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La justice colombienne doit « retirer de l’oxygène au trafic de drogue » – DW – 21/10/2025

Publié le 22 octobre 2025 à 03h36. Malgré plus de cinquante ans d'aide américaine à la Colombie dans la lutte contre le narcotrafic, la production de drogue persiste, et une récente escalade diplomatique entre les deux pays pourrait…

La justice colombienne doit « retirer de l’oxygène au trafic de drogue » – DW – 21/10/2025

Publié le 22 octobre 2025 à 03h36. Malgré plus de cinquante ans d’aide américaine à la Colombie dans la lutte contre le narcotrafic, la production de drogue persiste, et une récente escalade diplomatique entre les deux pays pourrait compromettre les efforts en cours, selon des experts.

  • L’aide américaine à la Colombie, estimée à plus de 14 milliards de dollars ce siècle, n’a pas permis d’atteindre les objectifs fixés en matière de réduction de la production de coca et de saisies de drogue.
  • Les menaces de l’ancien président Trump de retirer l’aide financière à la Colombie pourraient, paradoxalement, favoriser les trafiquants, selon l’analyste Adam Isacson.
  • La consommation de cocaïne aux États-Unis est en hausse, tandis que les saisies de fentanyl en provenance du Mexique diminuent.

Les programmes d’assistance américaine à la Colombie, lancés il y a plus de cinquante ans, ont connu des fortunes diverses, mais n’ont jamais réussi à enrayer le flux de drogues, estime Adam Isacson, directeur du programme de surveillance de la politique de sécurité et de défense régionale au Bureau de Washington pour l’Amérique latine (WOLA). Interrogé par nos confrères depuis Washington DC, il souligne que le succès est souvent mesuré en termes de quantités saisies et d’hectares de cultures détruites, plutôt qu’en termes de réduction durable de la production.

« Ils cherchent à obtenir une diminution de 30 % de la culture de coca en un an, ainsi qu’une augmentation des saisies », explique Isacson. « Mais c’est un peu comme couper l’herbe : cela ne s’attaque pas aux racines du problème. » Il précise que la Colombie a reçu plus de 14 milliards de dollars (USD) ce siècle pour lutter contre le trafic de drogue, la majeure partie étant destinée à la police et à l’armée colombiennes. Ce chiffre ne comprend pas l’aide apportée aux migrants vénézuéliens, ce qui porterait le montant total à un niveau encore plus élevé.

Fentanyl et cocaïne : des tendances divergentes

La situation aux États-Unis est contrastée. Si le fentanyl, une drogue synthétique extrêmement puissante, est au cœur de la crise des opioïdes, la Colombie et le Venezuela ne sont pas des producteurs de cette substance. Cependant, les saisies de fentanyl en provenance du Mexique diminuent, avec une baisse d’environ 40 % en un an, selon Isacson. Parallèlement, la consommation de cocaïne est en augmentation, comme le rapporte un article du Wall Street Journal du 17 septembre 2025, intitulé « L’Amérique aime à nouveau la cocaïne ».

Cette augmentation de la demande de cocaïne s’observe notamment dans le sud-ouest de la Colombie, où les groupes dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), qui n’ont pas signé l’accord de paix, exercent un contrôle territorial et sont impliqués dans le trafic de drogue. Isacson craint que les mesures envisagées par l’ancien président Trump ne facilitent la tâche des trafiquants.

Les droits de douane que Trump a menacé d’imposer à la Colombie pourraient également profiter au trafic de drogue, selon l’expert. Ils affecteraient davantage les exportations légales de produits agricoles que l’économie illégale, et pourraient même inciter les trafiquants à proposer du travail aux agriculteurs pour la culture de la coca.

« Les réductions d’aide les plus importantes, entre janvier et mars de cette année, ont concerné les programmes de mise en œuvre de l’accord de paix, à hauteur de 75 % », précise Isacson. Ces programmes visaient également à soutenir les victimes de la violence, à protéger les droits de l’homme, à renforcer la présence des forces de sécurité, y compris à la frontière avec le Venezuela, et à aider les migrants vénézuéliens.

La Colombie à la hauteur des enjeux ?

La question de l’engagement de la Colombie dans la lutte contre le narcotrafic se pose également. « Les États-Unis peuvent apporter leur aide, mais ils ne peuvent pas résoudre le problème seuls », souligne Isacson. « Au cours des quinze dernières années, la Colombie a développé de nombreux programmes antidrogue, y compris dans le cadre du processus de paix, avec des plans visant à renforcer la présence de l’État dans les zones rurales oubliées. Mais ces programmes n’ont pas été mis en œuvre avec suffisamment d’investissement et de durabilité, et leur progression est lente. »

Il ajoute qu’un secteur politique et économique collabore ouvertement avec le crime organisé. « Mes collègues d’InsightCrime les appellent ‘les invisibles’ : ce sont des personnes respectables qui soutiennent ce business. Si l’État est présent, mais collabore avec les trafiquants, cela ne fonctionne pas. »

Isacson nuance toutefois en affirmant que ni le président Petro, ni ses prédécesseurs Iván Duque et Juan Manuel Santos, ne sont ou n’ont été des alliés du trafic de drogue, mais qu’ils ont pu avoir des collaborateurs ou des alliés politiques impliqués dans ces activités.

Renforcer la justice pour lutter contre la corruption

Pour mettre fin à la corruption et à l’impunité, il est essentiel de renforcer le système judiciaire. « La corruption ne se limite pas à des questions économiques, elle touche aux violations des droits de l’homme et à la fiabilité des investissements », explique Isacson. Il critique le fonctionnement actuel de la justice, qui, selon lui, ne mène pas suffisamment d’enquêtes, ne sanctionne pas correctement les coupables et ne les punit pas assez sévèrement.

« La justice doit surveiller et analyser les flux financiers pour couper le financement du trafic de drogue », insiste-t-il. « Il faut des procureurs, des juges et des témoins protégés, dotés des compétences et des technologies nécessaires pour mener à bien ces enquêtes. »

Concernant les élections de 2026, Isacson estime que « le gouvernement Trump ne souhaite pas que l’accord de paix historique de Petro soit couronné de succès et fera tout pour influencer les électeurs ». Petro, de son côté, « tente de tirer le meilleur parti de ces luttes politiques nationales ». L’impact électoral de ces tensions dans une Colombie profondément polarisée reste à déterminer.

(il)

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.