité à s’intégrer plus facilement aux infrastructures existantes et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Cependant, cette poussée pour les biocarburants suscite de vives critiques. Les organisations environnementales mettent en garde contre le risque d’une augmentation de la déforestation, conséquence de la demande accrue de terres agricoles pour la culture des matières premières nécessaires à leur fabrication. Elles soulignent également que les terres arables devraient être prioritaires pour la production alimentaire, et non pour le carburant.

« Il est difficile d’imaginer un scénario dans lequel cet engagement ne nécessite pas davantage de défrichage. »

Cian Delaney, chargé de campagne sur les questions énergétiques, Transport & Environnement

Selon Cian Delaney, du groupe Transport & Environnement basé à Bruxelles, l’absence d’engagements fermes de la part des pays pour éviter toute nouvelle déforestation pourrait avoir des conséquences désastreuses pour le climat, les écosystèmes et la sécurité alimentaire mondiale.

Le Brésil tente de répondre à ces préoccupations en affirmant que les biocarburants considérés comme durables devront respecter des critères stricts, notamment une faible intensité de gaz à effet de serre, la conservation de la nature, une gestion durable de l’eau et le respect des droits sociaux. Le gouvernement brésilien assure qu’il est possible de produire des biocarburants de manière responsable, sans compromettre les objectifs environnementaux.

L’importance accordée aux biocarburants se manifeste également concrètement sur le site de la COP30. Les générateurs électriques et les bus transportant les délégués fonctionnent au diesel mélangé à 10 % de biocarburants. Des entreprises comme Toyota, fervente promotrice des carburants d’origine végétale, profitent de l’événement pour présenter leurs technologies.

Le constructeur automobile japonais a participé à au moins dix panels et a mis à disposition une flotte de 70 véhicules hybrides fonctionnant à l’éthanol. Des tablettes d’information installées à bord de ces véhicules mettent en avant les avantages environnementaux des biocarburants.

« Les véhicules électriques et les biocarburants font tous deux partie de la solution pour lutter contre les émissions de combustibles fossiles des transports, en particulier dans les pays en développement dépourvus d’infrastructures de recharge adéquates ou d’un accès généralisé à l’électricité. »

Roberto Braun, directeur des communications de Toyota

Roberto Braun a souligné que les biocarburants peuvent également contribuer à la création d’emplois, notamment dans les pays en développement.

Cependant, Greenpeace conteste cette vision et accuse Toyota de saper les efforts mondiaux de lutte contre le changement climatique en ignorant « le consensus scientifique croissant selon lequel les biocarburants sont une fausse solution climatique ». L’organisation environnementale dénonce une stratégie qui détourne l’attention des véritables solutions, telles que le développement des véhicules électriques et la réduction de la dépendance à la voiture individuelle.

Les opposants aux biocarburants plaident pour une transition vers des sources d’énergie plus propres pour les transports, telles que l’électricité renouvelable et l’hydrogène vert produit à partir d’énergies renouvelables. Ils estiment que ces alternatives sont plus durables à long terme et ne présentent pas les mêmes risques pour l’environnement et la sécurité alimentaire.

Néanmoins, ces options peuvent s’avérer difficiles à mettre en œuvre dans certaines régions du Sud, où l’accès à l’électricité est limité et les infrastructures de recharge sont inexistantes. C’est notamment le cas dans le vaste intérieur du Brésil, où les véhicules fonctionnant aux biocarburants sont déjà largement répandus.

Selon un rapport préparé pour la présidence de la COP30 par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le Brésil est le pays qui tire le plus grand profit des biocarburants, en particulier de l’éthanol. Les conducteurs brésiliens ont la possibilité de faire le plein d’éthanol pur ou d’un mélange d’éthanol et d’essence.

Francis X. Johnson, scientifique et auteur principal du rapport spécial du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur le changement climatique et les terres, souligne qu’il est essentiel de tenir compte des réalités locales. Il estime que l’accent mis sur les véhicules électriques reflète une perspective « centrée sur les pays riches ».

Il reconnaît que dans les pays du Sud, où les infrastructures sont limitées, une approche plus diversifiée impliquant les biocarburants peut être « très utile ». Cependant, il met en garde contre les différences significatives entre les différents types de biocarburants, soulignant que l’éthanol à base de canne à sucre au Brésil présente des avantages en termes d’émissions et de développement, contrairement aux biocarburants à base de soja ou de maïs en Europe ou en Amérique du Nord, qui sont généralement plus polluants.

Comme l’a révélé Climate Home News en juin, de l’huile de palme vierge de Malaisie a été présentée frauduleusement comme de l’huile de cuisson usagée et vendue à des fournisseurs de carburant d’aviation en Europe, contribuant ainsi à la déforestation et à la hausse des prix des denrées alimentaires dans ce pays à forêt tropicale.

Felipe Barcellos, de l’Institut de l’énergie et de l’environnement (IEMA), un groupe de réflexion brésilien, met en garde contre les « mauvais exemples » de l’Indonésie et de la Malaisie, soulignant que « ce type d’huile est très problématique ». Il reconnaît toutefois que, même si les véhicules électriques constituent le meilleur choix, les biocarburants peuvent avoir leur place, à condition que des garanties appropriées soient mises en place pour prévenir la déforestation et ne pas empiéter sur les cultures vivrières.

Le Brésil dispose de 100 millions d’hectares de pâturages dégradés, une superficie équivalente à celle de l’Égypte, dont une partie pourrait être réaffectée à la culture. Certaines terres pourraient également être reboisées, bien que le reboisement complet ne soit pas réalisable en raison du coût élevé et du manque de financement.

Pour Greenpeace, les biocarburants ne devraient être considérés que comme une mesure provisoire et limitée sur la voie d’un avenir entièrement électrique. Mariko Shiohata, militante de Greenpeace, reconnaît que les biocarburants pourraient être nécessaires à une échelle marginale, tandis que Camila Jardim, militante de Greenpeace basée au Brésil, estime qu’ils pourraient jouer un rôle limité et temporaire au Brésil.

Cependant, Jardim souligne que « les cultures bioénergétiques à grande échelle sont toujours à l’origine de pressions foncières, de monocultures, d’utilisation de pesticides et de conflits sociaux, même lorsqu’elles sont qualifiées d’« utilisation de terres dégradées » ». Elle ajoute que l’expansion des cultures bioénergétiques déplace souvent le bétail et peut indirectement alimenter la déforestation.

En conclusion, la transition vers l’électrique et la réduction du nombre de voitures sur les routes devraient être la priorité, selon Shiohata. Elle suggère que Toyota pourrait faire davantage, par exemple en fabriquant de petits véhicules électriques bon marché équipés de bornes de recharge à énergie renouvelable. Les gouvernements devraient également encourager l’accès à l’électricité grâce à des panneaux solaires hors réseau.

« Nous n’avons pas le temps de faire des détours en matière d’électrification », conclut-elle.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.