Publié le 12 novembre 2025 à 14h02. Le Soudan est plongé dans une guerre civile dévastatrice qui menace de famine des millions de personnes, tandis que les efforts de médiation sont compromis par les manœuvres politiques du président soudanais Abdel Fattah al-Burhan.
- Près de 26 millions de Soudanais ont besoin d’une aide humanitaire urgente.
- Abdel Fattah al-Burhan a rejeté un accord de cessez-le-feu proposé par le « Quad » (États-Unis, Égypte, Émirats arabes unis et Arabie saoudite).
- Burhan cherche à impliquer le Qatar et la Turquie dans la médiation, ce qui suscite des inquiétudes quant à son alignement avec des groupes islamistes.
La guerre civile au Soudan, qui a débuté en avril 2023, reste le conflit le plus meurtrier au monde. La situation humanitaire se détériore rapidement, avec environ 10 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, nécessitant un abri et des soins médicaux. Le risque de famine s’étend à de nouvelles régions, selon les autorités compétentes. Plus d’informations sur la propagation de la famine.
Les retards dans la conclusion d’un accord de cessez-le-feu ne font qu’aggraver les souffrances de la population soudanaise. Abdel Fattah al-Burhan, président du Conseil souverain de transition du Soudan, a publiquement rejeté le communiqué conjoint émis par le « Quad », un groupe de pays qui coordonne la politique à l’égard du Soudan. Cette décision a surpris les observateurs et soulève des questions sur les motivations de Burhan.
« Il n’est pas clair si l’objectif de Burhan est de forcer Trump à élargir le Quad ou simplement à remplacer le groupe par le Qatar et la Turquie. »
Lors d’une visite à Doha, Burhan a proposé que le Qatar et la Turquie agissent comme médiateurs entre lui et son rival, Muhammad Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom d’Hemedti. Il a affirmé que le communiqué du Quad « ne nous concerne pas », une déclaration qui interpelle les membres du groupe. Cette position consolide l’alliance de Burhan avec les islamistes, ce qui inquiète les États-Unis et les autres membres du Quad face à la montée en puissance de « groupes extrémistes violents liés ou alignés sur les Frères musulmans ». Analyse des préoccupations liées à l’influence islamiste.
L’initiative de Burhan vise à exploiter les relations du Qatar avec l’ancien président américain Donald Trump, qui entretenait une amitié avec l’émir Tamim bin Hamad al-Thani, et l’affinité du président turc Recep Tayyip Erdoğan avec Trump. Burhan espère ainsi contrebalancer l’influence de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, tout en renforçant le rôle militaire de l’Égypte dans le conflit. L’Égypte, membre du Quad, cherche à accroître sa présence dans la région et à utiliser ses relations avec Burhan et le Qatar pour obtenir un soutien diplomatique dans ses différends avec l’Éthiopie et Israël.
La proposition de Burhan de renforcer deux partisans du mouvement islamiste soudanais coïncide avec les déclarations de dirigeants islamistes, comme Ali Ahmed Karti, ancien ministre des Affaires étrangères du Soudan, qui a dénoncé « l’ingérence flagrante du Quad dans les affaires intérieures du Soudan ». La Coordination des Forces Nationales Soudanaises, une coalition de groupes armés soutenant les Forces armées soudanaises commandées par Burhan, a également accusé le Quad de « parti pris inacceptable », en raison du refus de Burhan et des factions islamistes d’accorder un siège aux Forces de soutien rapide d’Hemedti à la table des négociations. Détails sur le rejet de l’accord par Burhan.
Bien que le Conseil souverain de transition de Burhan ait réussi à prendre le contrôle de Khartoum en mars 2025, son gouvernement de facto est basé à plus de 800 kilomètres de là, à Port-Soudan. Les forces armées soudanaises et les milices islamistes, telles que la Brigade Al-Baraa Ibn Malik et les Forces du bouclier, ont subi des revers ces dernières semaines. Les tensions et les pressions internes visant à limiter l’intervention étrangère des puissances rivales s’intensifient au sein de l’alliance militaro-islamiste.
« Le flux d’armes s’est diversifié à mesure que Burhan élargit ses alliances avec les Houthis du Yémen et le Pakistan. »
Les récents revers subis par les forces armées soudanaises de Burhan ont accru l’urgence de se procurer des armes, notamment des drones, auprès de l’Iran et d’autres sources. L’expansion de l’influence houthis au Soudan. Le spectre des armes s’est élargi à mesure que Burhan renforce ses alliances avec les Houthis du Yémen et le Pakistan. Accord d’armement entre le Pakistan et le Soudan. Le rôle du Qatar dans l’armement des forces armées soudanaises est de plus en plus discret, notamment un présumé largage d’armes le 7 octobre 2025, facilité par Doha. Certains observateurs estiment que le rôle du Qatar dans le conflit soudanais s’inscrit dans une guerre par procuration avec ses rivaux arabes pour soutenir les groupes islamistes. Soutien militaire discret du Qatar aux forces armées soudanaises.
La nouvelle tentative de médiation de Burhan pourrait également refléter la nécessité de détourner l’attention des atrocités commises par les forces armées soudanaises. Les observateurs attribuent une frappe de drone le 6 novembre 2025 sur un convoi près de la frontière tchadienne aux forces armées soudanaises. Les Forces de soutien rapide ont affirmé que le convoi transportait des fournitures humanitaires pour la région d’Al-Fashir. Cette frappe de drone fait suite à des informations faisant état de trois frappes précédentes sur des convois des Nations Unies à Millet, Koma et Nyala, également attribuées aux Forces de soutien rapide d’Hemedti. Reportage sur la frappe de drone près de la frontière tchadienne. Appel à une enquête sur les frappes de drones.
Washington est confronté à des défis alors que Burhan tente de monter les enchères. Massad Boulos, conseiller principal de Trump pour les affaires arabes et africaines, a déclaré que « les parties belligérantes étaient « d’accord en principe » » pour discuter d’un cessez-le-feu, tandis que des rapports indiquent que les forces armées soudanaises ont « déclaré à plusieurs reprises qu’elles voulaient continuer les combats ». Boulos doit désormais éviter de tomber dans le piège de Burhan. Si les États-Unis veulent mettre fin à la guerre au Soudan, ils doivent faire du cessez-le-feu une priorité dans le cadre actuel avant d’élargir le tableau pour inclure le Qatar et la Turquie, de peur que cela n’entraîne de nouveaux retards ou ne donne du pouvoir à des États pour lesquels le renforcement d’un gouvernement islamiste l’emporte sur les efforts visant à mettre fin à la guerre civile. Les Forces de soutien rapide acceptent une proposition de cessez-le-feu.