Au début des années 1970, la Seine à Paris ne comptait plus que trois espèces de poissons survivantes dans un fleuve assimilé à un égout à ciel ouvert.
Pendant de longues décennies, la Seine a failli disparaître en tant qu’écosystème viable. Considéré au lendemain de la Seconde Guerre mondiale comme un simple canal industriel ou un égout à ciel ouvert destiné à refléter les monuments parisiens, le fleuve traversant la capitale présentait un taux d’oxygène dissous proche de zéro pendant les mois d’été les plus chauds.
Dans ces conditions extrêmes, la quasi-totalité de la faune aquatique a dépéri, ne laissant subsister que trois espèces particulièrement rustiques capables de tolérer un milieu presque toxique. Ce constat dressé au début des années 1970 semblait irréversible pour ce cours d’eau autrefois riche en biodiversité.
Les investissements dans les stations d’épuration et les normes industrielles
Le redressement spectaculaire observé aujourd’hui dans les eaux parisiennes ne doit rien au hasard.
Ces infrastructures ont permis de traiter d’immenses volumes d’eaux usées avant leur rejet dans le lit du fleuve. Parallèlement, un durcissement des normes sur les rejets industriels a contraint les entreprises installées sur les berges à réviser intégralement leurs procédés de fabrication. Cette patience institutionnelle a permis de restaurer progressivement les paramètres vitaux de l’eau : la concentration en oxygène, la réduction des matières organiques et la limitation des polluants chimiques.
Le retour du brochet, du saumon atlantique et de trente-deux espèces
Au-delà de cette statistique, c’est la nature même des espèces observées qui valide la fonctionnalité retrouvée de l’écosystème de la Seine.
Le brochet, reconnu comme un prédateur particulièrement exigeant quant à la qualité de son habitat, s’est réinstallé dans plusieurs secteurs parisiens. Plus inattendu encore, le saumon atlantique — une espèce migratrice extrêmement sensible à la pollution chimique et aux obstacles physiques — a été aperçu en train de remonter le cours du fleuve. D’autres espèces plus discrètes mais tout aussi révélatrices d’une chaîne alimentaire entièrement reconstituée, telles que la truite et l’anguille, peuplent à nouveau les eaux sous les bateaux-mouches, illustrant l’une des plus spectaculaires reconquêtes écologiques connues en France.