La Corée du Nord a intensifié ses provocations militaires en début d’année, testant des missiles balistiques et menaçant une escalade nucléaire en réponse aux exercices militaires conjoints entre la Corée du Sud et les États-Unis. Ces démonstrations de force interviennent dans un contexte de tensions croissantes et de changement de politique à Séoul.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a déclaré samedi qu’il était prêt à « répondre avec une arme nucléaire pour une arme nucléaire et une confrontation totale pour une confrontation totale », ordonnant le développement d’armes plus puissantes pour « submerger complètement les forces agressives impérialistes américaines et leur armée fantoche ». Cette rhétorique agressive fait suite à des tirs d’essai de missiles balistiques à courte portée, d’une portée de 350 à 400 kilomètres, et à l’annonce par l’agence de presse nord-coréenne du test d’un nouveau système de lance-roquettes multiples de 600 mm capable de transporter des armes nucléaires.
Ces actions coïncident avec des exercices militaires d’une ampleur inédite menés par la Corée du Sud et les États-Unis, sur et autour du territoire sud-coréen. L’attaché de presse du président sud-coréen Yoon Suk-yeol a révélé que les deux pays discutent de la possibilité de partager des informations sur le fonctionnement des actifs nucléaires américains, ainsi que de leur planification et de leur exécution conjointes. Des responsables américains de la défense ont tenté de nuancer cette annonce.
L’arrivée au pouvoir en mai dernier du président Yoon Suk-yeol marque un tournant dans la politique de la péninsule coréenne. Contrairement à son prédécesseur, Moon Jae-in, qui avait privilégié le dialogue et la réconciliation avec le Nord, notamment à travers deux rencontres avec Kim Jong-un en 2018 (dont une à Pyongyang), Yoon Suk-yeol adopte une ligne plus ferme. Ses premiers gestes, comme le transfert de son bureau au ministère de la Défense nationale et sa participation au sommet de l’OTAN à Madrid en juin, témoignent de cette orientation.
Certains observateurs établissent un parallèle entre la relation entre la Corée du Nord et la Chine, et celle entre Israël et les États-Unis. Dans les deux cas, un petit État, bénéficiant d’un soutien important de la part d’une grande puissance, a développé un arsenal nucléaire initialement présenté comme un moyen de dissuasion. Cependant, cet arsenal a rapidement conféré à ce petit État une marge de manœuvre considérable et un pouvoir de chantage sur son protecteur.
La question se pose de savoir si cette capacité de chantage était l’objectif initial du développement de l’arme nucléaire, ou si elle n’est apparue qu’après coup. Quoi qu’il en soit, le résultat est le même : ces petits États, comme la Corée du Nord et Israël, sont en mesure de défier les intérêts des grandes puissances qui les soutiennent, en raison de la menace d’une escalade nucléaire.
Cette situation soulève des questions fondamentales sur le rôle des armes nucléaires dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Si les grandes puissances ne disposaient pas elles-mêmes d’arsenaux nucléaires, la menace de chantage des petits États serait-elle moins préoccupante ? Et si la possession d’armes nucléaires par ces petits États leur permet de défier l’opinion mondiale, quels sont les effets de la possession d’arsenaux beaucoup plus importants par les grandes puissances ?
Ces considérations soulignent l’urgence de redoubler d’efforts pour parvenir au démantèlement complet de tous les arsenaux nucléaires. L’existence même de ces armes place l’humanité sur une pente glissante vers une potentielle extinction. Par ailleurs, ces conflits gelés, bien que pouvant être résolus par la négociation, continuent de peser sur la vie de millions de personnes en Asie de l’Est et ailleurs.
Il est important de noter que la Chine n’a pas toujours été le seul soutien majeur de la Corée du Nord. L’Union soviétique a également joué un rôle important dans le passé, et la Russie, avec sa frontière directe avec la Corée du Nord, reste un acteur clé dans l’équilibre des forces en Asie de l’Est.