Publié le 8 novembre 2025. L’essor du tourisme spatial et des lancements de satellites, bien que porteurs de progrès technologiques, pourrait compromettre la lente récupération de la couche d’ozone, selon une nouvelle étude qui alerte sur l’impact croissant des émissions liées à l’activité spatiale.
- Les lancements de fusées libèrent des composés chimiques qui dégradent l’ozone, le bouclier protecteur de la Terre contre les rayons ultraviolets nocifs.
- L’augmentation rapide des lancements commerciaux pourrait ralentir la reconstitution de la couche d’ozone, malgré les succès du Protocole de Montréal.
- La rentrée des satellites dans l’atmosphère contribue également à l’appauvrissement de la couche d’ozone, un facteur souvent négligé dans les modèles actuels.
Dans les années 1980, le monde a été confronté à une crise majeure de la couche d’ozone, causée par les chlorofluorocarbures (CFC) utilisés dans les réfrigérateurs et les aérosols. Ces substances chimiques ont entraîné une destruction massive de l’ozone, augmentant les risques de cancer de la peau, de cataractes et de perturbations écologiques. Face à cette menace, la communauté internationale a réagi rapidement en adoptant le Protocole de Montréal en 1987, un accord qui a permis d’interdire progressivement la plupart des produits chimiques appauvrissant la couche d’ozone.
Grâce à cet effort collectif, les émissions de CFC ont été réduites de 99 %, et les observations satellitaires révèlent que le trou d’ozone au-dessus de l’Antarctique est le plus petit enregistré depuis le début des années 2000. Ces résultats témoignent de l’efficacité de la coopération internationale en matière de protection de l’environnement. Cependant, alors que ce chapitre se referme, un nouveau défi émerge : l’essor rapide des lancements de fusées commerciales.
Depuis 2019, le nombre de lancements annuels a plus que doublé, laissant derrière lui des traces chimiques qui affectent la chimie de la stratosphère. Les fusées, propulsées par divers carburants, émettent des substances appauvrissant la couche d’ozone, notamment du chlore provenant des propulseurs solides et de la suie de carbone noir qui réchauffe la haute atmosphère. Les particules métalliques issues des moteurs de fusée contribuent également à ces interactions chimiques.
Selon Sandro Vattioni, auteur principal d’une étude de l’ETH Zurich, « l’augmentation rapide des lancements de fusées à l’échelle mondiale pourrait ralentir la reconstitution de la couche d’ozone vitale ». Ses recherches montrent que, même si les impacts actuels sont modestes, la couche d’ozone est encore environ 2 % plus fine qu’avant l’introduction des CFC, ce qui prouve que la récupération est incomplète.
L’équipe de Laura Revell a étendu les travaux de Vattioni pour prédire les scénarios futurs pour l’industrie mondiale des lancements. Dans un scénario de croissance modérée, avec 884 lancements par an, la couche d’ozone mondiale pourrait diminuer de 0,17 % d’ici 2030. Dans un scénario de forte croissance, avec 2 040 lancements annuels, les pertes pourraient atteindre 0,29 % à l’échelle mondiale et près de 4 % au-dessus de l’Antarctique.
Même si ces pourcentages peuvent sembler faibles, la chimie de l’ozone est extrêmement sensible. Des perturbations mineures peuvent ralentir la reprise et potentiellement annuler des décennies de progrès environnementaux. Sans l’utilisation de carburants plus propres ni une surveillance réglementaire accrue, l’expansion rapide des vols spatiaux commerciaux pourrait compromettre une grande partie des gains réalisés grâce au Protocole de Montréal.
Outre les émissions des fusées, la rentrée des satellites et autres débris orbitaux dans l’atmosphère contribue également à l’appauvrissement de la couche d’ozone. Ces retours libèrent des oxydes d’azote et des poussières métalliques, qui aggravent la destruction de l’ozone. Les modèles actuels ne tiennent pas suffisamment compte de ces effets, et leur importance devrait croître à mesure que le nombre de constellations de satellites augmente.
Les produits chimiques contenus dans les gaz d’échappement des fusées jouent un rôle essentiel dans l’appauvrissement de la couche d’ozone. Le chlore gazeux provenant des propulseurs solides est le principal destructeur d’ozone. La suie de carbone noir, produite par la combustion d’hydrocarbures, augmente le réchauffement atmosphérique et accélère les réactions chimiques. Les fusées cryogéniques à combustible liquide, qui brûlent de l’hydrogène et de l’oxygène, ont un effet minime sur l’ozone, mais sont technologiquement complexes et représentent aujourd’hui seulement environ 6 % des lancements.